DRUMMONDVILLE
Les riverains, plaisanciers et commerçants nautiques devront encore mettre de l’eau dans leur vin. Hydro-Québec a confirmé au Vingt55 un nouveau report de l’installation des haussoirs à la centrale de Chute-Hemmings, alors que les conditions hydrologiques actuelles empêchent toujours la reprise sécuritaire des travaux.
Travaux retardés au barrage Hemmings, les riverains et plaisanciers naviguent toujours dans l’incertitude @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Comme a pu le constater le Vingt55 au cours des dernières heures, les travaux n’ont finalement pas repris sur le barrage Hemmings. Lors d’un passage sur les lieux, aucun chantier n’était en activité et un camion de signalisation stationné à proximité témoignait néanmoins de la présence de certaines opérations liées au site.
Force est de constater que le conflit de travail touchant le temps supplémentaire des employés d’Hydro-Québec demeure l’un des facteurs qui compliquent l’avancement du dossier. Bien que la société d’État mette de l’avant les contraintes hydrologiques, les impératifs de sécurité et différents enjeux opérationnels pour expliquer les retards successifs, le contexte syndical continue manifestement de peser dans la balance.
Quant au retour à la normale du niveau de la rivière Saint-François, aucune échéance ferme ne peut encore être avancée. Hydro-Québec soutient toujours vouloir compléter les travaux le plus rapidement possible, mais reconnaît que plusieurs variables demeurent hors de son contrôle.
Les fortes précipitations enregistrées jeudi et vendredi, totalisant environ 60 millimètres de pluie, ont provoqué une hausse importante des apports en eau dans la rivière Saint-François. À la centrale de Chute-Hemmings, le débit est ainsi passé d’environ 225 à 850 mètres cubes par seconde entre jeudi et samedi.
« Le débit est encore très haut. On ne travaille pas. On espère pouvoir reprendre demain, mais la situation peut évoluer », a indiqué en entrevue au Vingt55 Aïda Ouédraogo, conseillère en communication et responsable des relations médias chez Hydro-Québec.
Bien que la société d’État tente de maintenir son échéancier, elle reconnaît que plusieurs facteurs échappent à son contrôle.
« On est tributaire de la nature actuellement », résume Mme Ouédraogo, précisant que les encadrements de sécurité ne permettent pas aux équipes d’intervenir dans les conditions actuelles.
Selon Hydro-Québec, le dossier des haussoirs a également été ralenti par plusieurs imprévus au cours des dernières semaines, notamment le conflit de travail touchant le temps supplémentaire des employés, des travaux accessoires à réaliser ainsi que certaines contraintes opérationnelles et de sécurité.
« On avait beau vouloir travailler, nos encadrements ne nous permettaient pas d’envoyer des gens sur la rivière avec ces débits-là. On ne veut pas se retrouver avec des accidents sur la conscience », a expliqué la représentante de la société d’État.
Une rencontre a d’ailleurs eu lieu le 19 juin avec la Ville de Drummondville afin de faire le point sur l’évolution du dossier. Hydro-Québec assure que les citoyens seront informés dès qu’une nouvelle date pourra être confirmée officiellement.
Pour le moment, toutefois, la société d’État demeure prudente.
« Aujourd’hui, nous maintenons toujours les mêmes dates, mais la situation peut changer rapidement. Nous sommes tributaires des conditions naturelles », a ajouté Mme Ouédraogo.
Une centrale au fil de l’eau
Hydro-Québec rappelle que la centrale de Chute-Hemmings est une centrale au fil de l’eau, ce qui signifie qu’elle ne dispose pas d’un réservoir permettant de retenir ou de stocker les importantes quantités d’eau générées par les épisodes de fortes pluies.
« On laisse passer l’eau qui arrive. S’il y a beaucoup d’eau qui arrive, il y aura beaucoup d’eau qui passe. S’il y en a moins, il y en aura moins », explique Mme Ouédraogo.
La société d’État souligne que ce type de hausse rapide des débits survient périodiquement entre la mi-mai et la mi-octobre et que de tels épisodes se produisent en moyenne tous les deux ans. Les crues printanières demeurent généralement plus importantes encore.
La patience des citoyens mise à l’épreuve
De son côté, le député de Drummond–Bois-Francs, Sébastien Schneeberger, avait déjà exprimé son exaspération lors d’un précédent report des travaux. En entrevue au Vingt55, l’élu avait indiqué être intervenu auprès du ministre responsable afin de faire avancer le dossier.
« Hydro-Québec ne peut pas prendre les citoyens et les plaisanciers de Drummondville en otage », avait-il déclaré, estimant que la société d’État a la responsabilité de compléter les travaux dans des délais raisonnables et de maintenir un niveau d’eau acceptable pour les usagers de la rivière Saint-François.
Le député jugeait également inacceptable que les travaux ne soient toujours pas complétés à l’approche de la fin juin, alors que la saison nautique est déjà bien amorcée.
Pour l’instant, les citoyens, riverains et plaisanciers devront encore faire preuve de patience. Les impacts du faible niveau d’eau continuent de se faire sentir sur plusieurs secteurs de l’économie locale.
Plusieurs commerçants liés à l’industrie touristique, des restaurateurs du centre-ville ainsi que différents intervenants du milieu nautique rapportent des répercussions importantes attribuables à l’absence de plaisanciers sur la rivière Saint-François.
Le Club nautique de Drummondville demeure lui aussi affecté par la situation. Certaines infrastructures municipales sont également touchées, notamment le ponton qui relie habituellement les secteurs du chemin Hemming et du boulevard Allard, dont l’utilisation demeure compromise.
Des préoccupations environnementales grandissantes
Au-delà des répercussions économiques, plusieurs riverains rencontrés par le Vingt55 s’inquiètent également des conséquences environnementales de cette situation exceptionnelle.
Dans plusieurs secteurs de la rivière, des portions habituellement submergées sont maintenant à découvert. Des herbes et de la végétation ont commencé à pousser dans certaines zones asséchées du lit de la rivière, transformant temporairement le paysage.
Des résidents craignent également des impacts sur les berges, les milieux humides et certains habitats fauniques. Bien qu’il soit encore trop tôt pour évaluer l’ensemble des conséquences environnementales, plusieurs estiment que ces enjeux mériteraient davantage d’attention alors que le niveau de la rivière demeure anormalement bas depuis plusieurs semaines.
Entre les contraintes hydrologiques, les enjeux de sécurité, les retards accumulés et le conflit de travail toujours en cours, Hydro-Québec demeure incapable de confirmer une date définitive pour la fin des travaux. D’ici là, riverains, plaisanciers, commerçants et utilisateurs de la rivière Saint-François devront continuer d’attendre un retour aux niveaux estivaux habituels.

Travaux retardés au barrage Hemmings, les riverains et plaisanciers naviguent toujours dans l’incertitude @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.




















