DRUMMONDVILLE
En septembre 2012, un phénomène météorologique violent avait également touché le centre-ville de Drummondville, soulevant notamment une partie de la toiture de l’édifice La Marguerite, comme en témoignaient les images captées à l’époque par le Vingt55.
Mais l’un des événements les plus tragiques de l’histoire météorologique de la région demeure celui du 24 juillet 1975. Dans une chronique publiée par le Vingt55, André Pelchat revient sur cette journée qui a profondément marqué la municipalité de Saint-Bonaventure.
Le 24 juillet 1975, le ciel change de couleur
Ce jour-là, selon l’historien et les documents encore disponibles, vers 17 h 50, une équipe d’ouvriers est déjà à pied d’œuvre sur le chantier de la route 55, près de la jonction avec l’autoroute 20. Le surveillant du chantier, Gilbert Tessier, ordonne soudainement à ses hommes de cesser le travail et de quitter les lieux au plus vite.
Le ciel vient de prendre une étrange couleur jaunâtre. Originaire de la Saskatchewan, M. Tessier a déjà observé un ciel semblable et sait que cela n’annonce rien de bon.
Quelques minutes plus tard, selon les faits rapportés et l’histoire d’un témoin, Mario Lachapelle, « le ciel s’est assombri au point où on aurait dit que c’était la nuit ». Des vents atteignant 160 km/h frappent alors la paroisse voisine de Saint-Bonaventure, traversant la rue Principale sur une longueur de près de cinq kilomètres et une largeur d’un peu plus de 300 mètres.
Quatre morts et plus de 80 blessés
Le bilan est lourd. Quatre personnes perdent la vie : Denise Saint-Laurent et ses deux jumeaux, Patrice et Patricia, ainsi que Léopold Audet, qui décédera plus tard des suites de ses blessures. Plus de 80 personnes sont également blessées.
Les dommages sont évalués à trois millions de dollars. L’église paroissiale est gravement endommagée, tout comme l’école. Une centaine de maisons subissent des dommages, dont 67 sont détruites, de même que plusieurs fermes et commerces.
L’Épicerie Vincent subit à elle seule des dégâts évalués à 100 000 $, tandis que la Meunerie Labonté est considérée comme une perte presque totale. Une grange appartenant au maire de l’époque, Jean-Paul Pépin, est même déplacée sur une dizaine de mètres.
« On est partis au vent ensemble », racontera Mario Lachapelle, alors âgé de 19 ans, qui tenait par la main son cousin de 12 ans lorsque la tornade les a frappés.
Toujours selon les documents et l’histoire, le jeune homme n’aura aucun souvenir des deux jours suivants. Il se réveillera à l’hôpital Sainte-Croix avec une jambe cassée, cinq côtes fracturées, un coude fêlé, une centaine de points de suture et des clous plantés dans le dos. Son cousin perdra quatre bouts de doigts.
Pour aggraver la situation, des individus profiteront également de la confusion provoquée par la catastrophe pour piller l’église et le presbytère.
Le village voisin de Saint-David subira lui aussi des dommages, toutefois moins importants.
Une communauté qui doit se reconstruire
Se relever d’un tel événement ne sera pas facile pour Saint-Bonaventure. Le gouvernement de Robert Bourassa refuse alors de déclarer la région zone sinistrée, ce qui prive la municipalité de certaines possibilités d’aide gouvernementale. De plus, plusieurs résidents ne sont assurés que pour le cinquième de la valeur de leurs biens.
Un témoin ira jusqu’à affirmer : « Je calcule que c’est une paroisse finie et que tout le monde va partir. »
Ces sombres prédictions ne se réaliseront heureusement pas. Le fonds d’urgence des Caisses populaires apportera son aide et, surtout, la solidarité régionale jouera un rôle déterminant dans la reconstruction.
Le marchand drummondvillois Denis Lauzon mettra notamment le contenu de tous ses congélateurs à la disposition des sinistrés.
« Beaucoup de personnes qu’on ne connaissait pas sont venues aider à rebâtir », racontera Mario Lachapelle dans les documents d’archives.
L’église, toutefois, ne sera reconstruite que deux ans plus tard.
Une région déjà frappée à plusieurs reprises
Saint-Bonaventure avait déjà été touchée par des tornades en 1922 et en 1945, mais aucune n’avait bénéficié d’une couverture médiatique comparable à celle de 1975, les moyens de communication étant alors beaucoup plus développés.
La catastrophe attirera d’ailleurs suffisamment l’attention pour que l’une des filles de Gilbert Tessier, qui se trouvait à Provost, en Alberta, dans le cadre d’un échange étudiant, apprenne la nouvelle en écoutant la radio locale.
Près de 51 ans plus tard, les veilles et alertes météorologiques qui touchent Drummondville et le Centre-du-Québec viennent rappeler que les phénomènes météorologiques violents ne sont pas étrangers à la région. Si les outils de prévision et les systèmes d’alerte ont considérablement évolué depuis 1975, l’histoire de Saint-Bonaventure demeure un puissant rappel de la force imprévisible que peut prendre la météo en quelques minutes.






