Gâteries symphoniques – ouverture de la nouvelle saison de l’Orchestre symphonique de Drummondville

Gâteries symphoniques – ouverture de la nouvelle saison de l’Orchestre symphonique de Drummondville
Julien Proulx, à la barre, ou la baguette, de l’ensemble de l'OSD @ Crédit photo Jean-François Savoie / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Il n’y a pas que les Voltigeurs de Drummondville qui ont attiré une foule importante lors de l’ouverture de leur saison en cette fin septembre. Présents en grand nombre, jeunes de tête et jeunes de cœur ont eu droit un concert vif, dynamique et tout en beauté de l’orchestre symphonique de Drummondville à la Maison des arts.

Julien Proulx, à la barre, ou la baguette, de l’ensemble de l’OSD @ Crédit photo Jean-François Savoie / Vingt55 Tous droits réservés.

Ce premier concert de l’orchestre marquait le coup de timbale d’envoi de la 10e saison du chef et directeur artistique, Julien Proulx, à la barre, ou la baguette, de l’ensemble.

Le programme de cette année ne manque pas d’ambition ni d’envergure, en terme du répertoire et du nombre de musiciens requis. Par exemple, au programme de la soirée de jeudi, la symphonie fantastique d’Hector Berlioz commande normalement un immense orchestre, et plus tard dans l’année de grandes œuvres comme la 7e symphonie de Beethoven, la 1ere de Brahms et finalement la 5e de Chostakovitch, bijou du XXe siècle.

Le chef Julien Proulx explique que «nous avons eu un peu plus de budget qui nous a permis de revenir après la pandémie avec un ensemble un peu plus cossu et un peu plus gros, côté des cordes. Ceci nous permet de d’aborder du répertoire que nous n’avions jamais pu faire auparavant.»

Il renchérit en ajoutant, «dans le dernier dix ans, l’orchestre s’est beaucoup développé artistiquement. On doit se donner des défis. À chaque année, on monte une marche. Et cette année, la marche devant nous est importante. On est rendu à aborder un nouveau répertoire plus costaud. Donc, on lance un défi à tout le monde dans l’orchestre et on y va à fond

L’OSD offrait ce jeudi trois œuvres de compositeurs français connus pour leur talents d’orchestration, trois gâteries symphoniques : Pavane pour une infante défunte de Maurice Ravel, le Concerto pour deux pianos de Francis Poulenc et la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz.

Le Ravel, archi connu, comme peut l’être le Clair de lune de Debussy, langoureux et mélodique a peut-être un titre un peu triste Pavane pour une infante défunte mais se veut plus évocatif que descriptif. Cette pavane a permis au chef et à l’orchestre de donner le ton pour cette année et de montrer un nouveau niveau de nuances, d’homogénéité et de contrôle. Ok. Il reste encore quelques notes qui trainent ici et là à la fin de certains phrasés, dû un peu peut-être à des nez dans la partition plus que des yeux sur le chef. Cela dit, chapeau au corniste qui a eu droit à une belle ovation.

À la fin de sa vie, le critique Claude Gingras de La Presse avouait que le compositeur Francis Poulenc méritait une plus grande reconnaissance contrairement à un Schumann qui en méritait moins. Le Concerto pour deux piano et orchestre marque la fin de ses années d’apprentissage. Dynamique, parfois humoristique, cette pièce est un collage de différentes références musicales occidentales et l’esprit de mouvement perpétuel inspiré de la musique des gamelans balinais que le compositeur avait découverte l’année précédente.

Nombre d’enregistrements de cette œuvre pèchent par excès de vitesse lui donnant un côté plus caricaturale qu’autre chose. Le chef Julien Proulx avait choisi un tempo qui faisait ressortir tous les détails de l’orchestration et le jeu des deux pianistes invitées : Amélie Fortin et Marie-Christine Poirier qui forment depuis 2005 le duo Fortin-Poirier. La complicité était visible non seulement entre les duettistes mais aussi avec le chef et l’orchestre.

Poulenc s’était permis dans cette œuvre une chose très difficile à rendre en musique, de l’humour. Plusieurs personnes dans la salle ont ri à certains passages qui le méritait pleinement. Les bois et les cuivres ont particulièrement brillés tout au long du Poulenc. On aimerait pouvoir réécouter le Shéhérazade de Rimski-Korsakov de l’an dernier avec l’édition actuelle de l’orchestre. La salle ne dirait pas non à un retour du duo Fortin-Poirier éventuellement.

Berlioz maintenant et sa folle histoire d’amour transposée en Symphonie fantastique. Est-ce que l’orchestre et son nouvel effectif a été à la hauteur de cette orchestration imposante? Le chef Julien Proulx expliquait au Vingt55 le matin du concert que «on fait avec les moyens qu’on a. On reste un orchestre régional mais nous allons avoir ce qu’il faut considérant aussi la grandeur de notre salle qui ne sonne pas nécessairement bien ni nécessairement mal. On est dans le milieu. Nous ajustons notre jeu pour avoir les bonnes balances sonores. L’orchestre sonne de mieux en mieux. On a bien travaillé en répétition cette semaine. Tout le monde dans l’orchestre est particulièrement content et heureux de pouvoir présenter ce répertoire que l’on n’entend jamais ici à Drummondville. Les gens vont avoir accès à ce répertoire tout au long de la saison. Et nous ajoutons toujours une twist de découverte pour notre auditoire

À la hauteur? Oui. Après une explication efficace et drôle de la part du chef Julien Proulx de l’histoire autobiographique passionnée et déjantée que la musique souligne, l’orchestre a répondu au défi en offrant au public une interprétation bien sentie alliant puissance et subtilité. Dans le mouvement lent, l’orchestre jouait si doucement que l’on pouvait entendre le système de ventilation de la salle offrir un accompagnement dans la bonne tonalité et le bon rythme. Vraiment étrange hasard.

Après 50 minutes d’émotions, une guillotine musicale, le Dies Irae (qui connaît encore cet air?) et des cloches, tous les membres de l’orchestre ont eu droit à tour de rôle à une ovation bien méritée.

Le prochain concert rend hommage à la danse avec la suite Pulcinella de Stravinsky écrite pour les Ballets russes de Diaghilev et la 7e symphonie de Beethoven comme Wagner jugeait comme l’apothéose de la danse. Le département de danse du Cégep de Drummondville animera le Stravinsky et son théâtre d’ombres. Le chef ajoute sa petite twist de découverte avec une symphonie de José Evangelista, longtemps professeur à l’université de Montréal et récemment décédé.

En conclusion, saluons, ce souffle renouvelé à l’orchestre qui lui donne une nouvelle ampleur, à l’image de Drummondville qui a gagnée cette année le statut officiel de région métropolitaine.

Texte et photos Jean-François Savoie / Vingt55

Julien Proulx, à la barre, ou la baguette, de l’ensemble de l’OSD @ Crédit photo Jean-François Savoie / Vingt55 Tous droits réservés.

Éric Beaupré
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