Temps supplémentaire forcé : des pompiers « sous pression » au service incendie de Drummondville

Temps supplémentaire forcé : des pompiers « sous pression » au service incendie de Drummondville
Temps supplémentaire forcé, des pompiers « sous pression » tirent la sonnette d’alarme à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Des pompiers et membres du service incendie de Drummondville sont maintenus en poste au-delà de leur quart régulier, en temps supplémentaire obligatoire. Rien ne va plus pour plusieurs pompiers du service incendie de Drummondville. Des mesures qui suscitent des préoccupations internes, dans une situation qui, selon des pompiers, met en risque tant les pompiers, intervenants que la population. 

La Ville de Drummondville confirme la situation : « un recours nécessaire » @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Le Vingt55 a appris, il y a quelques semaines, que des officiers du service incendie de Drummondvlle étaient maintenus en poste contre leur gré afin de poursuivre leur prestation de travail au-delà de leur quart régulier, conséquemment en temps supplémentaire obligatoire. Une situation qui perdure encore aujourd’hui et qui inquiète de nombreux pompiers, lesquels constatent une détérioration des conditions et tirent à leur tour la sonnette d’alarme à Drummondville.

Le Vingt55 a également appris qu’il est maintenant au tour des pompiers d’être forcés de rester au travail malgré leur refus, tout comme les infirmiers(ères) dans d’autres secteurs. « C’est maintenant le tour des pompiers d’être pris en otage entre les murs de la caserne de Drummondville », confirment des pompiers du service incendie de Drummondville.

À la connaissance du président des pompiers de Drummondville, Yoann Poirrier, questionné sur la situation actuelle, ‘’c’est la première fois depuis la création du service incendie en 2002 qu’un tel scénario se produit’’ confirme M Poirrier

« C’est en effet la situation actuellement dans nos casernes à Drummondville, une situation tout à fait et absolument évitable, qui n’aurait jamais dû se produire », confirme M. Poirier en entrevue au Vingt55. « Un climat de travail néfaste, une gestion du personnel inadéquate, ainsi qu’une convention collective échue depuis presque 5 ans sont autant de causes possibles à cette situation. »

Questionné par le Vingt55 à savoir si la gestion des effectifs au sein du service incendie de Drummondville est efficiente, le président syndical des pompiers répond avec certitude qu’il y a d’importantes lacunes à ce niveau.

« Quand vous vous présentez à aussi peu que quatre pompiers pour répondre sur le lieu d’un incendie de bâtiment, on peut effectivement dire qu’il y a problématique », fait-il remarquer.

« Il est également facile de constater cette déficience organisationnelle lorsque certains officiers cadres du service incendie effectueront plus du double de leur salaire régulier, de par l’accumulation de temps supplémentaire dû au manque d’effectifs », précise le président syndical des pompiers. « Malheureusement, cela n’est que deux petits exemples parmi une multitude de problématiques », confirme M. Poirrier, qui précise : « Ce qui est également inacceptable dans ces situations, qui perdurent depuis plusieurs années, c’est que la sécurité des citoyens et des pompiers est alors mise à risque », conclut-il.

La Ville de Drummondville confirme la situation : « un recours nécessaire », affirme-t-elle.

Le Vingt55 a invité la mairesse de Drummondville ainsi que l’administration municipale à commenter la situation. « Depuis le mois de mai, nous observons un refus systématique, par les pompiers habiletés, d’accepter des remplacements d’officiers lorsque nécessaire », répond la Ville de Drummondville. « Ce refus s’applique autant sur leurs propres quarts de travail que sur ceux d’autres équipes, en temps supplémentaire », affirme-t-elle.

« C’est dans ce contexte que certains officiers ont dû être maintenus en poste au-delà de leur quart régulier, en temps supplémentaire obligatoire (TSO), afin de maintenir le service essentiel aux citoyennes et aux citoyens. Il s’agit d’un dernier recours, nécessaire afin de garantir la prestation d’un service essentiel. Nous rappelons que les pompiers habiletés à remplacer les officiers refusent systématiquement de le faire, dans le cadre de leurs moyens de pression. Soulignons également que la Ville a sollicité la tenue d’une rencontre avec l’exécutif syndical pour discuter de la situation. Cette invitation est demeurée sans réponse… Enfin, la Ville partage le souhait du syndicat de voir la convention collective être renouvelée. »

À cet effet, la conseillère en relations publiques du Service des communications, Anne-Elizabeth Benjamin, affirme qu’« une offre finale et globale a été déposée au Regroupement des pompiers et pompières en avril dernier. Nous sommes toujours en attente d’un retour formel à cette proposition », mentionne-t-elle.

Informer de la réponse de la Ville de Drummondville, le président du Regroupement des pompiers et pompières de Drummondville, souhaite préciser les faits.

