Une industrie presqu’oubliée : les forges McDougall, à Drummondville …Raconte-moi l’histoire par André Pelchat

Une industrie presqu’oubliée : les forges McDougall, à Drummondville …Raconte-moi l’histoire par André Pelchat
Photographie illustrant des ouvriers au travail pour l’extraction de la limonite, Saint-Nicéphore, [vers 1900]. (Société d’histoire de Drummond, Collection régionale

DRUMMONDVILLE

Tous les Drummondvillois connaissent la rue « des Forges ».  Pourtant peu de gens réalisent que les « forges » en question ont été une véritable industrie qui assura du travail à plusieurs générations de Drummondvillois pendant une trentaine d’années : les Forges McDougall.

En 1879, le gouvernement fédéral a adopté une politique de tarifs douaniers pour protéger l’industrie canadienne du fer et de l’acier.  En fait, cette politique arrive beaucoup trop tard et les forges établies au Québec sont toutes en déclin marqué et sur le point de fermer. Parmi les rares exceptions : les Forges Radnor en Mauricie et, bientôt, les Forges MacDougall, fondées à Drummondville en 1880. La fondation de cette nouvelle usine est due à une autre politique du gouvernement fédéral : la construction des chemins de fer.  En effet le fondateur, John McDougall, est un industriel montréalais fabricant des machines lourdes et, surtout, des roues de wagon de chemin de fer. C’est uniquement pour produire la fonte du type recherché pour les roues de chemin de fer que McDougall créée cette entreprise à Drummondville. La South Eastern Railway, inaugurée en 1879 et qui relie Drummondville à Acton Vale et, par-là, à Montréal, constitue un atout.  Mais tout d’abord, pour créer des forges, il faut du fer et, dans la région, on en trouve sous forme de limonite, dite aussi « fer des marais » qu’on trouve dans les alluvions, accompagne souvent les dépôts de tourbe, notamment dans les terres basses où on trouve pruches et épinettes rouges. On connaît l’existence de cette ressource dans le comté de Drummond depuis les années 1870. Les prospecteurs de McDougall la trouvent en remontant les ruisseaux jusqu’à l’endroit où l’eau parait rouillée. Le minerai ressemble à l’écaille que laisse une bouilloire à vapeur. Des ouvriers dégageaient ensuite le minerai au pic et à la pelle pour ensuite le laver dans un tamis.  Il était ensuite prêt à être livré à l’usine. On calcula que la quantité exploitable autour de Drummondville permettrait de produire 5 à 7 tonnes de fer pendant au moins 20 ans.

Après avoir longtemps cherché un site adéquat, McDougall acheta un lot de 29 acres à Mme Robert Nugent Walls, pour 400 dollars, dans le village de Drummondville, au bord de la rivière St-François.

La construction commença au début 1880 et une rue fut tracée pour relier l’usine au chemin de fer. Cette rue fut, plus tard, baptisée « des Forges ».  McDougall avait prévu commencer la production dès l’été mais le fourneau ne fut terminé qu’en décembre. Le retard fut attribuable, entre autres choses, à un incendie qui dévasta complètement le bâtiment. On ne put sauver que « la paperasse ». Puis un autre incendie ravagea une scierie appartenant à un certain McHardy qui fournissait le bois nécessaire. La seule autre scierie toute proche, appartenant à M. Cooke, ne suffisait pas à la demande. Les autres scieries de la région étaient loin et le transport du bois posait problème. La ville de Drummondville accorda de généreux congés de taxes à l’entreprise, qui furent renouvelés jusqu’en 1911.  Enfin, en décembre on put allumer le haut-fourneau mais ce fut alors le manque de charbon qui ralentit la production. Néanmoins, à la fin de l’année, Robert McDougall pouvait écrire à ses patrons « The furnace is doing remarkably well » et vanter la grande qualité du fer produit.  Les années suivantes virent la production augmenter et on agrandit le complexe qui, selon un rapport du ministère des Mines du Québec, comprenait en 1889 deux hauts fourneaux au charbon de bois avec soufflerie à air chaud, hauts respectivement de 32 et 35 pieds. Deux coulées par 24 heures produisaient en moyenne 5 tonnes de fonte. En 1887, l’usine employait 250 personnes et produisait 78% du fer produit au Québec.

Les employés étaient rémunérés avec des coupons (appelés « pitons ») négociables uniquement au magasin général et à la boulangerie appartenant à la compagnie et situés sur le terrain de l’usine. Leurs logements étaient aussi propriété de la compagnie qui les leur louaient à 24$ par année. Cela n’allait sans engendrer des insatisfactions, surtout que les conditions de travail étaient extrêmement dures. Les charretiers se mirent d’ailleurs en grève en 1881, suivis de près par les mineurs. Les charretiers obtinrent une augmentation mais pas les mineurs. McDougall, le fondateur, décède en 1885. Son frère George lui succède comme gérant et son associé Robert Cowans devient propriétaire de la compagne. Il reste gérant jusqu’en 1905. Un de ses premiers gestes fut de vendre le magasin et la boulangerie de la compagnie, mais les employés continuèrent à être payés en « coupons » jusqu’en 1902 au moins. Mais le contexte est de moins en moins favorable à l’industrie artisanale du fer : de nouvelles technologies apparaissent et des aciéries modernes, basées en Ontario et dans les Maritimes créent une nouvelle concurrence qui réduit le marché pour le fer artisanal produit dans des établissements comme les forges McDougall. Après 1890, les deux hauts fourneaux fonctionnent rarement en même temps et des rumeurs de fermeture commencent à circuler. En 1908, sa production ne représente plus que 18% du fer québécois. Elle est alors achetée par la Canadian Iron Corporation qui juge sa production peu rentable, surtout que le gouvernement fédéral venait d’abandonner les tarifs protectionnistes qui préservaient l’industrie du fer canadienne de la concurrence depuis un quart de siècle. On finit par fermer l’usine en 1911. C’était la fin d’une aventure industrielle. L’essor de Drummondville dans ce domaine ne reprendra qu’avec l’ouverture de la Aetna Chemical en 1917, puis l’établissement des industries textiles par la suite.

André Pelchat
CHRONIQUEUR
PROFIL

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