DRUMMONDVILLE
Le 20 août 1916, alors que la Première Guerre mondiale faisait rage à des milliers de kilomètres, Drummondville était frappée par l’une des tragédies industrielles marquantes de son histoire. Une violente explosion survenait à l’Aetna Chemical Company, mieux connue localement sous le nom de « Poudrière », douze ouvriers y perdaient la vie.
Cent dix ans plus tard, derrière le nom familier de « La Poudrière » demeure donc une histoire qui mérite d’être racontée, celle d’une industrie qui a contribué à transformer Drummondville, mais aussi celle des travailleurs qui ont payé de leur vie les risques d’une production intimement liée à la Première Guerre mondiale.
A quelques jours de ce triste anniversaire, mais aussi de ce moment marquant de l’histoire de Drummondville, le Vingt55 tenait à commémorer et à rappeler cette page importante de notre histoire collective. Le travail journalistique et le devoir de mémoire consistent aussi à préserver et à raconter les faits qui ont façonné notre communauté, peu importe l’époque à laquelle ils se sont produits. Rappeler l’histoire, c’est également éviter que les événements et surtout les personnes qui les ont vécus ne sombrent dans l’oubli.
Le 20 août prochain marquera les 110 ans de la tragédie de la Poudrière, un événement qui a coûté la vie à 12 travailleurs et profondément marqué la communauté de l’époque.
Plus d’un siècle plus tard, ce rappel historique permet surtout de garder vivante la mémoire de ces ouvriers qui ont perdu la vie dans ce qui demeure l’un des accidents industriels les plus meurtriers de l’histoire de Drummondville.
À travers ce retour dans le temps, et en s’appuyant notamment sur les chroniques historiques d’André Pelchat publiées au Vingt55, nous souhaitons rappeler non seulement la tragédie, mais aussi l’importance qu’a occupée la Poudrière dans la naissance du Drummondville industriel.
Aujourd’hui, l’usine n’existe plus. La guerre pour laquelle elle avait été construite appartient depuis longtemps à l’histoire. Pourtant, son nom demeure bien vivant dans le quotidien des Drummondvillois.
La Poudrière n’est donc pas uniquement le nom d’une école, d’une rue ou d’un secteur. Elle rappelle une époque où une guerre menée à des milliers de kilomètres allait contribuer à transformer Drummondville et, le 20 août 1916, lui faire payer un lourd tribut.
Bien avant l’établissement scolaire qui porte aujourd’hui ce nom, la Poudrière désignait un immense complexe industriel consacré à la fabrication de poudre à canon. Son implantation à Drummondville, en pleine Première Guerre mondiale, allait contribuer à transformer profondément une petite localité qui ne comptait alors qu’environ 2 200 habitants.
Et le 20 août 1916, cette industrie allait devenir le théâtre de l’un des événements les plus tragiques de l’histoire industrielle locale.
Quand la guerre européenne atteint Drummondville, lorsque la Première Guerre mondiale éclate en 1914, le Canada, alors dominion britannique, est entraîné dans le conflit.
Comme l’a expliqué à plusieurs reprises André Pelchat dans ses chroniques historiques du Vingt55, les conséquences de cette guerre ne se feront pas sentir uniquement sur les champs de bataille européens. L’effort de guerre mobilise également les industries canadiennes, appelées à produire armes, équipements, munitions et explosifs destinés aux Alliés.
C’est dans ce contexte que l’Aetna Chemical Company s’installe à Drummondville en 1915.
L’entreprise vient notamment y produire de la poudre à canon destinée à la Russie. Pour soutenir cette production considérable, elle acquiert un immense terrain où seront construits environ 130 bâtiments, servant aux différentes étapes de fabrication.
À son apogée, la Poudrière emploiera jusqu’à 3 000 travailleurs, dont plusieurs viennent de l’extérieur de la région. À titre de comparaison, Drummondville elle-même ne compte alors qu’environ 2 200 habitants.
L’ampleur de cette implantation permet de comprendre pourquoi la Poudrière occupe une place aussi importante dans l’histoire locale.
L’usine devient rapidement bien davantage qu’un lieu de production. Elle contribue à accélérer la transformation économique et démographique de Drummondville. Des travailleurs s’installent dans la région, des familles arrivent et les commerces comme les services doivent s’adapter à cette population grandissante.
Mais derrière cette croissance fulgurante se cache une réalité beaucoup plus sombre, fabriquer quotidiennement des explosifs comporte des risques considérables, le 20 août 1916… la tragédie frappe la Poudrière
L’Aetna Chemical Company avait déjà connu certains accidents lorsque survient, le 20 août 1916, le drame qui allait marquer son histoire.
Une violente explosion frappe le complexe industriel. Douze ouvriers perdent la vie.
L’histoire locale retient aujourd’hui cet événement comme le pire accident survenu durant les années d’exploitation de la Poudrière.
Pour mesurer l’importance de la tragédie, il faut la replacer dans le Drummondville de l’époque. Dans une communauté qui ne comptait encore que quelques milliers d’habitants, la mort simultanée de 12 travailleurs représentait un drame considérable.
