Drummondville
Vidéo tirée de la page Facebook du Village québécois d’antan @ Production Village québécois d’antan de Drummondville
Diffusée alors que l’organisation avait été informée du retour devant le tribunal du dossier de l’un des accusés, concernant des gestes qui auraient été commis dans l’une des maisons du Village hanté de Drummondville, la campagne soulève des questions quant au choix de cette représentation de la violence et de la prédation dans le contexte judiciaire entourant l’événement.
« Vous ne serez plus des visiteurs. Vous serez des proies… »
C’est avec cette phrase que le Village québécois d’antan accompagne une nouvelle vidéo promotionnelle de son Village hanté, présenté cette année sous le thème « En plein chaos ».
D’une durée d’environ 26 secondes, la séquence montre un homme masqué dans un boisé, une arme longue à la main. Une femme, vêtue notamment d’une jupe et de bas résille, tente de lui échapper. Elle court dans les bois avant de se retrouver au sol. L’homme la rejoint, la saisit par les jambes et la traîne vers lui.
La scène reprend certains codes bien connus du cinéma et des attractions d’horreur, où poursuites, menaces et violence simulée servent à provoquer la peur. Ce n’est toutefois pas uniquement la scène elle-même qui suscite des réactions, mais surtout le contexte dans lequel elle est diffusée et le choix précis de la représentation utilisée pour promouvoir l’événement.
Deux dossiers d’agressions sexuelles actuellement devant la justice à Drummondville
Quelques jours avant la publication de cette vidéo, l’un des deux comédiens drummondvillois, du Village québécois d’antan, Xavier Parent, maintenant congédié était de retour au palais de justice de Drummondville relativement à des accusations d’agression sexuelle.
Un deuxième comédien fait également face à la justice dans ce dossier concernant aussi des gestes allégués à caractère sexuel qui seraient eux aussi survenus dans un des maisons lors d’un édition précédente du Village hanté.
Le Village québécois d’antan avait été informé mercredi par le Vingt55 du retour de l’un de ces dossiers devant le tribunal et avait été appelé à commenter les événements allégués ainsi que les mesures mises en place depuis.
Selon les informations obtenues par le Vingt55, deux jeunes visiteuses auraient été isolées du reste de leur groupe par des comédiens et attirées dans une partie d’une maison située hors du parcours normalement destiné au public. C’est à cet endroit que les agressions sexuelles alléguées auraient été commises. Une troisième visiteuse avait également signalé à la direction une situation qu’elle considérait comme inappropriée impliquant des comédiens du Village hanté.
La direction du Village québécois d’antan avait confirmé au Vingt55 avoir rencontré puis congédié les deux employés à la suite des signalements, en plus d’avoir collaboré avec les enquêteurs de la Sûreté du Québec.
L’organisation avait également précisé que les comportements allégués ne faisaient aucunement partie des scénarios prévus dans le cadre du Village hanté.
Depuis, le Village affirme avoir resserré ses politiques et l’encadrement de ses comédiens. La règle mise de l’avant est désormais sans équivoque « zéro contact ». Les comédiens ne doivent pas toucher les visiteurs et ceux-ci ne doivent pas non plus volontairement toucher, agripper ou frapper les comédiens.
De la maison et Village hantée à la représentation d’une femme comme « proie »
La publicité ne mise pas principalement sur des fantômes, des esprits ou des décors inquiétants traditionnellement associés aux maisons hantées. Elle met plutôt en scène une femme qui fuit un homme armé, tombe au sol, est rattrapée, saisie par les jambes et traînée vers lui.
Plusieurs lecteurs, ont questionné auprès du Vingt55 la pertinence de cette mise en scène, particulièrement alors que deux dossiers concernant des comédiens du Village hanté et des agressions sexuelles alléguées sont actuellement devant les tribunaux.
C’est notamment dans ces réactions qu’est soulevée la notion de « culture du viol », certains estimant que le recours à l’image d’une femme comme « proie » participe à la banalisation de représentations de prédation et de domination envers les femmes.
