Laboratoire de microbiologie : le transfert d’analyses vers Trois-Rivières suscite d’autres inquiétudes à Drummondville

Laboratoire de microbiologie : le transfert d’analyses vers Trois-Rivières suscite d’autres inquiétudes à Drummondville
Le transfert d’analyses microbiologiques vers Trois-Rivières suscite des inquiétudes à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Drummondville / Centre-du-Québec

Le transfert de certaines analyses du laboratoire de microbiologie de l’Hôpital Sainte-Croix vers Trois-Rivières ravive les inquiétudes concernant le maintien des services de santé à Drummondville. Alors que Santé Québec présente cette décision comme une réorganisation destinée à accélérer l’obtention des résultats, la Coalition pour un hôpital régional et des citoyens s’interrogent sur sa portée réelle et ses conséquences pour les patients. Cette situation fait également craindre le transfert éventuel d’autres services vers Trois-Rivières.

Des membres de la Coalition pour un hôpital régional, des citoyens invités et des candidats aux élections provinciales étaient réunis ce matin à l’Hôpital Sainte-Croix de Drummondville © Crédit photo : Éric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.

En effet, selon des informations obtenues par le Vingt55 et désormais confirmées par Santé Québec, certaines activités du laboratoire de microbiologie de l’Hôpital Sainte-Croix seront transférées vers Trois-Rivières. D’après les renseignements recueillis par le Vingt55, cette réorganisation doit notamment toucher des analyses de bactériologie et se concrétiser en décembre 2026.

Santé Québec réfute toutefois la fermeture complète du service. Dans une réponse écrite transmise par Josiane Gagnon, agente d’information aux relations médias Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec Universitaire, confirme que certains spécimens prélevés à Drummondville seront désormais analysés au Centre hospitalier affilié universitaire régional de Trois-Rivières.

« Il ne s’agit pas de la fermeture du service de microbiologie de l’Hôpital Sainte-Croix, mais bien d’une réorganisation de certaines activités de bactériologie rendue possible grâce à l’arrivée d’une nouvelle technologie de pointe au sein de notre établissement », précise Josiane Gagnon

L’organisation soutient que cette réorganisation permettra d’obtenir certains résultats plus rapidement. Elle n’a cependant pas précisé les analyses concernées, le volume de spécimens transférés ni les délais prévus pour les situations médicales urgentes. Elle n’a pas non plus confirmé que le transfert se concrétisera en décembre 2026.

Cette décision soulève des préoccupations chez des citoyens, des professionnels de la santé et des membres de la Coalition pour un hôpital régional.

Ces derniers ont été informés de la situation par le Vingt55 alors qu’ils étaient réunis pour réclamer des réponses sur les plans, l’échéancier et l’avancement du projet du nouvel hôpital régional de Drummondville.

Rencontré en entrevue, le président de la Coalition, Robert Pelletier, était entouré de membres de l’organisation et de candidats aux élections provinciales. « On veut des engagements concrets et un échéancier clair pour faire avancer le projet », a-t-il réaffirmé. La Coalition demande notamment à Santé Québec de préciser les prochaines étapes menant à la réalisation du futur établissement.

Robert Pelletier s’est montré surpris d’apprendre le transfert d’activités du laboratoire de microbiologie. « Si vos informations et vos sources sont bonnes, vous me l’apprenez », a répondu le président de la Coalition en entrevue ce matin au Vingt55.

Une chaîne automatisée de plus de 6 millions de dollars

Pour justifier cette réorganisation,Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec Universitaire renvoie à la mise en service progressive d’une nouvelle chaîne automatisée de bactériologie à Trois-Rivières. Cette technologie représente un investissement de plus de 6 millions de dollars et constitue le deuxième équipement du genre à être déployé dans un établissement hospitalier québécois.

Selon Santé Québec, cette chaîne automatisée permet d’effectuer plusieurs étapes de l’analyse des prélèvements liés aux infections et de rendre certains résultats disponibles plus rapidement.

À l’échelle du territoire desservi par Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec – Universitaire, plus de 550 000 spécimens sont analysés chaque année dans le secteur de la microbiologie afin de répondre aux demandes d’environ 134 000 usagers. Santé Québec soutient que la nouvelle technologie permettra aux équipes soignantes de confirmer plus rapidement certains diagnostics et d’amorcer plus tôt les traitements appropriés.

Une différence apparaît toutefois entre les renseignements transmis directement au Vingt55 et le communiqué publié par Santé Québec en juillet.

Dans sa réponse au Vingt55, Santé Québec affirme que certains résultats pourront être obtenus de 12 à 24 heures plus rapidement. Le communiqué de juillet évoquait plutôt une réduction de 24 à 48 heures dans plusieurs situations, et même davantage pour certaines analyses.

Santé Québec assure que cette réorganisation n’entraînera aucune suppression de poste. « Au contraire, elle permet d’optimiser l’utilisation de l’expertise du personnel et de réaffecter certaines ressources vers des secteurs où les besoins sont importants, notamment pour les activités de laboratoire qui demandent des analyses plus complexes », indique l’organisation.

