La Grippe espagnole à Drummondville … Raconte-moi l’histoire par André Pelchat

La Grippe espagnole à Drummondville … Raconte-moi l’histoire par André Pelchat
Le deuxième Hôpital Ste Croix auparavant le couvent des Sœurs de la Présentation de Marie Drummondville vers 1920 @ Société d’Histoire Drummond. Fonds René Desrosier @ Vingt55 / Tous droits acquittés

DRUMMONDVILLE

En 1918, Drummondville est frappé, comme le reste du monde, par un des plus grands fléaux de l’histoire : l’épidémie dite de « grippe espagnole ». La maladie tuera en tout près de 50 personnes dans la ville qui a alors 4 000 habitants.

Disons-le d’emblée : la grippe dite « espagnole » ne vient pas du tout d’Espagne. Elle serait originaire du Kansas mais comme la guerre fait rage les journaux, censurés, n’en parlent guère au début. Sauf en Espagne, pays neutre. C’est donc de ce pays qu’arriveront les premières informations sur cette épidémie (qui deviendra vite une pandémie), d’où le fait que les journaux des pays en guerre la qualifieront « d’espagnole ».

Il n’y a pas de consensus scientifique sur la route prise par l’épidémie pour se propager au Canada. Selon une hypothèse, elle aurait été ramenée d’Europe par des soldats blessés rapatriés au pays, selon une autre, elle se serait propagée par le passage des troupes américaines qui transitaient par Montréal et Halifax pour se rendre en Europe.  La maladie, un virus de type H1N1, aurait sauté des soldats américains vers leurs collègues canadiens. La conscription, qui amenait de nombreux contacts entre civils et militaires, aurait fait le reste. On incrimine aussi un Congrès eucharistique tenu à Victoriaville en septembre 1918, qui avait amené dans la ville des milliers de personnes de partout dans le monde. Ce qui est sûr, c’est que c’est au Collège du Sacré-cœur de Victoriaville qu’on signale la première éclosion, qui atteint ensuite des maisons voisines, où logeaient des démunis.

Le 23 septembre, le Bureau d’Hygiène de Montréal déclare l’état d’épidémie et oblige la fermeture du collège. Les quelques 400 étudiants, presque tous pensionnaires, doivent retourner chez eux, partout au pays. En moins d’une semaine, la maladie est partout.  Au Québec, en dehors de Montréal et de Québec, Victoriaville et Drummondville font partie des régions les plus touchées.

En octobre, la maladie commence à se répandre à Drummondville, qui a presque quadruplé sa population à cause de l’industrialisation durant les quatre années de la guerre. Les nouvelles conditions de vie, l’entassement des familles, l’absence d’égouts et d’aqueducs convenables , le manque de soin médicaux, favorisent la contagion. Le Conseil de ville met donc sur pied son propre Bureau d’Hygiène le 4 octobre. Plus du quart de la population est bientôt malade.

Comme ailleurs dans la province, on interdit les réunions et rassemblements. On ferme les écoles et les autres lieux publics, y compris les lieux de culte malgré l’importance de la religion à l’époque, cessant les services religieux. Le manque de lits à l’Hôpital Sainte-Croix oblige à transformer l’école Garceau en hôpital d’isolement. Beaucoup de malades ne sont pas déclarés par les familles, les médecins et les ministres du culte, ce qui rend difficile les estimations du nombre de décès. À Drummondville, le nombre officiel de 42 morts est peut-être sous-estimé. Victoriaville, pour sa part, eut 119 décès. Plus de 50 000 Canadiens mourront de l’épidémie qui frappe en deux vagues, l’une à l’automne 1918, l’autre au printemps 1919 (sur une population d’un peu plus de 8 millions d’habitants). Le chef de la statistique du Bureau provincial d’Hygiène de l’époque estime qu’au Québec la maladie a fait entre 15 000 et 20 000 morts(sur une population de moins de 3 millions). Contrairement à la COVID-19 qui a causé des décès davantage chez les personnes âgées et fragilisées, la moitié des décès attribuables à la grippe espagnole survint chez des personnes entre 20 et 40 ans.  C’est un peu supérieur au bilan de la pandémie actuelle (28 000 décès au Canada et 11 000 au Québec)  Dans le monde, la pandémie fit plus 50 millions de morts (pour une population de moins de 2 milliards). À mettre en relation avec les 4 700 000 morts de la COVID-19 à l’échelle mondiale (sur 7 milliards). La différence entre 1918 et 2020 tient dans les mesures sanitaires, les vaccins et les infrastructures médicales.

André Pelchat
CHRONIQUEUR
PROFIL

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