‘’Le 19 juillet dernier, un pompier s’est vu interdire le retour à la maison à la suite de son quart de travail régulier, et ce, afin d’effectuer les tâches d’un officier’’, précise M. Poirier. « Rappelons que les officiers ne sont pas syndiqués à Drummondville. Pourquoi est-ce un pompier qui a effectué les tâches d’un officier non-syndiqué ? », soulève-t-il. « Malheureusement, parce que 100 % des officiers ont refusé de le faire. Donc non, contrairement à ce que la Ville prétend, il n’y a pas de moyen de pression ici. Tous nos pompiers effectuent leur quart de travail régulier et respectent, malgré tout, leur convention échue depuis 55 mois », rappelle M. Poirier.

Cependant, il est vrai que l’on peut constater un désarroi et une volonté, de la part des pompiers et des officiers, de s’éloigner du climat néfaste qui règne au sein du service incendie, précise le président du Regroupement des pompiers et pompières.
‘’Le recours au TSO reflète donc simplement l’échec d’une planification responsable des effectifs. Il est irresponsable et irrespectueux envers les citoyens, de voir des officiers doubler, et même plus, leur salaire par l’accumulation de temps supplémentaire. Où est la saine gestion ici ?’’ demande M Poirier.

Par ailleurs, il est très contradictoire, voire absurde, de mentionner, souligne le président du Regroupement des pompiers et pompières de Drummondville, ‘’La Ville parle de service essentiel et de protection aux citoyens, alors qu’elle ne respecte même pas le minimum requis par les normes incendie en termes d’effectifs pompiers pour répondre aux appels d’urgence’’, insiste M. Poirier.

‘’Non seulement la Ville ne respecte pas les normes établies dans le domaine, mais elle ne respecte même pas ses propres engagements envers les citoyens de Drummondville. Rappelons qu’à ce jour, la Ville de Drummondville n’a toujours pas tenu parole quant à leur promesse d’une protection de 10 pompiers en 10 minutes sur 100 % du territoire de faire observer M Poirrer.  » Engagement pris en 2010 par la Ville de Drummondville via M. Pierre Levasseur, président du comité de sécurité publique incendie’’, rappelle également M. Poirier.

Pour terminer, « la Ville prétend vouloir une convention collective signée pour ses pompiers. Je vous confirme que ce n’est pas ce que ressentent les pompiers et préventionnistes de Drummondville », affirme M. Poirier en réponse aux affirmations de la Ville de Drummondville.

 « La Ville de Drummondville a formulé dernièrement une offre finale de convention collective totalement imbue de mépris et d’irrespect pour ses employés », d’ajouter M. Poirier. ‘’Si la Ville de Drummondville avait souhaité une convention collective signée, elle n’aurait certainement pas fait une offre contradictoire avec les négociations effectuées depuis le 1er janvier 2021. Effectivement, la Ville a malicieusement modifié plus de 15 articles de la convention collective qui avaient déjà été entendus entre les parties. Voici pourquoi les salariés ne désirent nullement cette offre ridicule de la part de la Ville.’’

« Malgré tout, la partie syndicale a toujours sa porte ouverte, mais certainement pas dans un contexte de tromperie et de recul, comme l’a démontré la Ville dans leurs négociations des derniers mois. Nous croyons qu’il est temps pour le conseil municipal d’agir et de s’impliquer activement dans le dossier des pompiers de Drummondville, plutôt que de laisser les représentants de la Ville actuels ternir encore plus l’image et le rendement du service incendie », conclut le président du Regroupement des pompiers et pompières de Drummondville.

Du côté des employés et pompiers, un ancien représentant syndical dénonce également le climat et la situation.

« Dans les casernes, on se tait, par peur », a confié au Vingt55 un ancien représentant syndical. « Pendant ce temps, la Ville se réfugie derrière des phrases creuses, évitant les véritables enjeux de sécurité publique, appuyée par une experte en communication et son équipe. Quand les iniquités concernant le service aux citoyens seront enfin soulevées, la Ville répondra par une hausse de taxes. Pourtant, ce sont des choix politiques douteux qui nous ont menés là souligne t-il alors que chaque seconde compte. On peine à garantir des effectifs minimaux, mais on trouve des millions pour des gradins, ou encore quelques centaines de milliers de dollars pour un devis ou un plan d’un projet qui sera fort probablement relayé à un autre élu, qui devra tout reprendre depuis le début. Ce n’est pas un problème de budget, c’est un problème de priorités », constate l’ancien représentant syndical, qui ajoute « Comment un service dit « essentiel » a-t-il pu passer 20 des 22 dernières années en négociation collective ? Sans vision, sans vérification interne, c’est devenu de la négligence. »

Selon eux, les deux parties reconnaissent la nécessité d’en venir à une entente, ainsi qu’à de meilleures dispositions concernant la gestion de la situation et l’organisation des quarts de travail, afin d’assurer la stabilité du service et la sécurité des citoyens.

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Éric Beaupré
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