DRUMMONDVILLE

Rentrée scolaire et électrification des transports @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
« Si le gouvernement souhaite véritablement favoriser le succès des entreprises du Québec, il lui incombe d’implémenter des politiques économiques favorables à leur croissance. Les transporteurs sont dans une impasse financière créée par le gouvernement lui-même, et le silence de ce dernier à cet effet est assourdissant », déclare Chantale Dugas, nouvelle présidente-directrice générale de la Fédération des transporteurs par autobus
Un virage gouvernemental lourd de conséquences
En 2021, Québec avait imposé l’électrification du transport scolaire, en l’accompagnant de mesures financières censées assurer une transition stable. Or, la décision du ministère de l’Éducation, en juin 2024, de réduire la mesure de soutien à l’électrification (mesure 30400) a fragilisé le secteur.
Concrètement, le soutien financier accordé par autobus est passé de 12 900 $ à 5 000 $ par année. Or, l’expérience démontre qu’un autobus électrique coûte en moyenne 14 000 $ de plus à opérer qu’un véhicule thermique. Résultat : un manque à gagner de 9 000 $ par autobus, soit une perte annuelle estimée à 12 millions de dollars pour les transporteurs québécois (1 336 véhicules concernés).
Des discussions, mais peu d’actions
Au cours des derniers mois, la FTA a multiplié les démarches pour sensibiliser le gouvernement. L’écoute est présente, mais les gestes concrets tardent.
« On parle, on échange, on est empathique et on nous dit être en quête de solutions, mais rien n’aboutit », déplore la présidente-directrice générale.
Du côté d’Autobus Voltigeur à Drummondville, la situation est également suivie de près, explique M. Joël Hébert, directeur de l’entreprise, en entrevue accordée au Vingt55 en juin dernier.
« Le virage vers l’électrification est incontournable, mais il entraîne des coûts substantiels et nécessite une période d’ajustement importante, soulignait Joël Hébert. Nous comptons déjà dix autobus électriques en service et prévoyons en ajouter quinze autres prochainement, sur une flotte d’environ cent véhicules. C’est une portion significative de notre parc, avec des impacts financiers majeurs. »
Face à ces coûts, certains transporteurs évaluent même la possibilité de maintenir quelques véhicules thermiques (diesel) dans leur flotte, malgré leur disponibilité plus restreinte.
« Les véhicules électriques posent plusieurs défis opérationnels et d’entretien qui s’ajoutent aux coûts à long terme, précisait-il. L’industrie est en pleine mutation, les normes évoluent et la période d’adaptation est importante. Plusieurs entreprises de transport risquent de rencontrer d’importantes difficultés à compléter ce virage en raison des investissements importants requis », ajoutait M. Hébert.
« Les enjeux d’autonomie font aussi partie de l’équation, soulignait-il en entrevue au Vingt55. Nous avons présentement près de 25 autobus électriques sur une flotte d’environ 100 véhicules, soit le quart de notre parc.
Un autobus électrique offre une autonomie moyenne d’environ 150 km en été et plus ou moins 100 km en hiver. Ce sont donc des facteurs importants à considérer dans l’affectation des véhicules et la planification des déplacements. Pour le moment, alors que nous amorçons ce virage, le transport urbain et les sorties scolaires ou transports spéciaux ne sont pas des options réalistes avec l’électrique. L’avenir nous dira si cela évoluera, mais à court terme, le transport par autobus thermique (diesel) demeure essentiel pour des entreprises comme la nôtre, qui desservent à la fois des secteurs ruraux et urbains », concluait M. Hébert.
Une question politique plus que financière?
La Fédération dit comprendre le contexte budgétaire difficile, mais estime que la décision dépasse la simple logique comptable. Elle appelle le gouvernement à clarifier sa position et à s’engager à proposer une solution dans un délai de deux semaines. « Il est temps de passer à l’action; c’est une question de respect. La patience des transporteurs est épuisée », conclut Chantale Dugas.
Interpellé à nouveau aujourd’hui par le Vingt55, Normand Page, directeur du Service des communications et secrétaire général du Centre de services scolaire des Chênes, précise pour sa part « À la lumière des informations que vous me transmettez, ce dossier est traité au niveau national. Notre centre de services scolaire détient des contrats avec les transporteurs et nous en respectons les termes. Nous n’avons toutefois aucun contrôle sur les mesures gouvernementales. Il appartient donc aux transporteurs de faire valoir leurs représentations auprès des instances appropriées. »
Rentrée scolaire et électrification des transports @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.








