Itinérance : le coût de l’inaction atteint 1,1 G$ par année au Québec selon l’UMQ

Itinérance : le coût de l’inaction atteint 1,1 G$ par année au Québec selon l’UMQ

Drummondville / Centre-du-Québec

Selon la mise à jour d’une étude réalisée par AppEco à l’initiative du Caucus des grandes villes de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), l’itinérance engendrerait désormais des coûts annuels de plus de 1,1 milliard de dollars pour les services publics québécois, soit près de 95 000 $ par personne en situation d’itinérance. Une réalité qui demeure préoccupante à Drummondville et au Centre-du-Québec, où les organismes doivent répondre aux besoins grandissants d’une clientèle démunie et vulnérable, particulièrement en matière d’itinérance et de logement social, tout en composant avec d’importants manques à gagner.

De plus en plus de personnes se retrouvent en situation d’itinérance à Drummondville Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Selon la mise à jour d’une étude réalisée par AppEco à l’initiative du Caucus des grandes villes de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), l’itinérance engendrerait désormais des coûts annuels de plus de 1,1 milliard de dollars pour les services publics québécois. Cette somme représente près de 95 000 $ par personne en situation d’itinérance.

Ces coûts, estimés à 734 millions de dollars en 2023-2024, pourraient atteindre 1,2 milliard de dollars dès l’an prochain si aucune mesure structurante n’est mise en œuvre, soutient l’organisation municipale.

Derrière cette facture se trouvent des milliers de personnes en situation de grande vulnérabilité, mais également une pression croissante sur les réseaux de la santé et des services sociaux, les services de sécurité publique, les municipalités et les organismes communautaires.

Cette réalité se manifeste directement à Drummondville, où les problématiques liées à l’itinérance, à la santé mentale et à la pauvreté prennent de l’ampleur, tandis que les ressources disponibles sur le terrain demeurent limitées.

« L’itinérance progresse partout au Québec. Derrière chaque personne qui se retrouve à la rue, il y a une détresse humaine, un parcours brisé et un échec collectif qu’on ne peut plus accepter comme société. On ne choisit pas la rue, on la subit », affirme par voie de communiqué Guillaume Tremblay, président de l’UMQ et maire de Mascouche.

L’étalement urbain des personnes en situation d’itinérance, une réalité de plus en plus préoccupante à Drummondville

En effet, le nombre grandissant de personnes qui se retrouvent à la rue, notamment en raison de la hausse du coût des loyers ainsi que du manque de ressources et de logements accessibles, suscite de plus en plus d’inquiétude au sein de la population drummondvilloise.

Un déficit de plus de 350 000 $ au sein de La Tablée populaire, révélé par le Vingt55, a conduit au départ de sa directrice générale, Rachel Bissonnette. Cette crise financière, combinée à la situation toujours incertaine du Comptoir alimentaire, survient au moment où les besoins des personnes vulnérables augmentent à Drummondville.

Comme l’a rapporté le Vingt55 au cours des derniers mois, plusieurs organismes communautaires peinent à répondre à une demande grandissante alors que plusieurs ressources essentielles traversent elles-mêmes une période d’incertitude.

La Tablée populaire demeure dans l’attente de mesures concrètes et d’une aide accrue des partenaires municipaux, provinciaux et fédéraux. Malgré les démarches entreprises et la mise en place d’une cellule de crise, les solutions tardent à se concrétiser afin de stabiliser la situation financière de l’organisme et d’assurer la continuité de ses services.

Plusieurs questions demeurent également sans réponse concernant les circonstances ayant mené à ce déficit de plus de 350 000 $. Les états financiers détaillés de l’organisme et les causes précises de cette situation n’ont toujours pas été rendus publics.

La direction par intérim doit maintenant relever un défi considérable, redresser la situation financière de La Tablée populaire tout en rétablissant les services essentiels offerts à sa clientèle depuis le départ de Rachel Bissonnette.

Le Comptoir alimentaire doit, pour sa part, composer avec d’importants enjeux liés à sa relocalisation. L’organisme cherche toujours une solution durable afin de poursuivre sa mission auprès des personnes et des familles touchées par l’insécurité alimentaire.

