DRUMMONDVILLE
Les chaînes et bannières de pharmacies du Québec affichent un appui sans équivoque à l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), qui a annoncé son retrait des négociations avec le gouvernement à la suite d’un amendement controversé au projet de loi 15. Une décision qui suscite de vives inquiétudes quant aux répercussions possibles, notamment pour les pharmacies de Drummondville et, plus largement, pour celles du Centre-du-Québec.
Selon l’Association des bannières et des chaînes de pharmacies du Québec (ABCPQ), l’amendement adopté sans préavis ni consultation modifie de manière unilatérale les règles entourant la rémunération des pharmaciens pour les services rendus aux régimes privés d’assurance. Une orientation qui, selon les acteurs du milieu, pourrait fragiliser l’équilibre financier des pharmacies communautaires et limiter leur capacité à offrir des services de première ligne.
« L’amendement apporté au projet de loi 15 soulève de sérieuses inquiétudes quant à la capacité des pharmaciens à maintenir des services accessibles et de qualité pour la population. À Drummondville, comme ailleurs, nous craignons des impacts concrets sur les patients », pour des membres de la table locale des pharmaciens propriétaires de Drummondville.
Dans une déclaration transmise vendredi, le président de l’ABCPQ, Yann Yehia Nachabé, presse le gouvernement de revoir sa position. « Le temps file, mais il est encore temps de corriger le tir », affirme-t-il, appelant à une rencontre urgente entre les représentants du ministère de la Santé, du Conseil du trésor et les intervenants du secteur afin de retirer l’amendement.
Sur le terrain, les inquiétudes sont bien réelles. Les pharmacies jouent un rôle croissant dans l’accès aux soins, notamment depuis l’élargissement des responsabilités des pharmaciens au cours des dernières années. Dans plusieurs municipalités du Centre-du-Québec, elles constituent souvent l’un des points d’entrée les plus accessibles vers le système de santé.
Or, si l’amendement est maintenu, les conséquences pourraient être importantes. L’ABCPQ évoque notamment une possible réduction des heures d’ouverture, une diminution des services offerts, voire la fermeture de certaines succursales. Un scénario qui inquiète particulièrement dans des milieux où l’accès à un médecin demeure limité.
Cette situation soulève également des contradictions au sein même du discours gouvernemental. Alors que la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, réaffirmait récemment vouloir miser davantage sur les pharmaciens comme pilier de la première ligne, les mesures adoptées la veille viennent, selon les intervenants, compromettre cet objectif.
« Comment peut-on vanter le rôle essentiel des pharmaciens tout en adoptant des mesures qui menacent leur capacité d’agir? », questionnent les représentants du secteur, dénonçant une incohérence qui fragilise l’ensemble du réseau.
Face à cette impasse, l’AQPP a choisi de se retirer de la table de négociation, estimant que les conditions actuelles ne permettent plus des discussions constructives. Elle demande désormais à la ministre de la Santé d’intervenir auprès du ministre du Travail afin de revoir l’amendement avant l’adoption finale du projet de loi.
Au moment d’écrire ces lignes, aucune indication n’avait été donnée quant à une éventuelle révision de la mesure. Pendant ce temps, sur le terrain, pharmaciens et propriétaires de pharmacies demeurent dans l’incertitude, alors que les patients pourraient, eux aussi, en ressentir rapidement les effets.





