DRUMMONDVILLE
Plusieurs usagers et conducteurs contreviendraient au Code de la sécurité routière, comme semble l’illustrer cette photo fournie par la Ville de Drummondville @ Tous droits réservés.
Mis en place en mai 2024 et renouvelé une première fois en septembre 2025, le projet pilote permet la circulation des véhicules hors route sur certaines rues du secteur Saint-Charles selon des conditions précises, notamment quant à la vitesse maximale autorisée et aux heures de circulation. Alors que la Ville de Drummondville lance une nouvelle consultation publique afin d’évaluer les effets du projet pilote, plusieurs résidents souhaitent désormais qu’il y soit mis fin, estimant que les conditions imposées ne sont pas suffisamment respectées et que les moyens d’application demeurent limités.
Que ce soit sur les sentiers fédérés, les chemins autorisés ou les tronçons routiers visés par le projet pilote, les conducteurs de véhicules hors route demeurent assujettis à la Loi sur les véhicules hors route ainsi qu’au Code de la sécurité routière. Or, selon plusieurs résidents rencontrés par le Vingt55 et les observations effectuées sur le terrain, des manquements aux règles de sécurité seraient constatés de façon régulière, tant dans les sentiers que sur les rues du secteur résidentiel Saint-Charles.
Comme le précisent les documents et les informations obtenus par le Vingt55 auprès de Transports Québec, la circulation des véhicules hors route est encadrée par plusieurs règles visant à assurer la sécurité des conducteurs, des passagers et des autres usagers. Avant de prendre la route ou les sentiers, le conducteur et ses passagers doivent notamment porter un casque conforme muni d’une visière ou de lunettes de sécurité, des vêtements adaptés ainsi que des chaussures permettant un bon contrôle du véhicule.
Transports Québec rappelle également qu’il faut être âgé d’au moins 16 ans pour conduire un véhicule hors route. Les conducteurs âgés de 16 et 17 ans doivent obligatoirement détenir un certificat de formation. Les mineurs sont tenus de porter un casque en tout temps, même lorsqu’ils circulent sur un terrain privé. Quant aux passagers, ils doivent prendre place uniquement aux endroits prévus par le fabricant, être en mesure de se maintenir adéquatement et d’atteindre les repose-pieds. Le transport d’un enfant à l’avant du conducteur est interdit.
» Native de Drummondville, Johanne Roy-Héroux et son conjoint ont acheté leur résidence du domaine Gamache en 2018. « Nous avions choisi ce quartier pour sa tranquillité, nous étions tellement heureux d’avoir trouvé un quartier calme », raconte-t-elle en entrevue au Vingt55.
Présente à la dernière séance du conseil municipal, Mme Roy-Héroux a directement interpellé le maire Jean-François Houle. Elle rappelle que plusieurs consultations ont déjà été réalisées depuis le lancement du projet pilote.
« On nous demande encore de remplir un sondage, mais on ne voit jamais les résultats. On donne notre opinion sans jamais savoir ce qu’il advient réellement de nos commentaires », déplore-t-elle.
Des règles qui, selon les citoyens, ne sont plus respectées Selon elle et plusieurs résidant du secteur visé par le projet pilote, de nombreux conducteurs dépassent largement la limite de 30 km/h, circulent avant 7 h ou après 21 h, ne portent pas toujours le casque obligatoire, permettent à des conducteurs trop jeunes de prendre le guidon ou encore adoptent des comportements jugés dangereux.
Elle dénonce comme plusieurs résidants du secteur également les accélérations répétées, les « rinçages » de moteur et le bruit constant qui accompagne la circulation des véhicules hors route.
« J’ai communiqué avec la Sûreté du Québec et avec le 311 à plusieurs reprises. Malgré tout, la situation demeure problématique », affirme-t-elle. Mme Roy-Héroux a demandé au maire quelles mesures concrètes seraient prises afin que les règles instaurées par la Ville soient enfin respectées.
Une problématique reconnue par la Ville Le maire Jean-François Houle a reconnu que la Ville est consciente de la situation. Il a confirmé qu’une nouvelle consultation serait menée avant que le conseil municipal ne décide de l’avenir du projet pilote. Le maire a également indiqué que la Ville analysera la possibilité de rendre publics les résultats du sondage, évoquant une volonté d’améliorer la transparence.
