DRUMMONDVILLE
Réunis mardi matin devant plusieurs partenaires du milieu communautaire, économique et institutionnel, le président du conseil d’administration, Jean-Philippe Ayotte, et la directrice générale Véronique Sawyer ont lancé un appel pressant aux gouvernements, aux élus municipaux et aux grands donateurs afin d’assurer la réalisation du projet de relocalisation du Comptoir alimentaire Drummond.
Cette annonce vient confirmer les informations publiées par le Vingt55 le 8 juin dernier. Le média révélait alors que la découverte d’amiante et d’importants problèmes structuraux dans l’ancienne Salle Le Royal faisait exploser les coûts du projet. Les estimations obtenues par le Vingt55 faisaient déjà état d’une facture pouvant atteindre ou dépasser les 10 millions de dollars. Trois semaines plus tard, les expertises sont désormais terminées et le coût officiel du projet est établi à 10,6 millions de dollars.
À la lumière des nombreuses analyses réalisées depuis l’acquisition de l’immeuble, les importantes déficiences structurales, combinées à la présence d’amiante, rendent une rénovation plus complexe et surtout plus coûteuse qu’une reconstruction complète.
« Nos experts sont unanimes, une rénovation entraînerait un coût supplémentaire de plus de 600 000 $. » Cette conclusion a convaincu le conseil d’administration d’aller de l’avant avec la démolition de l’ancienne Salle Le Royal afin d’y construire un bâtiment neuf, moderne et entièrement adapté aux besoins du Comptoir alimentaire.
Le futur immeuble comprendra notamment un agrandissement sur deux étages, des quais de chargement, des chambres réfrigérées et congelées de grandes dimensions ainsi que des espaces fonctionnels permettant de répondre aux besoins croissants de l’organisme.
Une course contre la montre, le temps joue maintenant contre l’organisme.
Pour respecter l’échéancier, le Comptoir alimentaire devra réunir 5 millions de dollars d’ici le 1er décembre 2026, puis un autre 5 millions avant le 1er mars 2027 afin que les travaux puissent débuter l’hiver prochain et se poursuivre jusqu’à l’été 2028.
Jean-Philippe Ayotte estime que l’appui des différents partenaires sera déterminant « Un soutien financier rapide et significatif du gouvernement du Québec, des élus municipaux et des partenaires locaux est essentiel. Sans leur appui, le projet pourrait être relégué aux oubliettes et mettre en péril la sécurité alimentaire de milliers de citoyens de la région. »
Une situation déjà révélée par le Vingt55
Le Vingt55 rapportait déjà, le 8 juin dernier, que le Comptoir alimentaire faisait face à une double pression, remplacer des installations devenues désuètes tout en répondant à une demande d’aide alimentaire en constante augmentation.
À ce moment, Véronique Sawyer expliquait que les locaux actuels auraient dû être abandonnés depuis décembre 2024 et que leur état continuait de se détériorer. Elle insistait également sur le fait que la fermeture de l’organisme n’était tout simplement pas une option, alors que les pertes d’emplois, la crise du logement et le coût de la vie entraînent une hausse continue des demandes d’aide alimentaire.
Les données dévoilées mardi illustrent d’ailleurs l’ampleur de cette mission. Chaque année, le Comptoir alimentaire soutient plus de 2 000 ménages, contribue à offrir plus de 812 000 repas, distribue plus de 345 000 collations et remet plus de 1 300 paniers de Noël aux familles de la région.
Les gouvernements et les grands donateurs interpellés
À ce jour, l’organisme a obtenu une aide de 100 000 $ de Banque alimentaire Québec ainsi qu’une contribution de 54 000 $ de la MRC de Drummond. Des démarches sont toujours en cours auprès du gouvernement du Québec et de la Ville de Drummondville.
Le président rappelle toutefois que les programmes destinés aux infrastructures communautaires demeurent très limités et que le Comptoir ne possède pas la capacité financière lui permettant de contracter un emprunt sans compromettre sa mission. « L’appui des élus et de grands donateurs privés demeure essentiel à la réalisation du projet. »
Malgré l’appui déjà confirmé de plusieurs entreprises régionales, les dirigeants reconnaissent qu’il manque encore un partenaire majeur capable de donner l’élan nécessaire à la campagne de financement.
« Plusieurs investisseurs privés ont été approchés, mais ils attendent qu’un grand donateur ouvre la voie avant de s’engager. Nous lançons donc un ultime appel aux investisseurs privés et aux élus afin d’assurer l’avenir de la sécurité alimentaire dans la MRC de Drummond. »
Après plus de trois années de recherches, de scénarios analysés et d’expertises techniques, le dossier est maintenant rendu à une étape décisive : trouver les 10,6 millions de dollars qui permettront d’assurer, pour les prochaines décennies, la continuité des services de la seule banque alimentaire de la MRC de Drummond.