Derrière ce bilan se trouvaient des hommes, mais également leurs familles, leurs collègues et toute une communauté directement liée à cette industrie devenue en très peu de temps l’un des principaux moteurs économiques de Drummondville.
Certaines sources historiques plus anciennes ont fait état de neuf victimes, alors que des documents historiques plus récents retiennent plutôt un bilan de 12 morts. C’est ce dernier bilan qui est aujourd’hui retenu dans le présent rappel historique.
Une étincelle à l’origine de l’explosion?
La catastrophe avait été suffisamment importante pour être rapportée jusque dans certains journaux américains de l’époque.
Des comptes rendus publiés dans les jours suivant l’explosion évoquaient notamment la possibilité qu’une étincelle électrique ait joué un rôle dans le déclenchement du sinistre.
Cette explication demeure toutefois une hypothèse rapportée à l’époque et ne doit pas être présentée comme une conclusion officielle et définitive sur la cause de l’explosion.
Douze travailleurs derrière une page sombre de l’histoire locale
Cent dix ans plus tard, le chiffre de 12 victimes peut facilement devenir une simple statistique dans une chronologie. Mais l’histoire de la Poudrière, racontée et documentée notamment au fil des chroniques d’André Pelchat dans le Vingt55, permet justement de replacer ces événements dans leur contexte humain et social.
La Poudrière représentait les deux visages de l’industrialisation accélérée de Drummondville : des milliers d’emplois et une croissance exceptionnelle, mais également les risques considérables auxquels étaient exposés les travailleurs chargés de fabriquer des explosifs en période de guerre.
Une industrie aussi importante qu’éphémère, malgré son importance dans l’histoire de Drummondville, l’aventure de l’Aetna Chemical Company sera relativement courte.
L’entreprise s’installe en 1915, alors que les besoins militaires sont considérables. L’armistice de 1918 et la fin de la Première Guerre mondiale viennent cependant changer complètement la situation.
Avec la disparition des besoins qui avaient justifié son implantation, les activités de la Poudrière cessent. Sa période d’exploitation à Drummondville se concentre ainsi essentiellement entre 1915 et 1919. Le terrain sera par la suite vendu à la Canadian Marconi.
En quelques années seulement, cette immense industrie aura donc contribué à bouleverser la démographie de Drummondville, créé des milliers d’emplois et participé à l’effort de guerre international.
Mais elle aura également été le théâtre d’une tragédie qui, 110 ans plus tard, demeure inscrite dans l’histoire locale, une page histoire que le nom « La Poudrière » garde encore vivante
La rue de la Poudrière, le secteur et surtout l’école secondaire La Poudrière perpétuent un nom dont l’origine remonte directement à cette période déterminante de l’histoire industrielle locale.
Des vestiges du complexe ont également traversé les décennies. Ils témoignent d’une époque où se dressait à cet endroit une gigantesque installation industrielle née directement des besoins de la Première Guerre mondiale.
Le complexe de l’Aetna Chemical Company occupait à l’époque un territoire immense de plusieurs millions de pieds carrés. Après la fin des activités de la Poudrière, une partie importante de ces terrains sera acquise, vers 1925, par la Canadian Marconi Company, donnant une nouvelle vocation industrielle et technologique au secteur.
Plus d’un siècle plus tard, ce territoire demeure facilement identifiable dans le paysage drummondvillois. Le poste de transmission Marconi, le parc du Boisé-de-la-Marconi ainsi que d’imposants bâtiments industriels et commerciaux se trouvent aujourd’hui dans ce vaste secteur marqué par l’histoire de l’ancienne usine.
Ainsi, lorsqu’on circule aujourd’hui dans ce coin de Drummondville, difficile d’imaginer qu’au début du siècle dernier s’y trouvait un imposant complexe de quelque 130 bâtiments où des milliers de travailleurs participaient à la production liée à l’effort de guerre.
Le secteur conserve d’ailleurs toujours des traces de son passé. Selon les informations obtenues par le Vingt55, cet important territoire pourrait également ne pas avoir livré tous ses secrets, tant sur son histoire que sur son avenir. L’endroit serait aujourd’hui parmi les sites pressentis pour la construction du futur nouvel hôpital régional de Drummondville dans le secteur de la rue Saint-Jean et Notre-Dame.
Cette information demeure toutefois à être confirmée officiellement. De futures annonces pourraient ainsi ramener ce site chargé d’histoire au cœur de l’actualité drummondvilloise au cours des prochains mois et lui donner, plus d’un siècle après la Poudrière, une toute nouvelle vocation dans l’histoire de la ville.
L’histoire de la Poudrière permet ainsi de mesurer à quel point Drummondville s’est transformée rapidement au début du XXe siècle.
Mais à quelques jours du 110e anniversaire de la tragédie du 20 août 1916, elle rappelle surtout le lourd tribut humain payé par ceux qui travaillaient au cœur de cette industrie. Ce jour-là, douze ouvriers perdaient la vie dans une explosion qui allait marquer l’histoire de Drummondville.