La notion de « culture du viol » soulevée comme outil promotionnel pour un événement familial
Il ne s’agit pas d’affirmer que la publicité représente une agression sexuelle ni que telle était l’intention de ses concepteurs. Les réactions portent plutôt sur le choix de mettre en scène une femme comme victime d’une poursuite et d’une domination physique, puis de l’associer au terme « proie », dans le contexte particulier que traverse actuellement le Village hanté.
D’un côté, l’organisation soutient avoir pris les signalements concernant ses anciens employés « très au sérieux », avoir congédié les personnes concernées, collaboré avec les policiers et renforcé sa politique de « zéro contact » entre comédiens et visiteurs. De l’autre, la nouvelle vidéo promotionnelle met précisément en scène un contact physique violent, une femme est poursuivie et rattrapée par un homme armé, saisie par les jambes puis traînée au sol, c’est cette juxtaposition qui alimente aujourd’hui les réactions.
Une précédente controverse autour de représentations à caractère sexuel
Une lectrice du Vingt55 estime que le questionnement dépasse la seule vidéo et ramène plus largement à la manière dont la violence envers les femmes peut être représentée dans le divertissement, particulièrement dans le contexte actuel entourant le Village québécois d’antan.
Elle rappelle notamment la controverse entourant l’édition 2022 de l’Hôtel 31, alors que des mises en scène et maison à caractère sexuel explicite tirées de l’univers BDSM qui avaient suscité des critiques.
Certaines scènes présentaient notamment des femmes attachées ou bâillonnées dans des décors à caractère violent, dont une femme ensanglantée placée dans un sac de plastique et une autre mise en scène dans une baignoire.
Pour cette mère de famille, ces représentations dépassent les codes traditionnels de la peur associés aux maisons hantées et soulèvent une question plus large sur les images choisies pour provoquer ou divertir le public du VQA.
Une campagne fictive dans un contexte judiciaire bien réel
Le thème « En plein chaos » appartient évidemment à l’univers fictif et horrifique du Village hanté. Les accusations actuellement devant la justice relèvent, elles, d’un tout autre registre et n’ont pas encore été tranchées.
C’est plutôt la proximité entre ces deux réalités, une campagne fictive mettant en scène une femme présentée comme une « proie » et un contexte judiciaire réel impliquant des allégations d’agressions sexuelles envers des visiteuses, qui amène certains citoyens et intervenants à questionner le choix de cette publicité et le moment retenu pour sa diffusion.
Julie Ouellet, directrice générale du CALACS La Passerelle, a réagi à la publicité du Village hanté @ Photo Eric Beaupré Vingt55. Tous droits réservés
De son côté, Julie Ouellet, directrice générale du CALACS La Passerelle, appuie la réflexion et les questionnements soulevés concernant la récente publicité du Village hanté.
« La culture du viol ne se limite pas aux agressions sexuelles elles-mêmes. Elle peut aussi se manifester à travers des images, des discours ou des mises en scène qui banalisent la violence envers les femmes, les présentent comme des proies ou utilisent leur peur et leur domination comme éléments de divertissement », souligne-t-elle.
Dans la publicité diffusée par le Village hanté, une femme est poursuivie par un homme armé, saisie par les jambes puis traînée au sol, alors que le public est invité à devenir une « proie ». Si le CALACS reconnaît que la scène est fictive et qu’elle s’inscrit dans l’univers de l’horreur ainsi que dans la thématique choisie cette année, l’organisme estime que cela n’empêche pas de s’interroger sur les représentations qui sont reproduites et utilisées à des fins promotionnelles.
Pour Julie Ouellet, cette réflexion prend une importance particulière dans le contexte actuel, alors que des accusations d’agression sexuelle concernant deux anciens comédiens du Village hanté sont devant les tribunaux. Sans se prononcer sur ces procédures judiciaires ni sur leur issue, le CALACS considère que ce contexte appelle à une sensibilité particulière dans le choix des images et des messages utilisés pour promouvoir l’événement.
La directrice générale tient par ailleurs à reconnaître les mesures prises par le Village québécois d’antan à la suite des signalements, notamment les congédiements, le renforcement de la règle du « zéro contact » ainsi que la volonté de l’organisation de travailler avec le CALACS afin d’améliorer ses pratiques en matière de prévention et d’intervention.
