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Palais de justice : une mesure de sécurite …qui ouvre les portes du DPCP à Drummondville

Palais de justice : une mesure de sécurite …qui ouvre les portes du DPCP à Drummondville
Un bouton de sécurité, et un message bien en vue, annule toute autre mesure de sûreté au palais de justice de Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Un simple bouton, bien en évidence, permet désormais d’accéder aux bureaux du DPCP au palais de justice de Drummondville. Ce geste banal, digne d’un guichet automatique, soulève pourtant de lourdes préoccupations en matière de sécurité. 

Un bouton de sécurité, et un message bien en vue, annule toute autre mesure de sûreté au palais de justice de Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Une modification apportée aux systèmes de sécurité du palais de justice de Drummondville soulève sans aucun doute de sérieuses inquiétudes, tant pour les constables spéciaux affectés à la sécurité que chez les employés du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Une mesure de sécurité remplacée par un bouton …d’insécurité

En cause, un nouveau dispositif d’accès installé à l’entrée des bureaux du DPCP, situés à l’étage du palais. Ce système permet désormais à tout citoyen d’accéder directement à ces espaces sensibles en appuyant sur un simple bouton d’ouverture, bien en vue et sans filtrage préalable, annulant ainsi à la fois l’utilisation, et l’efficacité du clavier de sécurité numérique. Ce bouton remplace un ancien mécanisme de barre de sécurité, jusque-là considéré comme plus prudent et mieux contrôlé.

« Ce bouton agit comme une invitation à quiconque à entrer », déplore Franck Perales, président du Syndicat des constables spéciaux du gouvernement du Québec, joint par le Vingt55. « Une personne en colère, désorganisée ou même mal intentionnée peut donc,  accéder aux bureaux du DPCP sans être interceptée ni identifiée. C’est extrêmement préoccupant », exprime Franck Perales.

Jusqu’à récemment, l’accès aux bureaux du DPCP nécessitait une manipulation délibérée de sécurité qui s’activait de façon directe, permettant à un employé de quitter les lieux en cas d’urgence, tout en offrant une barrière efficace contre les intrusions.

Son retrait, au profit d’un bouton activant instantanément l’ouverture de la porte, est perçu par plusieurs employés comme une faille majeure dans le filet de sécurité.

Le syndicat estime qu’on a ainsi facilité l’accès à un secteur névralgique, où se trouvent des procureurs, parfois des victimes, des témoins et du personnel vulnérable, sans prévoir de mesures compensatoires suffisamment efficaces.

Une situation à ne pas prendre à la légère et à corriger rapidement

« Si quelqu’un veut confronter un procureur ou contester une décision judiciaire, rien ne l’empêche maintenant de monter et d’entrer », illustre M. Perales en entrevue au Vingt55

Il évoque le scénario plausible d’un citoyen frustré par un jugement défavorable, décidant de se présenter de manière impulsive au bureau du procureur de la Couronne, où l’accueil est souvent assuré par une adjointe administrative. « C’est elle qui se retrouve seule à faire face à la colère ou à l’instabilité d’un individu, sans filtre ni protection. »

Un tel accès non supervisé, dans un contexte où les tensions sociales, les troubles de santé mentale et les comportements impulsifs sont en hausse, constitue une source de risque et d’insécurité pour le personnel, évident de constater et rappler M. Perales.

De leur côté, interpellés par le Vingt55, les employés du bureau du DPCP et les procureurs n’ont pas voulu commenter la situation et ont référé la demande à la Société québécoise des infrastructures (SQI).

La position et réponse de la Société québécoise des infrastructures (SQI)

Interpellée par le Vingt55, Anne-Marie Gagnon, conseillère aux communications et relations avec les médias pour la Société québécoise des infrastructures (SQI), confirme que la modification a été implantée pour répondre à des exigences réglementaires.

« Cette mesure a été mise en place afin de se conformer aux exigences de la CNESST et de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ). Aucun incident n’a été rapporté dans les derniers mois. Le bouton permet une évacuation plus rapide en cas de situation d’urgence, tel un incendie », a-t-elle précisé.