La conseillère municipale Catherine Lassonde a pour sa part expliqué que le projet pilote avait été prolongé principalement en raison du faible taux de participation obtenu lors de la première consultation.
Selon elle, plusieurs citoyens concernés n’avaient même jamais reçu le questionnaire. « Le faible taux de participation ne nous permettait pas d’avoir un portrait représentatif de la situation. Nous voulions obtenir une année complète de données avant de prendre une décision », a-t-elle expliqué.
Elle reconnaît toutefois que plusieurs citoyens continuent de signaler des comportements problématiques.
Un climat qui inquiète certains résidents, au-delà du bruit, plusieurs citoyens rencontrés par le Vingt55 affirment aujourd’hui hésiter à dénoncer certaines situations.
Selon leurs témoignages, certains résidents ayant formulé des plaintes auraient ensuite vu des conducteurs circuler sur leurs terrains privés ou auraient subi des actes de vandalisme. Pour plusieurs résidents, ce climat contribue à créer un sentiment d’intimidation.
Contrairement à certaines perceptions, Johanne Roy-Héroux estime que la majorité des utilisateurs responsables des nuisances ne résident pas dans le secteur.
« « Le problème vient surtout de l’extérieur, les gens du quartier utilisent leurs véhicules de façon responsable. Ils vont mettre de l’essence à la station-service, ils connaissent les lieux. Le problème, ce sont ceux qui viennent de l’extérieur uniquement parce que nos rues sont ouvertes aux VTT », affirme-t-elle.

Plusieurs usagers et conducteurs contreviendraient au Code de la sécurité routière, comme semble l’illustrer cette photo fournie par la Ville de Drummondville @ Tous droits réservés.
Plusieurs usagers et conducteurs contreviennent au Code de la sécurité routière tout en troublant la tranquillité des résidents.
Comme l’ont expliqué plusieurs résidents rencontrés par le Vingt55, des vidéos captées au cours des derniers mois dans le secteur résidentiel illustreraient différents comportements qu’ils jugent préoccupants. Au cours de ses observations sur le terrain, le Vingt55 a également pu constater la circulation de certains véhicules qui semblaient modifiés ou qui ne portaient pas de plaque d’immatriculation visible, tant sur le chemin Hemming que dans les sentiers du secteur, sans qu’il soit toutefois possible d’en confirmer la conformité aux exigences réglementaires.
Les citoyens affirment également avoir observé à plusieurs reprises des conducteurs effectuant des manœuvres sur une seule roue, des carrioles transportant des enfants qui ne semblaient pas porter de casque ou d’équipement de protection, ainsi que des motocross et des VTT circulant sur la voie publique ou à proximité des pistes cyclables. Selon eux, ces situations soulèvent des préoccupations quant à la sécurité des autres usagers du réseau routier et des secteurs résidentiels.
La valeur des propriétés également remise en question, pour Jonathan Turgeon, un autre résident du secteur Saint-Charles, les conséquences du projet pilote dépassent largement les nuisances sonores.
« Nous entretenons nos terrains, nous investissons dans nos maisons et nous avons choisi ce quartier pour sa tranquillité. Pourtant, chaque belle journée d’été, on est constamment agressés par le bruit des VTT. Certains enlèvent même les silencieux et roulent à plein régime comme si leur vie en dépendait. C’est vraiment exaspérant », affirme-t-il au Vingt55.
Le résident rappelle qu’une transaction immobilière dans le voisinage aurait même dégénéré en litige après que les nouveaux acheteurs eurent découvert l’existence du projet pilote.
Selon lui, la présence de cette circulation n’aurait pas été portée à leur connaissance au moment de la vente, ce qui aurait conduit à une mise en demeure et, ultimement, à l’annulation de la transaction.
« Est-ce qu’on dit aux acheteurs qu’ils risquent d’être réveillés la nuit par les VTT ou que, chaque belle journée d’été, ils entendront des moteurs accélérer constamment? C’est une question qui mérite d’être posée », soutient-il.
