La crise de l’inabordabilité frappe durement Drummondville et le Centre-du-Québec : des solutions immédiates réclamées

La crise de l’inabordabilité frappe durement Drummondville et le Centre-du-Québec : des solutions immédiates réclamées
La crise de l’inabordabilité frappe durement Drummondville et le Centre-du-Québec @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

La crise du logement locatif atteint un point critique à Drummondville et partout au Centre-du-Québec. Réunis aujourd’hui à Victoriaville dans le cadre d’une assemblée publique, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) et l’Association des locataires Centre-du-Québec ont dressé un portrait alarmant de la détérioration rapide des conditions de logement dans la région et ont réclamé un virage immédiat vers des solutions structurantes.

Comme l’a rapporté Le Vingt55 dans de précédents reportages, les pratiques visant à augmenter les loyers par divers moyens, parfois au détriment direct des locataires, sont devenues fréquentes à Drummondville. Certains promoteurs et propriétaires n’hésitent pas à acquérir des immeubles tout en proposant, par la suite, des ententes financières jugées intenables afin d’évincer des locataires dont le loyer est considéré comme trop abordable.

Plusieurs locataires ont d’ailleurs témoigné de ces situations en entrevue au Vingt55, dénonçant des stratégies qui maintiennent artificiellement des loyers très élevés, particulièrement pour les jeunes familles et les ménages plus vulnérables. Ces derniers se retrouvent souvent confrontés à des hausses soudaines et importantes, voire à une explosion du prix des loyers.

Selon les informations rapportées par le Vingt55, près de 70 % des personnes âgées peinent désormais à se nourrir adéquatement, notamment en raison de la hausse marquée du coût du logement. Au cours des deux dernières années, le prix moyen des loyers aurait augmenté d’environ 280 $ par mois, une situation rendue possible par les hausses autorisées par le gouvernement du Québec.

Au cours des deux dernières semaines, trois locataires ont communiqué avec Le Vingt55 afin de dénoncer le comportement qu’ils qualifient d’intimidant et d’agressif d’un propriétaire d’immeubles bien connu des policiers.

Selon leurs témoignages, ces personnes décrivent un climat de peur et de pression exercé à l’endroit de locataires vulnérables. Parmi elles, un homme de 71 ans affirme être victime de menaces et de chantage de la part de son propriétaire, qui n’hésiterait pas à recourir à l’intimidation afin d’imposer des hausses de loyer.

Selon un organisme communautaire de Drummondville qui tente de venir en aide à ce locataire, la situation serait particulièrement préoccupante. L’homme aurait tenté de déposer une plainte, mais craindrait des représailles en raison de l’obligation de s’identifier dans le cadre des démarches officielles. Il affirme préférer, pour l’instant, garder le silence face aux menaces alléguées de son propriétaire, malgré l’existence de plusieurs dossiers d’intervention policière visant ce dernier, a indiqué l’organisme en entrevue au Vingt55.

Les locataires rencontrés jugent la situation inacceptable et souhaitent que la Ville de Drummondville, de même que les autorités compétentes, prennent les mesures nécessaires afin d’intervenir dans ce dossier.

Cette conjoncture permet à de nombreux propriétaires d’accroître considérablement leurs revenus, dans un contexte où le contrôle des loyers demeure limité. Le Vingt55 a d’ailleurs été informé par des citoyens et des locataires qui ont également interpellé la Ville de Drummondville ainsi que le nouveau maire, Jean‑François Houle, à ce sujet. De son côté, la municipalité affirme assurer un suivi auprès de certaines instances concernées, à la suite de dénonciations formulées par des locataires se disant dépassés par la situation et réclamant un encadrement plus serré du marché locatif.