Mme Gagnon ajoute que des mesures additionnelles ont été intégrées, notamment un bouton d’alerte d’urgence, de type bouton panique, à la réception, pour renforcer la sécurité du personnel du DPCP.

Un bouton panique… trop lent peu efficace

Contrairement à d’autres palais de justice où la barre pression des portes d’accès déclenche immédiatement une alerte à la console de sécurité locale et/ou du constable spéciale, le bouton panique à la disposition des procureurs et du personnel au palais de justice de Drummondville est, selon les informations obtenues au Vingt55, relié à une centrale externe, qui communique ensuite avec un répartiteur. Ce dernier contacte à son tour un constable spécial, parfois sans connaître avec précision l’emplacement ou la nature de la situation. Cette affirmation a été, et elle est malheureusement exacte, confirme  Franck Perales, président du Syndicat des constables spéciaux du gouvernement du Québec :

« On parle de délais pouvant aller jusqu’à 4, 5 minutes et plus avant qu’un agent n’intervienne, et ce, sans savoir si c’est un incident grave, une altercation ou une situation de panique », s’inquiète M. Perales. Il pourrait donc, en effet, falloir plus de 5 minutes avant qu’un constable ne se rende sur les lieux. « Imaginez si c’était sérieux ou grave. Chaque seconde compte », dénonce Franck Perales.

Un point inquiétant en cas d’une situation qui aurait mal tourné ou d’un incident grave, le travail de nos constables spéciaux sera scruté à la loupe, tout comme le temps d’intervention, les mesures contre-productives et inefficaces, alors que nos constables spéciaux s’exposent ainsi à des situations à risque sans sécurité, malgré leur constance », affirme Franck Perales.

En entrevue au Vingt55, M. Francis Coats, expert et formateur en sécurité, abonde dans le même sens. Selon lui, il s’agit d’une mesure de sécurité à la fois inefficace.

« Le mécanisme et le dispositif n’offrent aucune réelle sécurité », constate-t-il. À son avis, une évaluation rapide et sommaire suffit à remettre en question non seulement l’intégrité du dispositif installé pour protéger les lieux et le personnel, mais aussi la logique sécuritaire qui le sous-tend. Le tout est, selon lui, annulé par un mécanisme additionnel qui, au final, n’offrent aucune protection réelle pour les personnes se trouvant derrière cette porte.

Questionné sur les coûts estimés d’un tel dispositif, M. Coats explique que l’ensemble du matériel installé à l’entrée, poignée mécanique, barre-panic, panneau de contrôle numérique, boutons, panneaux, porte et système d’installation, ajouté au temps de logistique et à la main-d’œuvre, pourrait facilement avoir coûté entre 10 000 $ et 20 000 $, incluant la gestion du projet et la coordination des travaux.

Une sécurité affaiblie, malgré des investissements gouvernementaux

« Alors qu’on renforce partout la sécurité, à Drummondville, on constate l’inverse. On retire un mécanisme de sécurité efficace pour le remplacer par un bouton qui ouvre la porte à tout le monde. C’est incompréhensible », tranche Franck Perales. Ce système contredit, selon le syndicat, les orientations actuelles du ministère de la Justice et du gouvernement du Québec, qui investissent depuis plusieurs années dans la sécurisation des palais de justice, ajout de détecteurs de métaux, de caméras, d’agents supplémentaires et d’accès contrôlés.

Le président du syndicat estime que les correctifs ne sont pas à la hauteur des risques et mesures réels.

Il appelle à revoir rapidement le système d’accès et à rétablir un mécanisme plus sécuritaire, directement relié aux constables spéciaux du palais de justice, à l’image de ce qui est en place dans les autres palais de justice du Québec.

« On ne peut pas attendre qu’un incident grave survienne pour agir. La sécurité des employés, des victimes, des constables et des citoyens doit passer en premier, tant pour la sécurité de l’étage des procureurs de la Couronne que des employés administratifs qui s’y trouvent, que pour nos constables spéciaux appelés à intervenir », conclut Franck Perales.

Un bouton de sécurité, et un message bien en vue, annule toute autre mesure de sûreté au palais de justice de Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Éric Beaupré
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