Montréal
Pour marquer le coup, un citron géant a été installé devant la Maison Ludger-Duvernay, au centre-ville de Montréal, accompagné d’une affiche identifiant clairement le récipiendaire de ce prix symbolique. Par cette action, l’organisation entend attirer l’attention sur ce qu’elle décrit comme un « mépris envers le français », dénoncé depuis plusieurs années.
Au-delà du geste symbolique, ce « Prix citron » relance une question qui revient avec insistance au Québec : celle de la place réelle du français dans les grandes entreprises. Dans un contexte où la langue demeure au cœur des préoccupations identitaires et économiques, l’initiative de la SSJB illustre un ras-le-bol qui dépasse largement un seul cas et reflète une attente claire envers les organisations appelées à offrir des services en français, particulièrement lorsqu’elles ont pignon sur rue.
La SSJB rappelle qu’Air Canada, dont le siège social est situé à Montréal, est assujettie à la Loi sur les langues officielles ainsi qu’à la Loi sur la participation publique au capital d’Air Canada. À ce titre, la compagnie aérienne a l’obligation d’offrir des services en français et en anglais, tant à bord de ses appareils que dans ses communications avec le public.
L’organisme souligne également qu’un plan d’action linguistique adopté par Air Canada pour la période 2020-2023 mettait de l’avant un engagement envers le bilinguisme. Or, selon la SSJB, ces engagements ne se traduisent pas de manière satisfaisante dans les pratiques observées.
« L’annonce du départ à la retraite de Michael Rousseau ne doit en rien faire oublier les manquements répétés qu’il a incarnés à la tête d’Air Canada en matière de respect du français. Ce départ ne clôt pas le débat, il le souligne », affirme la présidente de la SSJB, Marie-Anne Alepin. Elle ajoute que la responsabilité ne repose pas uniquement sur un dirigeant, mais sur l’ensemble de la direction et du conseil d’administration.
Mme Alepin estime que l’inaction de l’entreprise contribue à maintenir une culture où l’anglais prédomine au détriment du français. « Le respect du français est une obligation claire à laquelle elle doit se conformer », insiste-t-elle.
La SSJB rappelle par ailleurs qu’Air Canada avait annoncé en mars 2023 son inscription volontaire auprès de l’Office québécois de la langue française afin de se conformer à la Charte de la langue française. Malgré cela, l’organisation soutient que les lacunes persistent, tant pour la clientèle que pour les employés francophones.
À Drummondville, il est facile d’observer une présence marquée de l’anglais dans l’affichage commercial et produits offerts sur nos tablettes @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Noms d’entreprises à consonance anglophone, décorations murales, tableaux ou accessoires arborant uniquement des messages ou slogans en anglais : dans certains commerces de détail, ces éléments s’accumulent et finissent par soulever des questions. Pour plusieurs, il ne s’agit pas de détails anodins, mais bien d’un reflet des choix qui influencent concrètement l’environnement linguistique.
À cela s’ajoute une perception persistante chez une partie de la clientèle, ces constats contribuent néanmoins à alimenter un débat plus large sur la place du français dans l’espace public et commercial, y compris en région.
À Drummondville, Dominic Martin, directeur général de la Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec, avait déjà souligné en entrevue au Vingt55 que, devant ce type de situation, il est essentiel de ne pas fermer les yeux, mais aussi de miser d’abord sur l’éducation et la sensibilisation. Selon lui, s’il est facile de dénoncer, il est souvent plus difficile, mais nécessaire, de prendre le temps d’expliquer, d’informer et de rappeler les enjeux, sans tomber dans la confrontation ni pointer du doigt inutilement les commerçants.
« Tout est dans la façon de rappeler l’importance de promouvoir le français », avait-il alors insisté, ajoutant qu’il faut assurément poursuivre la mission de promotion et de défense des intérêts culturels et linguistiques de la nation québécoise. Un engagement qu’il dit porter avec conviction à Drummondville, tout comme celui d’encourager un usage fort et assumé du français au quotidien.

À Drummondville, il est facile d’observer une présence marquée de l’anglais dans l’affichage commercial et les produits offerts @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.