« Tout le monde attend le premier chèque » : le projet de 10 M$ du Comptoir alimentaire est pris dans une impasse
Depuis plus de trois ans, le Comptoir alimentaire Drummond multiplie les démarches auprès des élus municipaux, provinciaux et fédéraux afin d’obtenir le financement nécessaire à son projet de relocalisation. Pourtant, malgré l’urgence reconnue de remplacer des locaux devenus inadéquats et un projet évalué à plus de 10 millions de dollars, aucun engagement financier majeur n’a encore été confirmé.
En entrevue avec le Vingt55, la directrice générale Véronique Sawyer, accompagnée du président du conseil d’administration Jean-Philippe Ayotte, du vice-président de NGA Construction, Bernard Malo, ainsi que de l’architecte Vincent Leclair, d’Un à un architectes, ont dressé un constat sans détour : le projet est aujourd’hui paralysé par un cercle vicieux où les gouvernements attendent le privé, pendant que le privé attend les gouvernements.
Les partenaires affirment que plusieurs entreprises sont déjà prêtes à contribuer, tant financièrement qu’en matériaux et en services professionnels. Selon leurs estimations, près de 4 millions de dollars pourraient être réunis auprès du secteur privé. Mais, disent-ils, les entrepreneurs souhaitent d’abord voir un engagement clair de la Ville de Drummondville, du gouvernement du Québec et du gouvernement fédéral avant de confirmer leur participation.
« Le privé nous demande combien les gouvernements vont investir, tandis que les gouvernements nous demandent combien le privé va investir. Pendant ce temps, personne ne bouge », résume Véronique Sawyer.
Trois ans après les premiers appels à l’aide
Les dirigeants rappellent que les élus connaissent pourtant le dossier depuis longtemps. Dès janvier 2023, ils avaient annoncé qu’une relocalisation serait inévitable et qu’un soutien financier des différents gouvernements serait nécessaire.
Depuis, les rencontres, les visites des installations et les échanges se sont multipliés avec les représentants municipaux, provinciaux et fédéraux. Malgré cela, aucun montage financier concret n’a encore été présenté.
Pour les administrateurs, le temps des analyses est terminé.
« On n’a plus le luxe d’attendre », résument-ils, rappelant que les réparations temporaires réalisées au fil des ans ne permettent plus d’assurer la pérennité de l’immeuble. Les employés et les bénévoles doivent composer quotidiennement avec un bâtiment devenu désuet, alors que la demande alimentaire explose.
Les nouveaux visages de la pauvreté Au-delà du bâtiment, les responsables du Comptoir alimentaire constatent une transformation rapide de la clientèle.
Les bénéficiaires ne sont plus seulement des personnes vivant une grande précarité ou sans emploi. Chaque semaine, de nouveaux visages franchissent les portes de l’organisme : des travailleurs qui occupent un emploi à temps plein, parfois 40 heures par semaine, mais qui n’arrivent plus à payer simultanément leur logement, leur épicerie et leurs dépenses essentielles.
Le nombre de personnes âgées est également en forte croissance. Plusieurs doivent désormais choisir entre acheter leurs médicaments, payer leur loyer ou se nourrir adéquatement.
À cela s’ajoutent des familles et des personnes vulnérables qui, malgré tous leurs efforts, n’arrivent plus à joindre les deux bouts dans un contexte où le coût de la vie continue de grimper. Les responsables observent aussi une hausse constante des citoyens qui viennent simplement récupérer les surplus alimentaires afin de compléter leur épicerie, sans nécessairement faire une demande d’aide alimentaire régulière.
Aujourd’hui, le Comptoir alimentaire soutient plus de 2 500 familles, soit plus de 4 000 personnes, dont plus de 1 500 enfants, et la demande continue d’augmenter.
L’échéancier est désormais extrêmement serré.
Le Comptoir alimentaire doit réunir un premier bloc de 5 millions de dollars d’ici le 1er décembre afin d’amorcer le chantier cet hiver. Un second financement devra suivre avant mars 2027 pour compléter le montage financier et permettre la réalisation du projet, dont la construction est estimée à environ 14 mois.
Pour les représentants du Comptoir alimentaire, une chose est désormais certaine : le milieu des affaires répondra présent, mais il ne pourra pas, à lui seul, assumer la facture d’une infrastructure jugée essentielle pour assurer la sécurité alimentaire de milliers de citoyens de la MRC de Drummond.
Le maire de Jean-François Houle a indiqué au Vingt55 que les démarches du Comptoir alimentaire Drummond en sont toujours à une étape préliminaire. Il précise que la Ville est toujours dans l’attente du dépôt officiel du projet et de la demande de l’organisme avant que le conseil municipal puisse en faire l’analyse.
La Ville attend toujours une demande officielle
Le maire Jean-François Houle a indiqué au Vingt55 que les démarches du Comptoir alimentaire Drummond en sont toujours à une étape préliminaire. Bien que la Ville ait été informée de la situation financière de l’organisme, de l’urgence de son projet de relocalisation et de ses besoins, aucune demande officielle d’aide financière ni aucun projet complet n’ont encore été déposés.