Cette collaboration n’empêche toutefois pas l’organisme de considérer que le message véhiculé par une publicité peut apparaître contradictoire avec les efforts de prévention entrepris. « Il ne s’agit pas de remettre en question l’univers de l’horreur ou la volonté de faire peur, mais plutôt de réfléchir à la manière dont cette peur est représentée et mise en scène », précise Julie Ouellet.
« Il est tout à fait possible de créer du suspense, de la peur et de l’horreur sans faire de la violence envers les femmes un outil promotionnel. Passer d’une culture du viol à une culture du consentement implique justement d’apprendre collectivement à reconnaître certaines représentations, à les questionner et, lorsque nécessaire, à faire des choix différents », conclut-elle.
À la suite de la publication de l’article de Vingt55 concernant la campagne promotionnelle du Village hanté 2026, le Village québécois d’antan a réagi par voie de communiqué afin de « rectifier certaines associations », mentionne et estime la direction du Village québécois d’antan, faites entre la publicité diffusée cette année et les dossiers judiciaires impliquant deux anciens comédiens de l’organisation.
Le Village soutient que sa campagne publicitaire doit être replacée dans l’univers créatif de la 18e édition du Village hanté, présentée cette année sous le thème de la fin du monde et de la survie dans un univers post-apocalyptique.
Selon l’organisation, les scènes présentées dans la vidéo promotionnelle reprennent les codes associés au cinéma et à la fiction post-apocalyptique, dans lesquels les personnages tentent de survivre dans un monde bouleversé, notamment en recherchant de la nourriture et des ressources ou en affrontant des personnages contaminés, des créatures et des zombies.
Le Village rejette toute interprétation à caractère sexuel de la vidéo et campagne du Village hantée.
« Il n’existe aucun caractère sexuel ou religieux dans cette campagne, ni dans les thématiques présentées au Village hanté », affirme l’organisation, qui ajoute que la publicité « ne représente, ne suggère et ne banalise aucune forme de violence sexuelle » affirme Mme Geneviève Legault, Directrice générale du Village québécois d’antan.
L’organisation conteste également le rapprochement établi entre cette campagne promotionnelle et les accusations criminelles actuellement devant les tribunaux relativement à des événements distincts qui seraient survenus en 2024.
Selon le Village, cette association « ne correspond ni à l’intention créative de la campagne ni au contenu de l’expérience 2026 ».
Bien que la direction soutienne qu’il n’existe aucune corrélation avec les dossiers d’agressions sexuelles ni aucune interprétation en ce sens dans la vidéo, celle-ci a, comme la constaté le Vingt55, été retirée des réseaux sociaux après avoir suscité de nombreuses réactions des lecteurs et notamment celle du CALACS La Passerelle.
Concernant les événements allégués de 2024, le Village affirme que la direction les a pris en charge dès qu’elle en a été informée. L’organisation rappelle qu’une plainte avait alors été déposée auprès de la Sûreté du Québec et qu’elle avait collaboré avec les autorités, comme le rapportait le Vingt55 à la suite de la comparution de Xavier Parent, l’un des deux accusés d’agression sexuelle mercredi dernier au palais de justice de Drummondville. Le Village précise qu’il entend maintenant respecter le processus judiciaire et les personnes concernées puisque les dossiers suivent leur cours devant les tribunaux.
Dans sa réaction sur la vidéo et publication du Vingt55, la direction du Village québécois d’antan (VQA) réitère également qu’elle ne tolère « aucune forme de violence, de harcèlement ou d’agression » envers ses employés ou ses visiteurs. Elle affirme investir depuis plusieurs années dans la prévention, la formation, l’encadrement, la sécurité et la surveillance de son site.
Le Village québécois d’antan défend finalement le travail de ses employés, comédiens, créateurs et partenaires, estimant que le Village hanté doit être considéré comme « une expérience fictive d’horreur et de divertissement construite autour d’un univers post-apocalyptique ».
La direction du VQA conclut qu’elle continuera de répondre aux questions concernant ses pratiques et ses responsabilités, tout en indiquant qu’elle entend rectifier les informations ou associations qu’elle jugerait inexactes concernant son organisation, ses employés et ses productions.