Accueillie par l’Association des locataires Centre-du-Québec, cette rencontre a permis à plusieurs organismes et citoyennes et citoyens de témoigner des effets bien réels de la pénurie et de la flambée des loyers sur les ménages locataires, particulièrement à Drummondville et dans les municipalités environnantes. L’assemblée s’inscrit dans une tournée hivernale du FRAPRU, déployée dans plusieurs régions du Québec, visant à promouvoir le doublement du parc de logements sociaux sur un horizon de 15 ans afin de sortir durablement de la crise.

Dans le Centre-du-Québec, l’augmentation des loyers dépasse largement la moyenne provinciale. Alors que le loyer moyen au Québec a augmenté de 62 % depuis 2018, la situation est encore plus marquée dans la région. « À Drummondville, le loyer moyen a bondi de près de 80 % depuis 2018. À Victoriaville, la hausse atteint près de 70 % sur la même période, incluant une augmentation de 8,5 % en un seul an. Le marché locatif privé s’enfonce dans une inabordabilité sans issue », souligne Véronique Laflamme, du FRAPRU.

Les données du recensement de 2021 de Statistique Canada illustrent l’ampleur du problème. À Victoriaville, les locataires qui consacrent plus de 30 % de leur revenu au logement disposent d’un revenu médian d’environ 23 200 $ par année. Pour respecter le seuil d’abordabilité, ces ménages devraient se loger à moins de 580 $ par mois, un loyer devenu pratiquement introuvable sur le marché actuel. Une réalité similaire est observée à Drummondville, où la pression sur les logements abordables ne cesse de croître.

La situation est encore plus difficile dans les municipalités périphériques du Centre-du-Québec. « Les salaires y sont généralement plus faibles, l’accès aux services est limité et l’absence de transport collectif oblige souvent les locataires à posséder une voiture, ce qui augmente considérablement les dépenses mensuelles et réduit la capacité de payer un loyer », explique Evelyne Heeremans, directrice de l’Association des locataires Centre-du-Québec, qui s’inquiète d’un appauvrissement accéléré des ménages.

La pénurie se reflète également dans les taux d’inoccupation, qui demeurent largement sous le seuil d’équilibre du marché. En 2025, le taux d’inoccupation atteignait seulement 1,9 % dans l’agglomération de Victoriaville et chutait à 0,8 % pour les logements familiaux. « Malgré une légère amélioration observée ailleurs au Québec, Drummondville et Victoriaville demeurent très loin d’un marché équilibré. La rareté combinée à la cherté des loyers laisse les locataires sans véritable alternative », déplore Mme Heeremans.

Dans ce contexte, les deux organisations s’interrogent sur l’orientation des ressources publiques consacrées au logement. Sous le thème « Logement : retour vers le social », la tournée du FRAPRU met en lumière les mesures que les gouvernements fédéral, provincial et municipal doivent adopter pour répondre efficacement à la crise. Les groupes dénoncent notamment les choix du gouvernement du Québec, qui risquent, selon eux, d’accentuer l’affaiblissement du filet social en matière de logement.

Au palier fédéral, les annonces de milliards de dollars via Maisons Canada soulèvent également des inquiétudes. Les organismes estiment que ces investissements ne s’accompagnent pas de garanties suffisantes pour assurer la construction rapide de logements sociaux réellement abordables pour les ménages les plus vulnérables. Ils critiquent une approche axée sur des montages financiers complexes qui retardent la livraison de logements accessibles.

Les municipalités, en première ligne face aux conséquences de la crise, sont aussi appelées à jouer un rôle déterminant. Le FRAPRU et l’Association des locataires Centre-du-Québec les exhortent à fixer des cibles ambitieuses en matière de logements sociaux, à réserver des terrains et à investir directement dans ces projets.

Selon les deux organismes, la solution durable passe nécessairement par un retour affirmé au logement social, sous toutes ses formes, incluant un véritable programme de logements publics confiés aux offices d’habitation. Ces logements sont jugés essentiels pour prévenir l’itinérance, assurer une accessibilité financière immédiate et maintenir les investissements publics comme un patrimoine collectif ancré dans les communautés locales.

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Éric Beaupré
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