DRUMMONDVILLE

Postes Canada amorce la fin de la livraison du courrier à domicile @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
À Drummondville, comme ailleurs au pays, la fin progressive de la livraison du courrier à domicile soulève déjà des questions chez les citoyens, appelés à modifier leurs habitudes alors que leur service postal traditionnel est appelé à disparaître au cours des prochaines années.
Dans un virage qualifié d’historique, Postes Canada amorce une transformation majeure de son modèle de livraison, marquée par l’abandon progressif du courrier à domicile au profit des boîtes postales communautaires. Ce changement, annoncé à l’automne dernier, s’inscrit dans une stratégie plus large visant à assurer la viabilité financière et opérationnelle du service postal à long terme.
Selon les informations rendues publiques, la transition s’échelonnera sur une période d’environ cinq ans et touchera près de quatre millions d’adresses à travers le pays. Ces ménages, qui reçoivent encore leur courrier directement à leur porte, seront graduellement redirigés vers un mode de livraison centralisé, déjà en place pour une large majorité de la population canadienne. En effet, environ 73 % des adresses utilisent actuellement une forme de livraison centralisée, que ce soit via des boîtes communautaires, des cases postales ou des immeubles à logements, contre 23 % qui bénéficient encore du service à domicile et 4 % en milieu rural.
La première phase concrète du déploiement débutera à la fin de 2026 et au début de 2027. Elle concernera environ 136 000 adresses réparties dans 13 municipalités canadiennes. Au Québec, les villes de Sept-Îles, Candiac et La Prairie figurent parmi les premières à être touchées. Cette phase initiale vise principalement des secteurs adjacents à des zones déjà desservies par des boîtes communautaires, facilitant ainsi l’intégration du nouveau modèle.
Le processus de conversion d’une adresse, de la livraison à domicile vers une boîte communautaire, peut s’étendre sur plusieurs mois. Il implique notamment l’identification d’emplacements jugés sécuritaires, accessibles et adaptés aux besoins des résidents. Les citoyens concernés seront informés à chaque étape, un élément que la société d’État présente comme essentiel à l’acceptabilité sociale du projet.
Au cœur de cette transformation, les boîtes postales communautaires sont présentées comme une solution moderne et sécurisée. Présentes au Canada depuis plus de 40 ans, elles offrent des compartiments verrouillés permettant un accès au courrier et aux colis en tout temps. La majorité des envois, incluant plus de 80 % des colis, peuvent y être déposés directement, tandis que les articles plus volumineux ou nécessitant une signature continueront d’être livrés à domicile ou redirigés vers un bureau de poste.
Sur le plan financier, cette réorganisation vise des économies estimées à environ 400 millions de dollars, selon les données communiquées par l’organisation. Dans un contexte marqué par la baisse du volume de courrier traditionnel et l’évolution des habitudes de consommation, notamment vers le numérique et le commerce en ligne, Postes Canada cherche à adapter son modèle d’affaires. La société évoque un « tournant » nécessaire pour maintenir son double mandat : offrir un service universel tout en évitant de devenir un fardeau financier pour les contribuables.
Cette transformation ne se limite pas à la livraison du courrier. Elle s’accompagne également d’une révision du réseau de bureaux de poste, qui compte actuellement près de 5 900 points de service au pays. Bien qu’aucun objectif précis de fermetures n’ait été annoncé, Postes Canada reconnaît que certaines zones urbaines et suburbaines sont aujourd’hui surdesservies. Des analyses de marché sont en cours afin d’ajuster le réseau en fonction de l’achalandage réel et des besoins des communautés, dans un contexte où les visites en succursale et les revenus de détail ont diminué de manière significative au cours des dernières années.
Parallèlement, des mesures d’adaptation sont prévues pour les personnes ayant des limitations fonctionnelles. Le Programme de mesures d’adaptation pour la livraison propose notamment des aménagements spécifiques aux boîtes communautaires, comme des compartiments à hauteur réduite, des inscriptions en braille ou des plateaux coulissants. Dans certains cas, une livraison à domicile peut être maintenue sur une base temporaire ou permanente, afin de répondre à des besoins particuliers.
Si Postes Canada insiste sur les avantages logistiques, sécuritaires et économiques de cette transformation, le chantier soulève néanmoins des enjeux d’accessibilité, d’équité et d’acceptabilité sociale, particulièrement dans les milieux urbains densément peuplés. La société reconnaît d’ailleurs que ces secteurs poseront des défis supplémentaires et seront abordés dans des phases ultérieures du déploiement.
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À Drummondville comme ailleurs au pays, il reste à voir comment cette modernisation sera reçue sur le terrain, alors que des millions de Canadiens verront, au fil des prochaines années, disparaître la livraison du courrier directement à leur porte.
En amorçant cette transition d’envergure, Postes Canada redéfinit en profondeur l’un des services publics les plus ancrés dans le quotidien des citoyens.
Une employée de Postes Canada rencontrée par le Vingt55 précise que la charge de travail s’est alourdie sous l’effet de plusieurs facteurs. « Sans mauvais jeu de mots, la “run” est devenue beaucoup plus exigeante », a-t-elle indiqué. La distribution des circulaires, notamment celles du Publisac, a contribué à complexifier les tournées, tout en étant peu rémunératrice au regard des impacts sur la santé. Elle évoque notamment des contraintes physiques accrues et des conditions de travail exigeantes.
Elle souligne également que la livraison du courrier et des colis s’inscrit désormais dans un marché hautement concurrentiel, marqué par l’arrivée de nouveaux joueurs et services de livraison.
Cette réalité a, selon elle, profondément transformé les opérations et réduit le monopole autrefois détenu par Postes Canada, une évolution ressentie depuis plusieurs années par les employés. Ces derniers étaient d’ailleurs engagés dans des négociations salariales dans le cadre du renouvellement de leur convention collective, comme le rapportait le Vingt55 lors des récents mouvements de grève.
Le déploiement de ce plan de transformation s’inscrit dans un contexte particulièrement tendu pour Postes Canada.
L’organisation a été marquée au cours de la dernière année par un conflit de travail d’envergure nationale, déclenché après l’annonce, en septembre, de la fin progressive de la livraison du courrier à domicile. Cette orientation, portée par le ministre responsable, Joël Lightbound, visait à « stabiliser la situation financière » d’une société aux prises avec des déficits récurrents.
En réaction, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes avait lancé une grève nationale ayant perturbé les services pendant près de deux semaines. Après deux années de négociations difficiles, un terrain d’entente est toutefois intervenu en décembre dernier entre les parties syndicale et patronale, ouvrant la voie à de nouvelles conventions collectives en vigueur jusqu’au 31 janvier 2029.
Le processus n’est pas entièrement complété, les membres du syndicat sont appelés à se prononcer par vote de ratification, prévu du 20 avril au 30 mai.
Ce contexte demeure un élément clé pour comprendre les enjeux entourant la transformation en cours et son acceptabilité, tant auprès des travailleurs que du public.

Postes Canada amorce la fin de la livraison du courrier à domicile @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.