M. Turgeon affirme même réfléchir à vendre sa résidence. « Si je décide de vendre, est-ce que ma propriété va perdre de la valeur à cause de cette situation? C’est une inquiétude bien réelle pour plusieurs propriétaires. »
Comme Mme Roy-Héroux, il estime que la majorité des utilisateurs qui créent les nuisances proviennent de l’extérieur du quartier. « On connaît les gens du secteur. Ceux qui dérangent viennent souvent de l’extérieur. Ils utilisent nos rues pour accéder aux sentiers, puis repartent. Pendant ce temps, ce sont les résidents qui subissent les conséquences. »
Selon lui, la question de la valeur des propriétés devrait faire partie intégrante de l’analyse de la Ville avant toute décision.
Des interventions policières limitée, plusieurs résidents disent comprendre les limites auxquelles font face les policiers.
Selon eux, lorsque les patrouilleurs arrivent sur place, les conducteurs quittent rapidement les lieux par les sentiers ou les boisés.
« Les policiers ne peuvent pas partir à leur poursuite. Les risques d’accident sont beaucoup trop élevés », résume un citoyen rencontré par le Vingt55.
Un constat que confirme également un patrouilleur de la Sûreté du Québec rencontré sur le terrain. Selon ce dernier, dans plusieurs situations, les policiers doivent plutôt procéder par enquête. Encore faut-il être en mesure d’identifier le conducteur, le véhicule et d’établir clairement le lien entre celui-ci et l’infraction reprochée.
« Dans bien des cas, il est difficile d’obtenir tous les éléments de preuve nécessaires pour mener à un constat d’infraction », explique le policier.
Les interventions les plus efficaces demeurent celles où les conducteurs sont pris sur le fait, ce qui est toutefois plus difficile à réaliser dans les sentiers et les secteurs boisés où plusieurs utilisateurs quittent rapidement les lieux. Selon le policier, la présence ponctuelle d’une escouade spécialisée en véhicules hors route de la Sûreté du Québec pourrait contribuer à rendre les opérations de surveillance et d’application de la loi plus efficaces dans ce type de dossier.
Plusieurs estiment donc que les moyens actuels ne permettent pas d’assurer efficacement le respect des règles prévues au projet pilote.
« Le projet aurait dû prendre fin après un an » Pour plusieurs résidents, la première année d’expérimentation aurait dû suffire. « Ce projet pilote aurait dû être abandonné après la première année », estime un citoyen. Selon lui, son maintien contribue plutôt à attirer davantage de véhicules dans le secteur.
Mme Roy-Héroux partage cette inquiétude. « Une fois l’habitude créée, il devient extrêmement difficile de revenir en arrière. »
Elle craint également que l’expérience du secteur Saint-Charles serve éventuellement de modèle à d’autres quartiers résidentiels de Drummondville.
« Beaucoup de gens choisissent ces quartiers pour leur tranquillité. Si le projet est reconduit ailleurs, on risque de reproduire les mêmes problèmes. »
De son côté, la Ville de Drummondville affirme poursuivre ses efforts afin de favoriser une cohabitation harmonieuse et mise sur la sensibilisation
Une campagne de sensibilisation menée par les cadets de la Sûreté du Québec est actuellement en cours afin de rappeler les bonnes pratiques et les règles applicables aux utilisateurs de véhicules hors route.
« Au-delà des règles, une cohabitation harmonieuse repose sur le respect et la courtoisie de l’ensemble des usagers. La campagne de sensibilisation menée par les cadets de la Sûreté du Québec constitue une belle occasion de rappeler les bonnes pratiques, tandis que le sondage nous permettra de mesurer l’évolution des perceptions de la population après deux ans de projet pilote », a indiqué la conseillère Catherine Lassonde.
Les résidents concernés sont invités à participer à la nouvelle consultation en répondant au questionnaire disponible sur la plateforme FORUM jusqu’au 2 août 2026, à l’adresse drummondville.ca/vhr. Les résultats serviront à alimenter l’analyse qui sera soumise au conseil municipal avant qu’une décision soit prise sur l’avenir du projet pilote.










