Saint-Pie
Deux décès récents à Sanair, les passionnés défendent l’avenir du circuit @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
L’avenir du complexe motorisé Sanair est loin d’être scellé. Quelques semaines après un accident ayant finalement coûté la vie à deux hommes sur la piste d’accélération, la volonté de la Ville de Saint-Pie de placer les terrains du complexe sous réserve pour fins publiques provoque une importante mobilisation dans le milieu du sport automobile.
Pour plusieurs habitués rencontrés ou joints par le Vingt55, les récents drames ne doivent pas conduire à la disparition du circuit. Ils réclament plutôt un meilleur encadrement des activités, des règles plus serrées et des investissements permettant de maintenir un endroit consacré à la pratique du sport automobile dans un environnement contrôlé.
Deux décès à la suite d’un même accident
Le plus récent drame est survenu le 3 juillet, peu après 21 h, lors d’une activité d’accélération. Une voiture transportant deux hommes a quitté la piste avant d’effectuer une violente embardée.
Dans les heures suivant l’accident, le décès du passager, Martin Beaulieu, 44 ans, de Sainte-Madeleine, avait été confirmé. Le conducteur, William Pelletier, 37 ans, de Sainte-Marie-Madeleine, avait pour sa part été transporté dans un état critique.
Le Bureau du coroner a depuis confirmé au Vingt55 que William Pelletier a lui aussi succombé à ses blessures, portant à deux le nombre de décès liés à cet événement.
« Nous sommes en mesure de confirmer que le Bureau du coroner a été avisé d’un second décès survenu à la suite de cet événement », a précisé en entrevue avec le Vingt55 Jake Lamotta Granato, responsable des communications et des relations avec les médias au Bureau du coroner. Le coroner Donald Nicole a été mandaté pour mener les investigations concernant les deux décès. Au terme de celles-ci, il produira deux rapports faisant état des causes et des circonstances de chacun des décès. S’il le juge opportun, il pourra également formuler des recommandations visant à protéger la vie humaine et à prévenir d’autres décès dans des circonstances semblables.
Ces deux décès s’ajoutent à d’autres événements mortels survenus à Sanair au cours des dernières années.
Un accident avait notamment coûté la vie au Drummondvillois Sébastien Hamel, âgé de 35 ans, alors qu’il participait à une activité sur la piste d’accélération.
Comme le rapportait alors le Vingt55, Sébastien Hamel était au volant du véhicule lorsqu’il en avait perdu le contrôle après une longue ligne droite. La voiture avait effectué une embardée sur plus de 100 mètres, traversé une zone gazonnée au terme de la piste d’un demi-mille avant de terminer sa course de l’autre côté de la rue du Petit-Rang Saint-François.
Malgré l’intervention des témoins, des équipes d’urgence et des paramédics, Sébastien Hamel avait succombé à ses blessures. Son passager, son frère jumeau, avait pour sa part été grièvement blessé et hospitalisé.
Le motocycliste Jonathan Lauzière, de Saint-Cyrille-de-Wendover, avait également perdu la vie lors d’essais sur le circuit. Dans son rapport, le coroner avait notamment analysé la vitesse et l’état de la chaussée dans les circonstances ayant mené à l’accident.
Ces événements ont alimenté au fil des années les discussions concernant les mesures de sécurité, l’encadrement des participants et les conditions permettant aux conducteurs d’accéder aux différentes pistes.
Une mère avait réclamé un meilleur encadrement
La mère de Sébastien Hamel, 35 ans, qui avait perdu la vie lors d’un accident survenu à Sanair, avait elle aussi insisté, en entrevue avec le Vingt55, sur l’importance de revoir certaines pratiques et de mieux encadrer l’accès à la piste.
Lors de cet accident, Sébastien Hamel avait perdu le contrôle de son véhicule avant d’effectuer une embardée sur plus de 100 mètres. Le véhicule avait traversé une première zone gazonnée au terme de la piste d’un demi-mille avant de terminer sa course de l’autre côté de la rue du Petit-Rang Saint-François, située à l’extrémité de la piste.
Sa mère avait expliqué que son fils était un passionné d’automobile, mais estimait que son expérience ainsi que le véhicule utilisé n’étaient possiblement pas adaptés à l’activité pratiquée ce jour-là.
Pour elle, la réflexion devait notamment porter sur les règles d’admission sur la piste, l’expérience des participants et les mesures permettant de s’assurer que les véhicules utilisés sont adaptés au type d’activité pratiquée.
L’avenir du circuit soulève une mobilisation, à ces préoccupations de sécurité s’ajoute maintenant une autre question, celle de l’avenir même de Sanair.
La Ville de Saint-Pie a entrepris une démarche visant les terrains occupés par le complexe. Une réserve pour fins publiques ne signifie toutefois pas automatiquement que le site sera exproprié ou que le circuit fermera ses portes.
La démarche municipale provoque néanmoins de nombreuses réactions chez les amateurs de sport automobile, qui craignent de voir éventuellement disparaître l’un des complexes consacrés à cette pratique au Québec.
Pour plusieurs d’entre eux, Sanair représente bien davantage qu’une piste d’accélération. Le complexe accueille notamment des activités de drag, de lapping et de drift et constitue depuis des décennies un lieu de rassemblement pour les passionnés de véhicules et de sports motorisés.
