DRUMMONDVILLE
Itinérance et froid extrême, l’appel de Julie Arel trouve écho et favorise une meilleure compréhension de la réalité à Drummondville@ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Comme l’a rapporté Le Vingt55 en début de semaine, l’initiative citoyenne lancée par Julie Arel a permis de faire bouger efficacement les choses. Son appel public à permis de favoriser une meilleure compréhension de la réalité à Drummondville.
Un appel citoyen qui a déclenché une réponse rapide
Devant la crainte de voir des personnes dormir à l’extérieur sans solution adéquate, Julie Arel, copropriétaire du restaurant La Muse et du Resto-Bar Chez Mel et Julie, a lancé un appel public à la solidarité et interpellé les autorités municipales.
Sans attendre, la restauratrice a posé des gestes concrets en annonçant la distribution de repas et en invitant la population à se mobiliser. Son message, largement relayé sur les réseaux sociaux, a rapidement suscité une vague de soutien, permettant de coordonner des réponses immédiates.
Quelques heures plus tard, Julie Arel a diffusé une mise à jour positive, remerciant les personnes ayant répondu à l’appel. Elle a confirmé que L’Ensoleilvent accueillerait l’ensemble des personnes en situation d’itinérance pour la fin de semaine marquée par le froid extrême.
« Ce ne sont pas des situations pour monsieur-madame tout le monde » Dans une entrevue téléphonique accordée au Vingt55, Véronique Sawyer, du Comptoir alimentaire Drummond, rappelle que la question de l’itinérance ne se limite pas à ouvrir une porte lors des grands froids.
L’initiative citoyenne de Mme Julie Arel a permis de constater que le travail de concertation et d’intervention demeure intense et constant, mais encore méconnu. Elle met en lumière une réalité préoccupante, le rôle des organismes communautaires et le travail essentiel qu’ils accomplissent quotidiennement auprès des personnes en situation d’itinérance.
Selon les informations obtenues auprès de L’Ensoleilvent, l’organisme était en mesure d’assurer un accueil 24 heures sur 24 pour la fin de semaine visée, avec des équipes déjà planifiées. La pression se fait toutefois sentir sur le plan financier. Chaque épisode de froid intense entraîne des dépenses supplémentaires : augmentation du nombre de personnes à soutenir, besoins accrus en nourriture et collations, surveillance continue et interventions spécialisées.
Pour L’Ensoleilvent, tout comme pour le Comptoir alimentaire, l’itinérance ne peut reposer principalement sur des bénévoles, aussi dévoués soient-ils. Les réalités vécues par les personnes en situation d’itinérance sont souvent marquées par des traumatismes, des enjeux de santé mentale, des dépendances ou des parcours de violence. Si l’aide bénévole peut offrir un soutien ponctuel, l’intervention exige des intervenants formés, qualifiés et rémunérés, capables d’agir adéquatement et d’assumer une charge émotionnelle et psychologique importante.
Une urgence récurrente qui révèle un problème structurel qui demeure et persiste à Drummondville.
Sur le terrain, l’initiative de Julie Arel est largement perçue comme positive. Elle a permis une réponse rapide et une prise de conscience collective. Pour plusieurs organismes drummondvillois, cet épisode illustre toutefois un problème structurel qui se répète.
Les vagues de froid se succèdent, tout comme les périodes de tension. Même lorsque l’urgence est temporairement maîtrisée, les organismes communautaires demeurent en première ligne, jour après jour, avec des moyens limités. Des policiers rencontrés par le Vingt55 rappellent que lorsque les besoins de base, se loger, se nourrir, se réchauffer, ne sont pas comblés, les situations de détresse se multiplient, entraînant une hausse des interventions. La solidarité citoyenne permet parfois d’alléger la pression immédiate, mais elle ne règle pas les causes profondes.
Un constat s’impose, l’itinérance et la précarité accrue n’apparaissent pas de nulle part.
Elles sont la conséquence directe d’une pression financière devenue insoutenable, particulièrement en lien avec la hausse rapide des loyers, notamment dans la MRC de Drummond. De plus en plus de personnes se retrouvent contraintes à des solutions temporaires , campements de fortune, hébergement précaire, ou même dormir dans un véhicule, faute de logements accessibles.
Au Comptoir alimentaire Drummond, le mois de décembre a été révélateur. L’organisme est passé d’environ 60 à 80 ménages aidés par jour à près de 110 ménages quotidiennement. Selon Véronique Sawyer, il ne s’agit pas d’abus, mais d’un effet de seuil : des personnes qui, jusqu’ici, parvenaient à joindre les deux bouts n’y arrivent plus.
La hausse du coût du panier d’épicerie, combinée à l’augmentation des loyers, du chauffage, du transport, de l’endettement et des médicaments, force des choix impossibles. Lorsque le logement accapare une part trop importante du revenu, l’alimentation devient la variable d’ajustement.
Mme Sawyer observe également une clientèle persistante de travailleurs à faible salaire. Le problème, dit-elle, n’est pas nouveau, mais il s’aggrave : le revenu ne suit plus le coût de la vie, et même une personne seule peine désormais à absorber une hausse de loyer sans glisser vers l’insécurité alimentaire.
Autre signal préoccupant, la présence accrue de personnes âgées parmi les demandes d’aide alimentaire. Même lorsqu’elles sont toujours logées, plusieurs vivent avec des revenus fixes qui ne suivent plus l’augmentation rapide des coûts.
Au Comptoir alimentaire, les barèmes ont dû être ajustés. On estime désormais qu’il faut environ 95 $ par personne par semaine pour s’alimenter minimalement. En deçà de ce seuil, l’aide peut être bonifiée selon les réalités individuelles. Le constat demeure toutefois le même : lorsque le logement devient financièrement inaccessible, tout le reste s’effondre.
La réponse de la Ville de Drummondville face à la situation.
Questionné par Le Vingt55 au sujet de l’itinérance, dans le contexte des épisodes de froid intense, le maire de la Ville de Drummondville, Jean‑François Houle, indique, dans une réponse transmise par son directeur de cabinet, Mathieu Audet, prendre très au sérieux les préoccupations exprimées par la population.
La Ville assure que des protocoles d’urgence sont déjà en place pour faire face aux conditions météorologiques extrêmes. À court terme, elle affirme être en mesure d’offrir une place au chaud à chaque personne en situation d’itinérance, notamment grâce à des places d’hébergement accessibles 24 heures sur 24 et à des espaces de halte-chaleur, en collaboration avec Ensoleilvent, et avec la mobilisation d’intervenantes et d’intervenants supplémentaires.
La municipalité rappelle que les épisodes de grand froid sont récurrents, ce qui justifie une coordination continue avec ses partenaires, dont le CIUSSS, afin d’ajuster les services au besoin.
Au-delà de l’urgence, le maire reconnaît que l’itinérance constitue un enjeu de fond qui doit être abordé de manière structurée à moyen et à long terme, en lien notamment avec le logement, l’accompagnement psychosocial, la santé et l’inclusion sociale, en collaboration avec le milieu communautaire et les autres paliers de gouvernement. Enfin, la Ville souligne l’élan de solidarité observé depuis la sortie de Mme Arel dans la population et invite les citoyens à soutenir les organismes œuvrant sur le terrain par des dons ciblés ou du bénévolat.

Itinérance et froid extrême, l’appel de Julie Arel trouve écho et favorise une meilleure compréhension de la réalité à Drummondville@ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.















et ensuite sur