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Démission de la mairesse Diane Bourgeois : intimidation ‘incivilité’ politique dénoncée à Saint-Lucien

Démission de la mairesse Diane Bourgeois : intimidation ‘incivilité’ politique dénoncée à Saint-Lucien
Démission de la mairesse Diane Bourgeois : intimidation 'incivilité' politique dénoncée à Saint-Lucien @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

La séance extraordinaire du conseil municipal de Saint-Lucien, tenue le 7 mai en soirée, a été marquée par un climat particulièrement tendu, dominé par la démission officielle de la mairesse Diane Bourgeois, les nombreuses interrogations des citoyens et les demandes insistantes de transparence sur la gestion interne de la municipalité.

Démission de la mairesse Diane Bourgeois : intimidation ‘incivilité’ politique dénoncée à Saint-Lucien @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Réunis au bureau municipal de Saint-Lucien, un peu plus d’une centaine de citoyens s’étaient rassemblés en appui à la mairesse. Visiblement émue, Mme Bourgeois a fait face à une soirée chargée alors que les membres présents du conseil ont confirmé officiellement sa démission du poste de mairesse, procédé à plusieurs ajustements administratifs et répondu, parfois difficilement, à une longue période de questions houleuse.

Les citoyens présents ont exprimé leurs inquiétudes concernant le fonctionnement de l’administration municipale, les relations internes ainsi que le départ précipité de Mme Bourgeois, survenu seulement quelques mois après son retour à la mairie.

Le maire suppléant Richard Sylvain présidait la séance en présence des conseillers Normand Francoeur, Jean-François Bordeleau, Julie Martin-Langevin et Nadia Martel. La greffière-trésorière adjointe, Linda Auger, était également présente. La séance s’est tenue en l’absence de la directrice générale Nadia Talbot, dont la situation fait l’objet de plusieurs questionnements et commentaires de la part des citoyens.

De son côté, Richard Sylvain a rapidement expliqué qu’il avait accepté la démission de Mme Bourgeois et tenté à plusieurs reprises d’établir un contact avec elle afin d’explorer d’autres avenues. « Nous ne pouvons pas légalement retenir une personne de force », a-t-il affirmé, rappelant que plusieurs démarches avaient été entreprises.

Le point central de la soirée concernait le dépôt officiel de la lettre de démission de Diane Bourgeois. Interrogé sur les démarches entreprises après la réception de la lettre, Richard Sylvain a indiqué que des tentatives de communication avaient été faites.

« On a essayé de la rejoindre. Moi-même, j’ai laissé des messages », a-t-il affirmé. Le conseil a rappelé qu’en vertu de la loi, une démission doit être reçue et traitée administrativement. « Le conseil est obligé d’accepter cette démission. »

Le conseil a également adopté une résolution confirmant la nomination de Richard Sylvain pour exercer les fonctions de maire jusqu’à la tenue d’une élection partielle.

Les élus ont aussi mis fin à un mandat précédemment confié à la Fédération québécoise des municipalités (FQM) concernant la gestion des ressources humaines et les relations de travail, tout en demandant un état de compte détaillé des frais engagés, un point qui a lui aussi suscité plusieurs questions de la part des citoyens présents.

Une période de questions particulièrement animée

Plusieurs citoyens ont demandé si la démission de Diane Bourgeois était liée à l’absence actuelle de la directrice générale, Nadia Trudel, actuellement en retour progressif de congé.

Sans entrer dans les détails, le conseil a refusé de confirmer un lien direct. « Ce que je peux vous apporter, c’est qu’étant en retour progressif, ce soir elle n’est pas là. Elle est remplacée par Mme Auger. Je ne peux pas rentrer davantage dans les détails », a expliqué Richard Sylvain. Un citoyen a ensuite soulevé la question de l’accueil réservé à la mairesse à son arrivée en novembre dernier, affirmant que Mme Bourgeois n’aurait pas eu immédiatement accès à un bureau adéquat ni même à certaines clés de la mairie.

Le conseil a reconnu qu’une demande avait été formulée pour relocaliser le bureau de la mairesse. Selon les explications données, certains employés municipaux auraient exprimé des réserves concernant sa présence dans certains espaces administratifs. « On a rencontré les employés pour savoir pourquoi. Ça prend les deux côtés de la médaille », a expliqué un conseiller.

Une citoyenne Sylvie Savoie, a officiellement demandé qu’une firme indépendante soit mandatée afin de faire toute la lumière sur la situation, notamment sur les conditions d’accueil de la mairesse, les relations avec la direction générale ainsi que certaines allégations de conflits d’intérêts et d’intimidation.

« Au nom des citoyens ici présents ce soir, on demande formellement que le conseil mandate une firme indépendante pour faire la lumière sur tout ce qui s’est passé depuis novembre. Les conditions dans lesquelles la mairesse a été accueillie, les relations avec la direction générale et les allégations des deux côtés », a-t-elle déclaré.

Le conseil a indiqué que cette demande serait analysée. « On va regarder si c’est recevable et voir ce qu’on peut faire avec », a répondu Richard Sylvain.

Un climat toxique et des conflits d’intérêts dénoncés par plusieurs citoyens et certains élus : intimidation, deux poids, deux mesures au sein de la MRC de Drummond dénoncés

Plusieurs interventions ont porté sur ce que certains citoyens ont décrit comme un climat interne difficile, toxique, évoquant des conflits de pouvoir, des tensions persistantes et même des situations d’intimidation.

