DRUMMONDVILLE
Le Vingt55 s’est entretenu avec deux intervenants de terrain, soit François Gosselin ainsi que Francis Lacharité, directeur général de La Piaule.@ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
L’un des « chantiers d’habitation » qui progresse le plus rapidement à Drummondville est sans doute celui du campement de personnes en situation d’itinérance aménagé derrière le Centre Georges-Frederic-Heriot. Comme a pu le constater le Vingt55 lors d’une visite sur place, les tentes et les abris de fortune y sont de plus en plus nombreux et mieux structurés. Des espaces communs ont été aménagés, notamment des foyers servant à la cuisson des repas, des barils utilisés comme toilettes ainsi que diverses installations destinées à améliorer le quotidien des occupants.
Cette organisation soulève toutefois certaines préoccupations. D’importantes quantités de bouteilles de propane, parfois entreposées à proximité des tentes, représentent un risque potentiel d’incendie pour les résidents du site. Plusieurs occupants rencontrés par le Vingt55 ont également souligné l’absence d’accès à l’eau potable et le manque d’infrastructures pour la gestion des déchets et du recyclage.
« Nous ramassons bien que mal nos déchets, mais il faut bien pouvoir en disposer quelque part », a confié l’un des résidents rencontrés sur place par le Vingt55. Plusieurs estiment que l’absence de bacs à déchets et de récupération complique le maintien de la propreté du site malgré les efforts déployés par les occupants du site des hommes et des femmes. Pourtant, lors de récents travaux réalisés dans le secteur, des toilettes chimiques cadenassé et un abreuvoir temporaire avaient été installés afin de répondre aux besoins des travailleurs présents sur le chantier.
Le Vingt55 s’est entretenu avec deux intervenants de première ligne, soit François Gosselin, directeur général de l’Ensoleilvent, et Francis Lacharité, directeur général de La Piaule.
« Le visage de l’itinérance change d’année en année. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on ajuste continuellement nos interventions en fonction de la réalité observée sur le terrain », explique François Gosselin, directeur général de l’Ensoleilvent.
Interrogé par le Vingt55 au sujet des préoccupations exprimées par plusieurs organismes concernant le manque de ressources sur le terrain, M. Gosselin rappelle que la réalité de l’itinérance est en constante évolution et que les services doivent continuellement s’adapter. Selon lui, les besoins se diversifient et augmentent, ce qui exerce une pression croissante sur les organismes communautaires appelés à intervenir auprès d’une clientèle de plus en plus nombreuse et aux profils variés.
« La concertation ne date pas d’hier. Les partenaires se rencontrent déjà autour d’une même table afin de coordonner les interventions et de répondre aux besoins qui émergent sur le terrain », ajoute-t-il.
Au cours des dernières années, plusieurs ressources se sont ajoutées à l’offre de services, notamment des intervenants spécialisés en santé mentale et en dépendance, une infirmière de rue ainsi qu’un médecin qui intervient directement auprès des personnes en situation d’itinérance.
« Actuellement, entre huit et dix intervenants travaillent en proximité. Ils se déplacent dans les parcs et les différents milieux fréquentés afin d’offrir des services en dépendance, en santé mentale, en santé sexuelle et d’accompagner les personnes dans leur parcours de sortie de la rue », précise François Gosselin.
Interpellé sur la crise du logement, largement identifiée comme l’un des principaux facteurs alimentant l’itinérance, il estime qu’il s’agit d’un enjeu incontournable.
« On peut faire de la prévention et offrir de l’hébergement, mais l’accès à un logement demeure souvent la véritable porte de sortie de l’itinérance. C’est pourquoi nous travaillons avec nos partenaires et avec la Ville afin de trouver des solutions durables », souligne-t-il.
L’intervenant rappelle également que l’ensemble du réseau mobilisé représente une force de frappe importante.
« Si l’on additionne les ressources du réseau de la santé et celles des organismes communautaires, ce sont près de 90 intervenants qui œuvrent quotidiennement auprès des personnes vulnérables dans la région », indique Francis Lacharité, directeur général de La Piaule.
Selon lui, la démarche concertée annoncée vise avant tout à clarifier les rôles et les responsabilités de chacun afin d’améliorer la coordination des interventions.
« Il n’y a pas une seule solution à l’itinérance. Ce que nous démontrons aujourd’hui, c’est que tout le monde travaille ensemble. Plus les interventions seront concertées et coordonnées, plus les personnes en situation d’itinérance en bénéficieront », conclut François Gosselin.
Un constat partagé par Francis Lacharité, directeur général de La Piaule, qui estime lui aussi que la collaboration entre les organismes, le réseau de la santé, les autorités publiques et la Ville demeure essentielle pour répondre à une problématique dont les besoins ne cessent de croître.
