DRUMMONDVILLE
Alors que les projets de parcs éoliens se multiplient à travers le Québec, une coalition de citoyens, d’experts et de municipalités réclame la tenue d’un Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) générique sur la filière éolienne. La MRC de Drummond et plusieurs secteurs du Centre-du-Québec ne font pas exception à cette nouvelle tendance énergétique.
La MRC de Drummond et plusieurs secteurs du Centre-du-Québec ne font pas exception à cette nouvelle tendance énergétique @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Depuis le début de 2024, neuf projets éoliens ont été soumis à des consultations publiques menées par le BAPE. Ces projets totalisent près de 6 milliards de dollars d’investissements et prévoient l’installation d’environ 370 éoliennes, avec des répercussions sur des milliers d’hectares de territoires forestiers, agricoles et humides.
Face à cette croissance rapide et dispersée, plusieurs groupes citoyens, élus municipaux et organisations locales ont exprimé le besoin de mieux encadrer la planification énergétique de la province, en demandant la mise en place d’un BAPE générique sur l’ensemble de la filière éolienne. Une recommandation que le BAPE lui-même a formulée à l’issue de plusieurs rapports récents (nos 375, 385, 386 et 388).
« Plusieurs voix réclament une évaluation rigoureuse et globale des impacts environnementaux, sociaux et économiques cumulés. Il est temps de faire les choses dans l’ordre », affirme Louise Morand, porte-parole du Regroupement vigilance énergie Québec.
Des inquiétudes sur les tarifs et les profits énergétiques
Selon des données compilées par le regroupement, le développement éolien actuel pourrait entraîner une hausse tarifaire importante, estimée entre 5,6 % et 9 % par année dès 2028, ce qui représenterait une augmentation cumulative de 65 à 75 % d’ici 2039. Ces chiffres sont tirés de travaux menés par l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC).
L’IRÉC estime également que la perte de la rente éolienne pour Hydro-Québec – en raison de la part croissante du secteur privé – pourrait se situer entre 1,79 et 3,34 milliards de dollars d’ici 2035.
Si ces revenus étaient partagés à parts égales entre Hydro-Québec et les MRC, les retombées pour chaque partie atteindraient entre 910 millions et 1,7 milliard de dollars. Or, les ententes actuelles avec les promoteurs privés ne garantissent aux municipalités qu’une fraction de ces montants.
« En laissant le privé accaparer la rente éolienne, on risque de voir ces profits transférés vers des paradis fiscaux plutôt que de bénéficier aux communautés locales », déplore Mme Morand.
Des coûts importants pour Hydro-Québec
Toujours selon le regroupement, chaque nouveau parc éolien alourdit la charge financière d’Hydro-Québec Production, qui doit assumer les frais liés à l’intégration et à l’équilibrage de cette énergie dans le réseau.
Hydro-Québec serait également tenue d’acheter cette électricité à un coût variant entre 10 et 12 cents/kWh, soit quatre fois plus cher que le tarif patrimonial (2,79 cents/kWh). Le coût global d’acquisition de cette énergie serait estimé à 22,2 milliards $ d’ici 2035, sans compter les investissements nécessaires dans les infrastructures vieillissantes.
Transition énergétique ou dérive industrielle?
Selon le Regroupement vigilance énergie Québec, le gouvernement du Québec met la charrue avant les bœufs, en misant sur une production d’électricité massive sans plan clair de décarbonation.
L’octroi de blocs d’énergie à des entreprises, souvent étrangères, est également critiqué. Cette approche ferait de la transition énergétique un simple levier de développement industriel, au détriment des objectifs environnementaux et de la souveraineté énergétique.
« L’idée de transition sert de prétexte à une ouverture du marché nord-américain de l’électricité, au profit du privé, sans bénéfice direct pour les Québécois », soutient Louise Morand.
Nuisances locales et déficit démocratique
Le Regroupement souligne également les effets directs des projets éoliens sur la qualité de vie des résidents : bruit, perte de paysages, baisse de valeur foncière, et atteinte à la santé mentale et physique des populations.
Du côté environnemental, on déplore la fragmentation des habitats forestiers, la destruction de milieux humides et la perte de terres agricoles, alors que le Québec ne dispose que de moins de 2 % de terres cultivables.
Sur le plan démocratique, plusieurs citoyens dénoncent un manque de transparence et des décisions prises en vase clos. Certains élus auraient refusé de tenir des référendums malgré des pétitions citoyennes en bonne et due forme. Cette situation engendrerait des tensions sociales importantes dans certaines communautés.
Un appel à l’unité municipale
Dans ce contexte, le Regroupement vigilance énergie Québec appelle les municipalités à se joindre au mouvement réclamant un BAPE générique, afin d’assurer un développement plus transparent, équitable et socialement acceptable de l’énergie éolienne.
« Nous croyons qu’un tel BAPE est essentiel pour redonner la voix aux citoyens et s’assurer que la transition énergétique ne se fasse pas au détriment des communautés locales », conclut Mme Morand.

La MRC de Drummond et plusieurs secteurs du Centre-du-Québec ne font pas exception à cette nouvelle tendance énergétique @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
















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