« Une piste de course et non la rue »
C’est d’ailleurs l’un des principaux arguments avancés par les défenseurs de Sanair, mieux vaut offrir aux amateurs de vitesse un endroit encadré et destiné à cette pratique que de les voir se tourner vers les routes publiques.
Selon eux, l’existence d’une installation consacrée aux sports motorisés permet aux propriétaires de véhicules performants ou modifiés de pratiquer leur passion dans un environnement prévu à cette fin.
Un jeune conducteur de 22 ans, amateur de voitures sport et de courses d’accélération, rencontré par le Vingt55, affirme d’ailleurs collectionner les autocollants obtenus lors de ses participations aux différents événements.
Pour lui, ces autocollants représentent notamment la volonté de pratiquer la vitesse « à un endroit approprié ». « Les parcs industriels et les autoroutes ne sont pas des pistes de course », fait-il valoir. Selon lui, fermer un endroit comme Sanair ne ferait pas disparaître la passion des jeunes conducteurs pour les voitures performantes.
Il estime plutôt que le complexe devrait bénéficier d’investissements permettant d’améliorer ses installations, son encadrement et les mesures de sécurité.
Il entend d’ailleurs participer aux prochaines démarches publiques afin de faire entendre son point de vue auprès des élus municipaux.
La communauté se mobilise pour Sanair
Dans la foulée des inquiétudes concernant son avenir, Sanair a lancé une initiative afin de mobiliser sa communauté.
Des autocollants, sont maintenant offerts lors des différents événements organisés au complexe, notamment les soirées de drag de rue, les épreuves du quart et du demi-mille, le lapping et le drift.
Les profits générés par cette initiative doivent être remis directement à Sanair dans le contexte entourant l’avenir du circuit. L’organisation invite ainsi les amateurs à démontrer leur attachement à ce lieu emblématique du sport motorisé. Son message demeure également sans équivoque, utiliser une piste de course plutôt que la rue.
La mobilisation a toutefois donné lieu à certains comportements dénoncés jusque dans le milieu du sport automobile.
Le chroniqueur et animateur Denis « Babu » Bernier a notamment lancé un appel au calme, demandant aux défenseurs du circuit d’éviter les gestes de vandalisme, les commentaires déplacés et toute forme d’intimidation envers les élus de Saint-Pie.
Son message aux passionnés est plutôt de se présenter, de faire du bruit et de défendre Sanair, mais de le faire dans le respect et par le dialogue. Laurent Proulx et Babu joignent leur voix à la mobilisation
Le Drummondvillois Laurent Proulx joint sa voix à celle de Denis « Babu » Bernier pour défendre l’importance de préserver Sanair, tout en appelant les passionnés à se mobiliser de façon respectueuse et dans les règles.
Laurent Proulx s’est d’ailleurs rendu à une séance du conseil municipal de Saint-Pie afin de faire valoir l’importance des circuits automobiles et de conserver des installations permettant aux amateurs de pratiquer leur sport dans un environnement destiné et encadré à cette fin.
Interpellé par le Vingt55, le Drummondvillois a insisté sur l’importance de mener les démarches et la mobilisation de façon légale et respectueuse. Selon lui, les gestes de vandalisme, l’intimidation ou les actions irréfléchies ne servent aucunement la cause et risquent plutôt de nuire aux démarches entreprises auprès de la Municipalité et des élus.
Pour Laurent Proulx, la mobilisation doit plutôt permettre de rappeler l’importance de préserver la piste et les installations de Sanair, tout en favorisant le dialogue avec les autorités et les élus.
Conserver Sanair, mais revoir certaines pratiques
D’un côté, les décès survenus au fil des dernières années soulèvent des questions sur la sécurité, l’état des installations, l’expérience des participants et les règles permettant l’accès aux différentes pistes. De l’autre, plusieurs passionnés considèrent Sanair comme une infrastructure importante pour encadrer une pratique qui, selon eux, ne disparaîtrait pas nécessairement avec la fermeture d’un circuit.
Pour plusieurs amateurs, la solution ne réside donc pas dans la disparition de Sanair, mais plutôt dans une réflexion sur son avenir, meilleur encadrement des participants, inspection et conformité des véhicules, règles adaptées au niveau d’expérience, amélioration des installations et investissements dans les mesures de sécurité.
Les investigations du coroner concernant les décès de Martin Beaulieu et William Pelletier permettront éventuellement d’établir officiellement les causes et les circonstances de ce plus récent accident et pourraient mener à des recommandations si le coroner le juge nécessaire.
Entre les récents drames, les préoccupations entourant la sécurité, la démarche entreprise par la Ville de Saint-Pie et la mobilisation grandissante des amateurs, l’avenir de Sanair demeure donc bien loin d’être réglé.
Les passionnés de sport motorisé entendent maintenant faire entendre leur voix auprès des élus de Saint-Pie. Plusieurs promettent déjà d’être présents lors des prochaines séances du conseil municipal afin de défendre une piste qu’ils souhaitent voir demeurer en activité, mais avec un encadrement et des conditions de sécurité à la hauteur des activités qui y sont pratiquées.

Deux décès récents à Sanair, les passionnés défendent l’avenir du circuit @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.