Questionné directement par le Vingt55 sur la présence d’intimidation à l’interne, le conseil a évité d’utiliser ce terme, mais a reconnu certaines difficultés. « Je pourrais dire qu’on a eu de l’“incivilité” », a répondu Jean-François Bordeleau. Concernant d’éventuels conflits d’intérêts, les réponses sont demeurées prudentes. « À ma connaissance, ça n’a pas été porté à mon attention », a réaffirmé le conseiller.

La démission du maire de Wickham, Ian Lacharité, en mars 2023, en raison de l’intimidation présumée dont il disait avoir été victime, avait fait réagir les élus de la MRC de Drummond. « C’est la goutte qui avait fait déborder le vase », avaient alors lancé certains élus, dont la mairesse de Drummondville de l’époque, Stéphanie Lacoste.

Une enquête avait alors été menée, sans qu’aucune accusation ne soit portée, et qui, selon le Directeur des poursuites criminelles et pénales, apparaissait pourtant, sans fondement.

Des citoyens ont contacté le Vingt55 pour dénoncer aujourd’hui une situation qu’ils jugent similaire chez certains élus. « Où est la MRC? Où sont les beaux discours? Ici, une élue a été visiblement intimidée », soutiennent certains citoyens dont Mme Savoie.

Plusieurs interventions ont d’ailleurs porté sur ce que certains citoyens ont décrit comme un climat interne lourd, évoquant des conflits de pouvoir, des tensions persistantes et même de possibles situations d’intimidation.

Le conseil a insisté à plusieurs reprises sur le fait que certaines informations ne pouvaient être rendues publiques pour des raisons légales ou administratives. « Ce n’est pas qu’on veut cacher des choses. Il y a certaines affaires qu’on dit et on peut se faire poursuivre », a affirmé Richard Sylvain.

« Saint-Lucien n’avance pas » Le conseiller Jean-François Bordeleau a reconnu publiquement les difficultés de fonctionnement du conseil municipal. « Ça fait six mois qu’on est là. Il y a huit comités. Il y a de la chicane interne. En six mois, il n’y a rien qui a avancé. Le village, il faut qu’il avance », a-t-il déclaré. « On est le 18e village sur 18 à la MRC. Il y a plein de choses qu’on aurait dû faire depuis longtemps », a-t-il ajouté.

En fin de séance, plusieurs citoyens ont insisté sur l’importance de rétablir la confiance entre les élus, l’administration municipale et la population.

Malgré la tension palpable, le maire par intérim Richard Sylvain est intervenu à plusieurs reprises pour calmer les esprits et a réussi à recentrer les échanges. « Personne n’a du fun en avant. On essaie de traverser une tempête, de prioriser les dossiers et de faire avancer les choses », a résumé Richard Sylvain.

Un citoyen a d’ailleurs fait remarquer qu’à Drummondville, une telle période de questions, avec un maximum d’une trentaine de personnes présentes et des échanges aussi directs, aurait rapidement été encadrée de façon beaucoup plus stricte. « À Drummondville, avec une salle comme celle-là et autant de citoyens, plusieurs auraient probablement été sanctionnés ou invités à quitter. Ici, le maire a dû faire preuve de beaucoup de tolérance et de patience », a souligné un citoyen en fin de séance.

Rencontrée sur place par le Vingt55, Mme Bourgeois a entériné plusieurs des propos tenus par les citoyens présents. Sans entrer dans tous les détails, elle a référé à plusieurs exemples évoqués par les citoyens durant la séance, laissant entendre que certaines situations rapportées reflétaient bien la réalité vécue depuis son retour à la mairie.

Depuis l’annonce de sa démission, plusieurs citoyens ont d’ailleurs rapporté des situations qu’ils jugent inversées, estimant qu’il devient trop facile de blâmer les citoyens lorsque des tensions éclatent publiquement, alors que les conflits internes au sein même de certains conseils municipaux demeurent souvent beaucoup plus lourds et silencieux.

« On parle souvent des citoyens, mais bien souvent, les guerres internes, les gestes d’intimidation et les climats toxiques prennent naissance à l’intérieur même des conseils municipaux », ont fait valoir plusieurs citoyens présents.

Certains ont même soutenu qu’un véritable rappel à l’ordre serait nécessaire au sein du conseil municipal, affirmant que plusieurs municipalités vivent des tensions similaires, où les luttes de pouvoir et les gestes d’intimidation relèveraient davantage de certains élus que des citoyens eux-mêmes.

Plusieurs ont rappelé que le rôle des élus municipaux demeure souvent ingrat, particulièrement dans un climat aussi tendu, où les décisions administratives, les conflits internes et les attentes citoyennes se croisent constamment.

La tenue prochaine d’une élection partielle pourrait se faire attendre. Plusieurs citoyens réclament déjà davantage de transparence sur les événements ayant mené au départ de Diane Bourgeois, ainsi qu’une enquête sur la gestion interne de la municipalité.

Le maire par intérim a rappelé que la municipalité disposait d’un délai de quatre mois pour aller de l’avant avec cette élection partielle, qui permettra de désigner officiellement le prochain ou la prochaine mairesse de Saint-Lucien, tout en se penchant sur la requête d’enquête publique demandée par plusieurs citoyens de la municipalité.

Questionnée sur cette situation, la Ville de Drummondville n’a toutefois pas répondu à notre demande de commentaires ni précisé sa position.

Démission de la mairesse Diane Bourgeois : intimidation ‘incivilité’ politique dénoncée à Saint-Lucien @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Éric Beaupré
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