L’un des « chantiers d’habitation » qui progresse bien à Drummondville est celui du campement de personnes en situation d’itinérance aménagé derrière le Centre Georges-Frederic-Heriot @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Une réalité bien présente sur le terrain, si les intervenants soulignent les efforts déployés sur le terrain, les personnes directement touchées par l’itinérance rappellent que plusieurs défis demeurent bien présents.
Le campement aménagé derrière le centre Georges-Frederic-Heriot continue d’ailleurs de prendre de l’ampleur. Les tentes y sont désormais installées de façon plus structurée et regroupées dans un secteur moins visible du public. Dissimulé dans un terrain boisé, le site fait régulièrement l’objet de plaintes liées aux feux de cuisson et aux interventions des services d’urgence.
Comme a pu le constater le Vingt55 lors d’une visite sur place, où plus d’une centaine de tentes étaient visibles, plusieurs occupants estiment que la présence du campement permet de réduire certaines pressions sur les services policiers et d’urgence. Ils évoquent toutefois un manque de ressources et d’intervenants pour répondre à une demande qui ne cesse de croître.
Plus près du centre-ville, à l’abri des regards sous le portique d’un commerce actuellement vacant, Cricri et un ami vivent entre quatre murs de fortune qui leur servent de refuge temporaire.
Rencontrée par le Vingt55 dans cet abri improvisé, Cricri accepte de parler de sa réalité quotidienne. Questionnée sur les ressources disponibles, elle reconnaît que plusieurs services répondent à des besoins immédiats, mais estime que les solutions offertes demeurent souvent temporaires.
« Oui, il y a des ressources et ça aide, mais c’est souvent du temporaire. On ne veut pas quelque chose fait sur mesure, on veut quelque chose de plus durable », explique-t-elle.
Dans son cas, elle affirme composer avec plusieurs difficultés qui compliquent son parcours.
« Je suis impulsive. Ce n’est pas toujours facile à gérer, mais il faut s’adapter », mentionne-t-elle avec franchise.
Au fil de la discussion, Cricri et son ami racontent leur quotidien marqué par l’incertitude, les règles à respecter, les déplacements constants et les défis liés à la santé physique ou mentale.
« Des fois, on a juste besoin d’un peu de compréhension », confie-t-elle.
Tous deux estiment que les personnes en situation d’itinérance sont souvent jugées sans être réellement connues. Selon eux, lorsqu’on prend le temps de discuter avec quelqu’un plutôt que de le réduire à son statut d’itinérant, les perceptions changent rapidement.
« Quand on parle des itinérants sans les connaître, c’est facile de porter un jugement. Mais quand on prend le temps de rencontrer la personne, c’est différent », résume Cricri.
Tous deux soulignent également l’importance de l’entraide qui existe entre les personnes vivant dans la précarité. Malgré les difficultés, le partage de nourriture, les petits services rendus et le soutien moral font partie intégrante de leur quotidien.
Derrière chaque tente, chaque refuge improvisé ou chaque personne croisée dans la rue se cache une histoire différente, rappellent-ils. Une réalité souvent invisible pour la majorité des citoyens, mais bien présente au cœur de Drummondville.
Pour Cricri, le souhait est simple, que la population porte un regard plus humain sur les personnes en situation d’itinérance et que nos organismes est les moyens de souvenirs les besoin de bases des personne de la rue. « On n’est pas juste des itinérants. On est des personnes comme tout le monde », laisse-t-elle entendre.
De son côté, Véronique Squaurer, directrice générale du Comptoir alimentaire Drummond, confirme en entrevue qu’il manque près de 10 millions de dollars pour assurer la pérennité des services offerts par l’organisme.
En effet, depuis décembre, l’organisation se retrouve sans domicile permanent, alors que le projet de déménagement vers la Salle Royale demeure compromis par un important manque de financement.
Mme Squaurer indique que l’organisme a récemment repris ses échanges avec la Ville de Drummondville après quelques semaines de pause afin de faire avancer le dossier.
Interrogé à ce sujet, le maire Jean-François Houle affirme toutefois attendre toujours des précisions de la part de l’organisme.
« Nous attendons toujours leur demande officielle ainsi qu’un portrait clair de leurs besoins financiers avant de nous engager davantage et de voir si un financement pourrait être disponible pour soutenir l’organisme », a déclaré le maire en entrevue au Vingt55.

Itinérance: « Il faut plus que de la concertation » les besoins et le financement demeurent insuffisants à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.






