Selon le maire, le conseil municipal demeure dans l’attente des projections financières, du montage financier et du plan de réalisation avant d’évaluer la possibilité d’un soutien municipal. Il précise que plusieurs éléments devront être analysés, notamment la faisabilité du projet, les enjeux liés à l’état de l’ancienne Salle Royale ainsi que la capacité financière de la Ville.
Questionné sur les nombreux projets d’envergure actuellement sur la table, dont la restauration de la chaufferie Fortissimo évaluée à plus de 3 millions de dollars et le projet de nouvelle salle de spectacles estimé à plus de 25 millions de dollars, Jean-François Houle affirme qu’il ne s’agit pas d’une question de priorités où un projet empêcherait la réalisation d’un autre. « Chaque dossier sera évalué selon ses propres mérites », soutient-il, rappelant qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions tant que le projet officiel n’aura pas été présenté.
Le maire révèle également qu’une rencontre devait initialement avoir lieu à la fin de juin entre la Ville et la direction du Comptoir alimentaire Drummond. À la demande de l’organisme, celle-ci a toutefois été reportée à la mi-août. « Nous étions prêts à les rencontrer à la fin de juin, mais à leur demande, nous avons reporté la rencontre à la mi-août », a-t-il indiqué au Vingt55.
Jean-François Houle souligne enfin que l’ancienne Salle Royale n’est pas la seule avenue envisageable. Si l’organisme devait revoir son projet, d’autres scénarios de relocalisation pourraient être étudiés, notamment dans des bâtiments déjà disponibles à Drummondville. Il mentionne entre autres l’immeuble actuellement occupé par La Ressource Drummond, qui pourrait éventuellement devenir disponible lorsque l’organisme aura intégré ses nouveaux locaux, tout en précisant qu’aucune décision n’a été prise et que le choix appartient ultimement au Comptoir alimentaire.
Québec prêt à accompagner, mais attend un projet complet
En entrevue avec le Vingt55, le député de Drummond–Bois-Francs, Sébastien Schneeberger, affirme comprendre l’urgence de la situation vécue par le Comptoir alimentaire Drummond, mais rappelle que le gouvernement du Québec ne peut autoriser un financement de plusieurs millions de dollars sans qu’une demande officielle et un projet complet soient déposés.
Il souligne que son bureau a déjà accompagné l’organisme en organisant des rencontres avec le ministère concerné et en lui transmettant l’ensemble des programmes gouvernementaux auxquels il pourrait être admissible. Selon lui, toutes les portes demeurent ouvertes, mais c’est maintenant à l’organisme de déposer un dossier conforme aux critères des différents programmes.
Le député précise qu’à ce jour, aucune demande officielle visant un financement de l’ordre de 2 millions de dollars ou plus n’a été soumise aux instances gouvernementales compétentes. Il rappelle qu’un tel projet ne peut être financé à partir du budget discrétionnaire d’un député et doit obligatoirement être analysé dans le cadre des programmes gouvernementaux administrés par les organismes mandatés en sécurité alimentaire.
Sébastien Schneeberger estime également que les gouvernements ne peuvent être appelés à assumer les conséquences des choix immobiliers effectués par l’organisme. Selon lui, l’acquisition de l’ancienne Salle Royale relève de la responsabilité du conseil d’administration du Comptoir alimentaire, et les partenaires publics ne peuvent simplement intervenir pour corriger une décision d’investissement sans qu’un projet viable, un montage financier complet et un plan d’affaires soient présentés.
Le député ajoute que la recherche du financement devra reposer sur un partenariat entre les différents paliers de gouvernement, le milieu des affaires et les partenaires privés. Toutefois, il insiste sur le fait que les démarches doivent suivre un ordre logique. « Il faut d’abord présenter un projet, déposer les demandes dans les programmes appropriés et démontrer les besoins financiers réels. Ce n’est qu’à partir de ce moment que Québec pourra analyser le dossier et déterminer sa participation », résume-t-il.
Il assure finalement que son bureau demeurera disponible pour accompagner le Comptoir alimentaire Drummond dans ses démarches, tout en réitérant que le gouvernement ne peut prendre d’engagement financier avant que l’ensemble des étapes administratives et des analyses requises aient été complétées.
Contacté par le Vingt55, le député fédéral Martin Champoux n’avait pas été en mesure d’accorder une entrevue avant la publication de cet article.
Son attachée politique et responsable des communications, Marlène Lemire, a indiqué qu’il lui était impossible de joindre le député pour le moment et qu’il ne serait donc pas en mesure de répondre à nos questions dans les délais de publication. Le Vingt55 souhaitait notamment connaître sa position sur les importants enjeux de financement auxquels est confronté le Comptoir alimentaire Drummond ainsi que sur le rôle que pourrait jouer le gouvernement fédéral dans ce dossier.
























