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Campement inondé ‘toléré’ mais ‘non autorisé’ assure le maire : les enjeux de santé, de sécurité et d’insalubrité demeurent

Campement inondé ‘toléré’ mais ‘non autorisé’ assure le maire : les enjeux de santé, de sécurité et d’insalubrité demeurent
Campement inondé les enjeux de santé, de sécurité et d'insalubrité demeurent quatre jours plus tard @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Quatre jours après l’inondation qui a submergé une importante partie du campement derrière le centre Georges-Frédéric-Heriot, les préoccupations dépassent désormais les seuls dommages matériels. Les conditions d’insalubrité, l’eau stagnante, la boue et les débris soulèvent des inquiétudes quant à la santé et à la sécurité des personnes qui occupent toujours le site, alors que celui-ci demeure accessible malgré les risques. Pendant ce temps, les partenaires poursuivent leurs démarches afin de trouver des solutions plus durables pour les personnes touchées.

Campement inondé les enjeux de santé, de sécurité et d’insalubrité demeurent quatre jours plus tard @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Alors qu’une cellule de crise a été mise sur pied vendredi afin de coordonner les interventions et trouver rapidement des solutions pour les occupants du campement, plusieurs s’interrogent sur les mesures qui auraient pu être mises en place avant que la situation ne dégénère. Malgré l’implication de nombreux partenaires du milieu, le site est aujourd’hui devenu un véritable marécage insalubre, souillé par l’eau, la boue et les déchets, tandis que des personnes y vivent encore. Un contexte qui soulève de nouvelles questions sur les limites de la tolérance accordée au campement et sur les responsabilités des différents acteurs appelés à intervenir dans ce dossier.

Au fil des entrevues réalisées par le Vingt55 auprès d’Hydro-Québec, de la Ville de Drummondville, des organismes communautaires et des résidents du campement, un constat se dégage : au-delà de la montée des eaux, l’événement a mis en lumière les limites d’un système où plusieurs organisations interviennent autour d’un même site sans qu’aucune n’en assume officiellement la gestion.

Aujourd’hui, ce n’est plus seulement l’inondation qui soulève des questions, mais également la façon dont ce campement est encadré depuis son implantation.

Hydro-Québec n’avait pas été informée de la présence du campement

Questionnée par le Vingt55, la conseillère Relations avec le milieu et médias d’Hydro-Québec, Aïda Ouédraogo, affirme que l’ouverture des vannes du barrage de la Chute-Hemmings constitue une opération normale d’exploitation effectuée lorsque les débits de la rivière augmentent.

« Ce n’est pas la première fois qu’on ouvre les vannes. L’année passée, nous l’avons fait à plusieurs reprises. C’est une manœuvre qui fait partie de l’exploitation normale de la centrale », explique-t-elle.

Hydro-Québec précise également qu’aucun protocole ne prévoit actuellement l’envoi systématique d’un avis à la Ville lors de ce type de manœuvre et soutient ne pas avoir été informée de la présence du campement installé en bordure de la rivière Saint-François.

La société d’État rappelle par ailleurs que le campement se trouve à plusieurs kilomètres en aval du barrage et à l’extérieur de ses propriétés. a indiqué Mme Ouédraogo au Vingt55.

Mme Ouédraogo a également rappelé que la société d’État avait déjà été confrontée à des situations similaires impliquant des personnes en situation d’itinérance installées sur des terrains appartenant à Hydro-Québec.

Dans ces circonstances, l’organisation avait agi avec diligence et collaboré avec les municipalités concernées afin d’assurer la sécurité des occupants et de prendre les mesures appropriées.

Selon Hydro-Québec, la situation actuelle diffère toutefois de ces précédents dossiers puisque le campement de Drummondville n’est pas situé sur une propriété de la société d’État et qu’aucune information ne lui avait été transmise concernant la présence de résidents dans ce secteur vulnérable aux variations du niveau de la rivière. a indiqué Mme Ouédraogo au Vingt55.

Cette précision soulève néanmoins certaines questions. Comment un campement connu depuis des mois par les organismes communautaires, les services municipaux, les policiers et plusieurs partenaires du milieu peut-il demeurer inconnu d’un acteur directement lié à la gestion du campement et de l sésitué des lieux pour ces quelque dizaine de personne résident du site.

Une sémantique municipale qui soulève des questions

L’autre élément qui retient l’attention concerne la position de la Ville de Drummondville. En entrevue à Radio-Canada, le maire Jean-François Houle a récemment affirmé que le campement n’était pas autorisé.

