L’année 1816 pire que 2020 à Drummondville comme pour l’ensemble des citoyens du monde – Raconte-moi l’histoire par André Pelchat

L’année 1816 pire que 2020 à Drummondville comme pour l’ensemble des citoyens du monde – Raconte-moi l’histoire par André Pelchat
© Crédit photo Eric Beaupré. Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Durant le temps des fêtes qui vient de se terminer, les Drummondvillois, comme tous les Québécois et, en fait, l’ensemble des citoyens du monde, ont été heureux de dire adieu à l’année 2020. Mais on peut penser que leurs ancêtres ont été tout aussi contents, il y a un peu plus de 200 ans, de dire adieu, non à une, mais à deux années de m…   

Buste de Frederick-George Heriot @ Crédit photo Eric Beaupré Vingt55 et vue satellite du volcan Tambora 

C’est en 1815 que le Major Frederick-George Heriot a fondé la colonie de la rivière St-François (futur Drummondville) avec des soldats britanniques démobilisés. Le projet prévoyait la fourniture de vivres par le gouvernement pendant un an. Mais voilà, en juillet 1816, au moment où les vivres cessent d’arriver, la météo détruit toutes les récoltes ! Il a neigé en juin et il neige de nouveau en août ! On avait prévu des réserves pour six mois. Plusieurs colons abandonnent la colonie, découragés. Sans une aide d’urgence en 1817, la survie de la future Drummondville était compromise. En décembre 1819, le surintendant de la colonie dressera un bilan peu reluisant de l’entreprise de colonisation : sur 292 maisons construites, 68 sont désertées et en ruine. On a sérieusement pensé à mettre fin à la colonisation de la région.

Cela n’aurait sans doute pas consolé les colons, mais, en cette année 1816, leur situation n’avait rien d’unique. 1816 restera dans les annales comme « l’année sans été », et ce, dans tout l’hémisphère nord.  Par exemple, le 6 juin, la ville de Québec était paralysée par une tempête de neige. Dans l’État du Vermont tout proche, un fermier mourut gelé pendant la même tempête qui causa des accumulations de neige de 50 centimètres au pied des montagnes. Les 10 et 11 juin, une gelée détruisit les récoltes dans tout le nord-est de l’Amérique, aussi loin au sud qu’au Connecticut.  Seules les pêcheries sauvèrent la Nouvelle-Angleterre de la famine durant l’hiver qui suivit et le gouvernement du Bas-Canada interdit toute exportation de nourriture.

La situation en Europe n’était pas meilleure : la famine frappa la Suisse et fut suivie d’une épidémie de typhus. En Irlande, 65 000 personnes moururent de la famine causée par la perte des récoltes et de l’épidémie de typhus qui suivit. Le Nord de l’Italie connut 10 000 morts de faim et de maladie, etc.

La cause de tous ces désastres ? L’explosion du volcan Tambora, sur l’île de Sumbawa, aux Indes néerlandaises (aujourd’hui l’Indonésie), le 10 avril 1815. La plus violente éruption volcanique enregistrée dans l’histoire.  L’explosion tua sur le coup 88 000 des 127 000 habitants de l’île, les ensevelissant sous un nuage de cendres et éradiquant leur civilisation originale, projetant 363 millions de tonnes de gaz soufré dans l’atmosphère   Les vents dominants répartirent ces substances au-dessus de l’hémisphère nord, bloquant les rayons du soleil. Le climat du monde entier en fut perturbé pendant au moins 2 ans.  Personne ne connaissait la cause de tous ces désastres et on était porté à l’attribuer à la colère divine. C’est en 1847 seulement qu’un géologue put faire l’ascension de ce qui restait du Tambora et faire le lien avec le climat de 1816.

D’autres catastrophes frappèrent par la suite la future Drummondville : une épidémie en 1820 et un incendie majeur en 1826 mais aucune ne devait menacer à ce point l’existence même de l’établissement.

Mais aujourd’hui, nous sommes habitués à l’idée que des évènements lointains peuvent avoir des conséquences tout près de nous… Jusqu’à l’an dernier, qui au Québec avait entendu parler de la ville de Wuhan ?

La Chronique historique d’André Pelchat ….Raconte-moi l’histoire

André Pelchat admet être un « raconteux » compulsif. Depuis son enfance, il a eu le désir d’apprendre et son premier réflexe en apprenant quelque chose est de le raconter pour l’apprendre à quelqu’un d’autre. C’est ce qui l’a amené à faire des études en histoire à l’université Laval, puis à exercer les métiers de journaliste, réalisateur et guide-accompagnateur de touristes. Entre autres. Auteur de deux ouvrages d’histoire et de nombreux articles dans la revue « Canada’s History » autrefois « The Beaver », il siège sur le comité de direction de la revue « Empreinte » magazine d’histoire de la Mauricie/Centre-du-Québec et, depuis les années 1990, présente des chroniques historiques à la Télévision communautaire des Bois-Francs, à Victoriaville, et maintenant, il a, et offre sa chronique au Vingt55

Pour en savoir plus : Pelchat, André « L’Année sans été » dans

Histoires à dormir Debout ! Voyage à travers l’insolite Montréal, Fondation littéraire Fleur de Lys, 2006, 514 p. Vallée, Maurice

La colonie de la rivière Saint-François : Les immigrants Montréal, Maurice Vallée, 2015, 196 p.

André Pelchat
André Pelchat
CHRONIQUEUR
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