Les services de prélèvement demeureront accessibles à Drummondville. Les usagers pourront donc continuer de se rendre dans les différents centres de prélèvements de la région, même si certains spécimens seront ensuite acheminés et analysés à Trois-Rivières.

Santé Québec invoque également la rareté de la main-d’œuvre spécialisée pour justifier le recours à l’automatisation et la réorganisation des activités de laboratoire.

Plusieurs questions demeurent sans réponse

La réponse transmise au Vingt55 ne permet toutefois pas de connaître la portée complète de la décision. la direction Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec Universitaire n’a précisé ni la date exacte du transfert ni la liste des analyses qui seront effectuées à Trois-Rivières. L’organisation n’a pas davantage exposé les motifs administratifs et financiers de cette réorganisation, indiqué quels médecins et professionnels avaient été consultés ou fait état des préoccupations exprimées par le personnel clinique.

Les délais maximaux prévus pour les analyses urgentes demeurent également inconnus, notamment dans les cas de septicémie, de méningite ou d’autres infections graves nécessitant une intervention rapide. Santé Québec n’a fourni aucune donnée permettant de démontrer que le transport des spécimens vers Trois-Rivières n’allongera pas certains délais. Elle n’a pas non plus indiqué si d’autres activités du laboratoire de l’Hôpital Sainte-Croix pourraient éventuellement être centralisées.

Le Vingt55 avait par ailleurs demandé toute étude d’impact, analyse clinique ou financière, note décisionnelle ou évaluation ayant mené à cette réorganisation. Aucun de ces documents n’a été transmis avec la réponse de Santé Québec.

Robert Pelletier réclame davantage de transparence

Pour Robert Pelletier, le déplacement de services hospitaliers vers l’extérieur de Drummondville ne peut être présenté comme une simple décision administrative sans que ses conséquences soient clairement expliquées à la population. « Tout déplacement de services vers l’extérieur n’est pas une bonne nouvelle pour les gens de Drummondville », a-t-il fait valoir en entrevue au Vingt55.

Le président de la Coalition reconnaît ne pas être en mesure d’évaluer lui-même les conséquences cliniques du transfert des analyses de bactériologie. Il estime que le personnel médical serait mieux placé pour déterminer si cette réorganisation risque d’entraîner des délais supplémentaires dans certaines situations.

« On voit des services quitter de façon parfois temporaire pour ensuite s’apercevoir que c’est permanent. Il y a aussi des départs de spécialistes. Quand on demande un plan de match à Santé Québec, c’est exactement ce qu’on veut savoir », a-t-il ajouté.

Robert Pelletier demande que les décisions soient assumées publiquement et que Santé Québec explique de quelle manière la population de Drummondville sera mieux servie lorsqu’une activité est déplacée vers un autre établissement.

« On laisse partir des services, puis on l’apprend par la suite. On ne connaît pas les raisons de ces décisions. C’est ce qu’on déplore. On sait que certaines choses avancent, mais on ne sait pas lesquelles ni comment. La population devrait être tenue informée », a-t-il insisté.

Après avoir pris connaissance de la réponse transmise au Vingt55, le président de la Coalition estime que Santé Québec reprend essentiellement des renseignements déjà rendus publics lors de l’annonce de la nouvelle chaîne automatisée de Trois-Rivières.

« On constate que plusieurs éléments soulevés dans les questions demeurent sans réponse. Ce qui a été mentionné par le service des communications se trouvait déjà dans la sphère publique. Maintenant, ce qu’on veut savoir, c’est ce qu’on prépare pour Drummondville », a-t-il résumé.

Présent lors de la mobilisation, Jean-Guy Moreau, un citoyen rencontré par le Vingt55, s’est également montré préoccupé par l’avenir des soins de santé à Drummondville.

Il affirme que plusieurs personnes âgées de son entourage doivent déjà se déplacer vers Trois-Rivières ou Sherbrooke afin d’obtenir certains soins spécialisés.

« Quand on entend qu’on pourrait ne pas avoir de nouvel hôpital avant 2037, c’est inquiétant. Les personnes plus âgées vont-elles devoir quitter Drummondville pour s’installer à Sherbrooke ou à Trois-Rivières afin d’avoir accès aux soins? », a-t-il demandé.

M. Moreau affirme notamment devoir se déplacer à l’extérieur de Drummondville pour consulter un spécialiste. À ses yeux, le transfert d’activités de laboratoire vers Trois-Rivières alimente une inquiétude plus large concernant l’érosion progressive de certains services hospitaliers offerts localement.

Santé Québec soutient pour sa part que cette réorganisation améliorera la rapidité de certaines analyses. En l’absence de données détaillées sur les spécimens transférés, les délais de transport et le traitement des situations urgentes, il demeure toutefois impossible de mesurer précisément les effets de cette décision sur les patients de l’Hôpital Sainte-Croix.

De son côté, la Coalition pour un nouvel hôpital régional exige des engagements concrets concernant les plans, les analyses et le début des travaux du futur hôpital régional de Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Éric Beaupré
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