Sollicité par le Vingt55 afin de clarifier plusieurs zones grises entourant la gestion du campement, le maire Jean-François Houle était indisponible au moment de notre demande d’entrevue.

Une déclaration qui contraste avec plusieurs gestes posés au fil des derniers mois. À l’origine, le campement était installé sur un terrain appartenant à la Ville de Drummondville. Toutefois, l’avancement du projet et du chantier de la Fortissimo, ainsi que des aménagements prévus dans ce secteur, avait forcé la relocalisation des occupants vers le boisé situé derrière le centre Georges-Frédéric-Heriot. Cette démarche, orchestrée par la Ville, s’était effectuée avec la connaissance de plusieurs partenaires du milieu impliqués dans le dossier de l’itinérance.

C’est donc son directeur de cabinet, Mathieu Audet, qui a été mandaté pour répondre aux questions du média concernant les nombreux enjeux soulevés par l’inondation, la gestion du site, sa tolérance par la Ville ainsi que les réflexions actuellement en cours concernant une éventuelle relocalisation des occupants.

En entrevue téléphonique avec le Vingt55, ce dernier a reconnu que le campement était bel et bien toléré.« Le site est toléré », a-t-il affirmé à plusieurs reprises. Une nuance qui peut sembler administrative, mais qui devient importante lorsqu’on l’applique à la réalité vécue sur le terrain.

Oui dans les faits, le campement est connu des autorités municipales. Des organismes y interviennent régulièrement. Des démarches de relocalisation sont étudiées. Des rencontres de concertation ont lieu et plusieurs services municipaux sont appelés à intervenir lorsque des situations particulières surviennent.

Pour plusieurs observateurs, le débat ne porte plus uniquement sur le choix des mots, mais sur les responsabilités qui découlent de cette tolérance assumée.

Selon des informations obtenues par le Vingt55 auprès de sources policières ainsi que de membres des services d’incendie et de la sécurité civile ayant été appelés à intervenir dans le secteur, des orientations auraient été privilégiées au fil des mois afin de favoriser une approche de tolérance et d’accompagnement plutôt que des mesures coercitives ou un démantèlement du campement.

Cette approche, qui visait notamment à éviter de déplacer davantage des personnes déjà vulnérables en l’absence de solutions permanentes, soulève aujourd’hui plusieurs questionnements chez certains intervenants rencontrés par le Vingt55. Jusqu’où peut-on tolérer une situation sans en assumer pleinement les conséquences lorsque la sécurité, la salubrité et même la santé des occupants deviennent des enjeux de plus en plus préoccupants? Pour plusieurs, l’inondation des derniers jours agit aujourd’hui comme un révélateur des limites de cette stratégie.

Une crise sanitaire qui inquiète davantage que l’inondation elle-même

Pendant que les discussions se poursuivent autour des responsabilités, la réalité observée sur le terrain demeure préoccupante.

Comme a pu le constater le Vingt55 lors de plusieurs visites depuis vendredi, une importante partie du site est toujours marquée par la présence de boue, d’eau stagnante, de détritus, de vêtements souillés et de matières potentiellement contaminées.

Plusieurs résidents ont perdu une partie importante de leurs biens. Mais selon plusieurs intervenants rencontrés sur place, le principal enjeu est désormais sanitaire.

Avant l’inondation, plusieurs occupants utilisaient des chaudières servant de toilettes de fortune. Avec la montée rapide des eaux, plusieurs de ces contenants auraient été renversés ou déplacés.

Des excréments, des déchets alimentaires et diverses matières contaminées se retrouvent maintenant dispersés à plusieurs endroits du campement. Le terrain lui-même est devenu un enjeu de santé publique.

À certains endroits, les odeurs demeurent persistantes et plusieurs secteurs apparaissent encore souillés malgré le retrait de l’eau. Plusieurs des chaudières utilisées comme installations sanitaires improvisées seraient toujours partiellement enfouies dans la boue laissée par la crue ou dispersé sur le site a même le sol

Un campement toujours ouvert malgré les préoccupations

Selon certains occupants rencontrés par le Vingt55, les interventions policières seraient aujourd’hui moins fréquentes qu’auparavant. Sans parler d’abandon, plusieurs décrivent plutôt une situation où chacun semble attendre une solution permanente qui tarde à se concrétiser.

