DRUMMONDVILLE
Pour Val « Nous sommes peut-être à la rue, mais nous avons aussi quelque chose à perdre et, surtout, besoin d’aide ainsi que d’un endroit permanent et sécuritaire. » @ Crédit photo Éric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.
Alors que l’ouverture des vannes du barrage d’Hydro-Québec, hier, semble avoir contribué à l’inondation du campement toléré par la Ville pour les personnes en situation d’itinérance, le niveau de l’eau continue de monter sur le site, aggravant les conditions déjà précaires et les risques pour les occupants.
Comme a pu le constater le Vingt55 sur place en début d’apres-midi, aucune mesure particulière ne semblait avoir été mise en place pour restreindre l’accès à la zone sinistrée ou en assurer la surveillance. Pourtant, plusieurs secteurs demeurent inondés ou recouverts de boue, de débris et de matières potentiellement contaminées.
Malgré l’insalubrité grandissante des lieux et les dangers que représentent certaines installations endommagées par la montée des eaux qui continue de progresser par moment sur le site, des occupants continuent de fréquenter le campement afin de récupérer leurs effets personnels ou de tenter de réaménager les espaces encore utilisables. Une situation qui soulève des préoccupations quant à la sécurité des personnes toujours présentes sur le site.
Comme a pu le constater le Vingt55 vendredi matin, aucun périmètre de sécurité n’avait été érigé et aucune restriction particulière n’empêchait l’accès au campement. Pourtant, plusieurs secteurs sont toujours recouverts d’eau, de boue, de détritus et d’objets transportés par le courant. Certains résidents y retournaient néanmoins pour tenter de récupérer ce qui pouvait encore l’être.
Jeff fait partie de ceux qui ont choisi de demeurer sur place durant la nuit. Alors que plusieurs autres occupants ont trouvé refuge auprès de ressources communautaires, notamment à L’Ensoleilvent, il explique avoir préféré rester afin de surveiller les quelques biens qui lui restent.
« Ma tente, je l’ai achetée avec mon argent. C’est de l’argent que j’ai gagné et économisé. Pour d’autres, ce sont des structures de bois qu’ils ont payées eux-mêmes pour rendre leur campement plus solide. Ce n’est peut-être pas un immeuble à logements, mais c’est quand même chez nous », confie-t-il.
Tout comme Val, dont la tente a été complètement submergée, plusieurs occupants rencontrés sur place passaient davantage leur temps à mesurer l’ampleur des pertes qu’à réfléchir à la suite des choses. Certains ont perdu leurs vêtements, leur nourriture, leurs couvertures ou encore les petites réserves accumulées au fil des semaines.
« Nous sommes peut-être à la rue, mais ça ne veut pas dire que nous n’avons rien à perdre », résume Jeff, qui estime que le site autorisé par la Ville semble aujourd’hui avoir été relégué au second plan malgré l’ampleur des dommages observés.
Au moment du passage du Vingt55, deux policiers s’étaient présentés sur les lieux afin de s’assurer qu’aucune personne ne se trouvait en situation de danger immédiat. Selon les informations obtenues, aucune directive particulière n’avait toutefois été émise concernant une éventuelle fermeture du site ou une sécurisation des lieux. Aucun représentant de la sécurité civile ou de la Ville n’avait procédé à une inspection visible du campement au moment d’écrire ces lignes.
Cette situation soulève plusieurs interrogations chez certains citoyens rencontrés sur place. Plusieurs se demandent pourquoi un secteur qui présente aujourd’hui les caractéristiques d’une zone sinistrée demeure librement accessible. « Lorsqu’un incendie survient dans un immeuble à logements, les occupants sont relocalisés et le périmètre est sécurisé. Ici, les gens reviennent dans la boue récupérer ce qu’ils peuvent », faisait remarquer un citoyen.
Au-delà des pertes matérielles, la question de l’aide alimentaire revient également au cœur des préoccupations. Plusieurs des réserves de nourriture conservées sur le site ont été emportées par les eaux. Si des citoyens sont venus apporter conserves, collations, muffins, biscuits et bouteilles d’eau au cours des dernières heures, plusieurs occupants reconnaissent qu’ils dépendront principalement des organismes communautaires pour les prochains jours.
Cette réalité contraste avec une autre scène observée au même moment de l’autre côté de la rivière @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Cette réalité contraste avec une autre scène observée au même moment de l’autre côté de la rivière. Alors que se déroulait la Divine Soirée Blanche au profit de la Fondation Sainte-Croix/Heriot, plusieurs personnes ayant appris les événements touchant le campement se sont questionnées sur la quantité de nourriture non consommée qui prenait le chemin des rebuts à la fin de la soirée.