Bien que le gouvernement du Québec ait doublé certaines sommes consacrées aux organismes de Drummondville, les besoins continuent d’augmenter. Les ressources communautaires doivent répondre à une demande croissante tout en composant avec des moyens humains, matériels et financiers limités.

Du côté municipal, les moyens disponibles ne permettent pas à la Ville de répondre seule à une crise dont les principaux leviers financiers et sociaux relèvent des gouvernements supérieurs. Cette situation rejoint le constat de l’UMQ, qui rappelle que les municipalités se trouvent en première ligne sans disposer de tous les outils nécessaires pour intervenir.

Une situation préoccupante, mais relativisée par le maire

Cependant, en entrevue à Radio-Canada, au micro de Cassandre Forcier-Martin à l’animation de Toujours le matin, à la suite d’une publication du Vingt55 faisant état des enjeux d’itinérance, de pauvreté et de cohabitation sociale au centre-ville, le maire de Drummondville, Jean-François Houle, a reconnu sur les ondes de Radio-Canada que ces problématiques sont devenues plus visibles au cours des dernières années, tout en relativisant l’ampleur de la situation par rapport à celle vécue dans d’autres villes.

« On vit des problématiques qui sont urbaines et c’est un peu nouveau pour nous », a affirmé le maire, ajoutant que, lorsqu’on compare Drummondville à d’autres municipalités, « c’est pas pire Drummondville », a réaffirmé le maire face à la situation qui prévaut actuellement au centre-ville.

Prévenir plutôt que gérer les crises, de nombreux élus de grandes villes réclament des mesures en ce sens

Selon l’étude, les investissements gouvernementaux consacrés à l’itinérance ont augmenté au cours des dernières années, passant de 266 à 488 millions de dollars. L’UMQ estime toutefois qu’un écart considérable demeure entre les sommes investies pour lutter contre le phénomène et les coûts réellement assumés par les services publics.

La situation observée à Drummondville illustre cet écart. Pendant que les besoins augmentent, les intervenants et les organismes doivent essentiellement gérer les urgences quotidiennes, souvent sans financement suffisamment stable pour agir durablement en prévention.

La mairesse de Gatineau, Maude Marquis-Bissonnette, soutient que le coût de l’inaction dépasse largement celui des mesures nécessaires pour freiner la progression de l’itinérance.

Elle réclame une mobilisation des municipalités, des ministères, des organismes communautaires et du milieu philanthropique autour d’un plan national établissant clairement les responsabilités, les moyens et les objectifs de chacun.

Pour Bruno Marchand, président du comité sur l’itinérance de l’UMQ et maire de Québec, les gouvernements doivent délaisser la gestion constante des urgences et miser davantage sur le logement avec accompagnement.

« À toujours gérer l’urgence, on oublie qu’on connaît déjà la solution qui donne les meilleurs résultats : le logement avec accompagnement. C’est là que le gouvernement doit agir, en assurant un financement stable aux ressources sur le terrain », affirme-t-il.

L’UMQ demande au prochain gouvernement du Québec de faire de l’itinérance une priorité nationale et d’adopter une stratégie de réduction assortie de cibles mesurables.

L’organisation réclame également un financement stable, prévisible et récurrent pour les ressources ainsi qu’une meilleure coordination entre les secteurs de l’habitation, de la santé, des services sociaux et les acteurs municipaux.

À Drummondville, la crise vécue par La Tablée populaire, les difficultés de relogement du Comptoir alimentaire et l’augmentation des besoins de la clientèle de L’Ensoleilvent et de La Piaule témoignent de l’urgence d’une intervention concertée.

Les municipalités se trouvent en première ligne face à cette crise, rappelle l’UMQ, mais elles ne disposent ni des ressources ni des leviers nécessaires pour répondre seules à des enjeux qui relèvent principalement du gouvernement du Québec..

L’UMQ dénonce ainsi le coût humain et financier de l’inaction et réclame un véritable plan d’action national, accompagné de responsabilités clairement définies, de cibles mesurables et d’un financement récurrent.

De plus en plus de personnes se retrouvent en situation d’itinérance à Drummondville Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Éric Beaupré
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