Cette impression est partagée par plusieurs intervenants qui reconnaissent que les solutions d’urgence demeurent limitées tant qu’aucune relocalisation durable n’est mise en œuvre.

Pour plusieurs personnes rencontrées sur le terrain, policiers intervenant élus, et pompier la question devient désormais simple : si le site présente des risques reconnus pour la santé et la sécurité de ses occupants, pourquoi demeure-t-il ouvert et accessible plusieurs jours après l’inondation?

Du côté du réseau de la santé, Santé Québec Mauricie–Centre-du-Québec souligne suivre la situation de près.

Interrogée par le Vingt55 au sujet des enjeux de santé et de sécurité touchant les résidents du campement, Julie Michaud, agente d’information, précise que la situation fait l’objet d’un suivi concerté entre les différents partenaires impliqués.

« Après vérification, la situation survenue à Drummondville a été prise en charge par la Ville, en étroite collaboration avec différents partenaires, dont des organismes communautaires. Nous avons été informés des développements et nous sommes demeurés en suivi. Nous avons notamment pris part à une rencontre de suivi tenue ce matin avec la Ville et les partenaires, dans une perspective de collaboration et de soutien », indique-t-elle.

Face à cette situation, les organismes communautaires demeurent les premiers à répondre aux besoins immédiats.

Du côté de L’Ensoleilvent, le directeur général François Gosselin confirme qu’un comité de crise s’est réuni afin d’évaluer les suites de l’inondation.

L’organisme a ajouté sept places d’hébergement temporaires et continue d’accepter les dons alimentaires ainsi que les dons de bas et de sous-vêtements afin de répondre aux besoins les plus urgents.

Depuis vendredi, les équipes multiplient les efforts pour accueillir adéquatement les personnes qui se présentent à leurs portes.

Même son de cloche du côté de La Piaule. Son directeur général, Francis Lacharité, souligne que l’appel à la solidarité a été entendu par la population.

Des sacs de couchage, des tentes et divers articles essentiels ont été remis aux personnes affectées par l’inondation. Les dons continuent d’être acceptés afin de répondre aux besoins les plus urgents.

L’enjeu de la relocation et l’acceptabilité sociale demeure un enjeu à Drummondville.

En 2023, un projet de maison de transition sur la rue Elvin avait provoqué une importante mobilisation citoyenne, plusieurs résidents estimant ne pas avoir été suffisamment informés ou consultés. Un rappel que la localisation des ressources sociales demeure souvent au cœur des débats.

Directeur général de L’Ensoleilvent, François Gosselin reconnaît lui-même que la recherche de solutions permanentes pour les personnes en situation d’itinérance soulève plusieurs défis. Bien que différentes pistes, comme la réutilisation de locaux vacants ou même certains sous-sols d’églises, puissent être envisagées, la question de l’emplacement demeure délicate. Au-delà de l’acceptabilité sociale, les enjeux liés à la sécurité des personnes hébergées, à l’accessibilité des services et à l’intégration harmonieuse dans le milieu doivent également être pris en considération.

Une piste inspirée de Saint-Jérôme étudiée à Drummondville

Au-delà de la gestion immédiate de la crise, une solution plus structurante pourrait bien se dessiner à Drummondville. Lors d’une entrevue accordée au Vingt55, le directeur de cabinet du maire, Mathieu Audet, a confirmé que des modèles d’habitation temporaire supervisée, semblables à celui de La Hutte à Saint-Jérôme, font partie des options actuellement à l’étude.

Selon lui, ce type d’approche représente une avenue beaucoup plus durable que le maintien ou le déplacement d’un campement. Il a également indiqué que le dossier fait l’objet de discussions au sein du conseil municipal et que le maire Jean-François Houle a déjà rencontré le ministre responsable des Services sociaux, Lionel Carmant, afin d’explorer les possibilités de financement et d’implantation d’une telle ressource à Drummondville.

Sans confirmer qu’un projet similaire verra le jour, Mathieu Audet a reconnu que l’absence d’alternative permanente limite actuellement les possibilités d’intervention auprès du campement. Selon lui, la mise en place d’une forme d’habitation transitoire supervisée offrirait davantage de latitude pour accompagner les personnes en situation d’itinérance tout en permettant de mieux encadrer les enjeux de sécurité, de salubrité et de cohabitation.

Campement inondé les enjeux de santé, de sécurité et d’insalubrité demeurent quatre jours plus tard @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Éric Beaupré
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