Sans remettre en question l’importance ni la pertinence de cet événement-bénéfice, plusieurs intervenants ayant communiqué avec le Vingt55 estiment que les récents événements démontrent l’importance d’une meilleure concertation entre les organisateurs de grands rassemblements, les organismes communautaires et les différents partenaires du milieu. Tous reconnaissent que les règles sanitaires et les normes du MAPAQ limitent la récupération de certains aliments. Toutefois, plusieurs croient qu’il existe encore une marge de manœuvre permettant de réduire les pertes lorsque cela est possible et sécuritaire.
Selon les informations obtenues par le Vingt55, aucun organisme communautaire n’aurait bénéficié des surplus alimentaires de l’événement tenu vendredi soir. Toutefois, des discussions seraient actuellement envisagées afin d’explorer différentes avenues permettant, lors de futurs événements, de récupérer certains produits encore propres à la consommation afin de les redistribuer à des organismes venant en aide aux personnes vulnérables.
Les nombreux événements organisés à Drummondville tout au long de l’année, qu’il s’agisse de tournois sportifs, de compétitions de golf, de festivals ou d’autres rassemblements populaires, pourraient ainsi représenter une occasion de réduire le gaspillage alimentaire tout en soutenant des organismes tels que La Piaule, le Comptoir alimentaire Drummond ou encore la Tablée populaire. Une telle démarche permettrait de donner une seconde vie à des aliments toujours consommables tout en répondant à des besoins grandissants dans la communauté.
Au-delà des personnes en situation d’itinérance, les besoins alimentaires demeurent importants dans la région. Chaque semaine, de nombreuses familles comptent sur l’aide du Comptoir alimentaire Drummond pour garnir leur garde-manger et traverser des périodes financières plus difficiles. Plusieurs participants à la Divine Soirée Blanche ont d’ailleurs fait remarquer qu’une réflexion collective sur la récupération des surplus alimentaires pourrait constituer une piste intéressante pour soutenir davantage les organismes qui peinent à répondre à une demande en constante augmentation.
Pendant ce temps, sur le terrain, l’urgence demeure bien réelle. La Piaule, L’Ensoleilvent et plusieurs partenaires communautaires poursuivent leurs efforts afin de recueillir vêtements, couvertures, denrées et matériel de première nécessité pour venir en aide aux personnes touchées par les inondations du campement. Pour plusieurs, les événements des dernières heures rappellent à quel point les besoins demeurent criants, tant en matière d’hébergement que de sécurité alimentaire.
Pour plusieurs occupants du campement, les inondations des dernières heures soulèvent également des questions plus larges concernant l’avenir du site. Certains ont entendu parler de scénarios de relocalisation ou d’autres terrains potentiels. Une perspective qui suscite des inquiétudes chez plusieurs résidents.
« Plus on nous éloigne du centre-ville, plus on nous éloigne des ressources. Nous n’avons pas d’autobus, nous n’avons pas de voiture. Ici, au moins, les intervenants viennent nous voir et nous avons accès aux services », explique Val rencontré dans le campement encore inondé
« Le terrain de L’Ensoleilvent ou un autre site, ça peut aider, mais les organismes ont eux aussi des besoins à combler, tout comme nous. Ce qu’on entend souvent, c’est qu’il manque de ressources et surtout des solutions plus efficaces que du temporaire », affirme Jeff, un résident du campement.
Ce dernier déplore également le manque de présence sur le terrain pour assurer la sécurité des occupants. « On ne voit pas beaucoup de personnel venir vérifier l’état des lieux. Pourtant, le campement demeure accessible malgré les risques liés à l’insalubrité, à la contamination et aux blessures », ajoute-t-il.
Une réalité qui rappelle que derrière les images spectaculaires des inondations se cache une situation humaine beaucoup plus complexe, où s’entremêlent précarité, enjeux de santé, sécurité et manque de ressources. Pour plusieurs personnes vivant au campement, les eaux ont mis en lumière une vulnérabilité déjà bien présente et l’urgence de trouver des solutions durables afin de répondre aux besoins croissants de la population en situation d’itinérance.
Pour plusieurs des personnes rencontrées au cours des dernières heures, les eaux ont emporté bien davantage que des effets personnels. Elles ont mis en lumière la fragilité d’un équilibre déjà précaire, les limites des solutions temporaires actuellement en place et les défis qui attendent encore l’ensemble des intervenants appelés à trouver des réponses durables à la crise de l’itinérance qui continue de prendre de l’ampleur à Drummondville. 2
Une situation d’autant plus préoccupante que le seul campement actuellement autorités par la Ville demeure accessible malgré les risques et l’insalubrité des lieux. Selon plusieurs occupants rencontrés sur place, le site devrait minimalement faire l’objet d’une évaluation ou de mesures temporaires de restriction d’accès, le temps que soient analysés les impacts des inondations et les risques potentiels pour la sécurité des personnes qui continuent d’y retourner.

Campement d’itinérance inondé à Drummondville, 24 heures plus tard, une zone sinistrée toujours accessible @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

































