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Décès à L’Ensoleilvent : des services et des infrastructures urgents pour répondre aux besoins des personnes vulnérables à Drummondville

Décès à L’Ensoleilvent : des services et des infrastructures urgents pour répondre aux besoins des personnes vulnérables à Drummondville

DRUMMONDVILLE

Quelques heures seulement après le décès d’un homme de 61 ans dans les locaux de L’Ensoleilvent, un autre constat s’impose. Au-delà du drame humain, ce décès remet en lumière les préoccupations soulevées depuis plusieurs mois par les organismes, les intervenants et les élus de Drummondville. Tous constatent une augmentation des enjeux liés au vieillissement de la clientèle en situation d’itinérance ou de grande vulnérabilité, ainsi qu’à la complexité croissante des problèmes de santé qui nécessitent désormais des ressources mieux adaptées et un accompagnement soutenu.

Entre l‘inondation récente du campement toléré derrière le Centre Georges-Frédéric-Heriot, l’augmentation constante du nombre de personnes qui frappent à la porte de L’Ensoleilvent, de La Piaule, du Comptoir alimentaire Drummond et de la Tablée populaire, l’arrivée grandissante de personnes vieillissantes en situation de précarité, la crise du logement et des organismes communautaires qui atteignent leurs limites, plusieurs intervenants estiment que Drummondville fait désormais face à une crise sociale sans précédent.

Le décès d’un homme de 61 ans, retrouvé sans vie dans une salle de bain de L’Ensoleilvent, demeure sous enquête du coroner Yvon Garneau. À ce stade-ci, tout porte à croire que le décès serait lié à des enjeux de santé. Aucun élément ne permet actuellement de conclure à un geste criminel ou à l’intervention d’un tiers, ont confirmé les autorités.

Au-delà des circonstances précises du décès, l’enquête du coroner pourrait toutefois permettre de mettre en lumière des enjeux plus larges touchant cette clientèle particulièrement vulnérable. L’accès aux soins de santé, la prise adéquate de la médication, l’alimentation, les besoins en hygiène et en accompagnement, ainsi que les conditions de vie des personnes en situation d’itinérance ou de grande précarité, figurent parmi les éléments qui pourraient être examinés.

Dans un contexte où les organismes de Drummondville observent une clientèle vieillissante présentant des problèmes de santé de plus en plus complexes, ce décès relance les préoccupations quant aux ressources et aux infrastructures nécessaires pour répondre adéquatement à cette réalité grandissante.

Les enjeux ne concernent plus uniquement l’itinérance traditionnelle. Ils touchent maintenant des hommes et des femmes qui, après une vie de travail, peinent à payer leur loyer, à remplir leur réfrigérateur ou à acheter leurs médicaments. Des personnes âgées, des travailleurs pauvres, des citoyens vivant avec des problèmes de santé physique ou mentale viennent grossir les rangs des organismes communautaires, modifiant profondément le portrait de la vulnérabilité dans la région.

Comme le rapportait récemment le Vingt55, le vieillissement de cette clientèle est aujourd’hui au cœur des préoccupations des organismes, mais également des chercheurs du Centre collégial d’expertise en gérontologie (CCEG), qui consacrent d’importants travaux à l’analyse de cette nouvelle réalité.

Un décès qui soulève de nombreuses questions

Mercredi après-midi, un homme de 61 ans a été retrouvé sans vie dans les toilettes de L’Ensoleilvent. Malgré l’intervention rapide des secours, son décès a été constaté sur place. La Sûreté du Québec confirme qu’aucun élément criminel n’a été relevé et le coroner Yvon Garneau est chargé de déterminer les causes exactes du décès.

Pour François Gosselin, directeur général de L’Ensoleilvent, ce décès dépasse toutefois les seules circonstances de l’événement.

« Les enjeux de santé physique et mentale auxquels notre clientèle est confrontée sont bien réels. Nous les observons quotidiennement. Notre responsabilité est d’offrir de l’accompagnement et du soutien, mais il existe des limites à ce que nous pouvons faire », explique-t-il.

Selon lui, les organismes communautaires ne peuvent plus, à eux seuls, répondre à l’ensemble des besoins d’une clientèle dont les problématiques deviennent toujours plus complexes.

Les campements ne sont pas une solution

Quelques jours auparavant, le Vingt55 révélait que plusieurs occupants du campement installé derrière le Centre Georges-Frédéric-Heriot étaient demeurés sur place pendant plusieurs heures après l’inondation provoquée par la montée des eaux de la rivière Saint-François. Des tentes étaient toujours submergées alors que des personnes continuaient d’occuper le site.

Pour François Gosselin, cette situation démontre les limites des mesures actuellement mises en place.

« Un campement demeure une mesure temporaire, qu’il soit toléré ou autorisé. Notre mandat n’est pas de gérer ce qui s’y passe. Nous, nous accueillons les personnes lorsqu’elles franchissent notre porte. »

Il rappelle que les personnes vivant dans les campements fréquentent quotidiennement L’Ensoleilvent pour répondre à des besoins essentiels : prendre une douche, utiliser les toilettes, obtenir de l’eau potable, une collation ou simplement parler à un intervenant. Une fois ces besoins comblés, plusieurs retournent dormir sous une tente, faute d’alternative.

Pour le directeur général, cette réalité démontre que l’hébergement d’urgence traditionnel n’est plus adapté. « Chaque matin, nous remettons des personnes en situation d’errance à l’extérieur. Elles reviennent le soir. On entretient un cycle qui ne règle rien. »

Une ressource devenue trop petite

Depuis plusieurs années, L’Ensoleilvent adapte continuellement ses installations afin de répondre à l’augmentation de la demande.

Des espaces ont été réaménagés, des lits ajoutés et même une résidence voisine a été utilisée pour créer une unité de débordement.

Malgré ces efforts, François Gosselin estime que les limites physiques de l’organisme sont maintenant atteintes. Chaque jour, plus de 150 personnes franchissent les portes de l’organisme pour répondre à des besoins de base.

Les intervenants doivent simultanément accompagner les personnes hébergées, répondre aux urgences, assurer la sécurité des lieux tout en accueillant une clientèle de passage toujours plus nombreuse. « On ne peut pas demander à quelques intervenants de répondre à plus de 200 demandes par jour. »

Un « Ensoleilvent 2.0 » pour répondre aux réalités de 2026

Selon François Gosselin, la croissance des besoins et le profil de plus en plus complexe de la clientèle rendent incontournable la création d’un « Ensoleilvent 2.0 ». Le directeur général estime que les installations actuelles ont atteint leurs limites et qu’il faut désormais penser à une infrastructure conçue pour les réalités d’aujourd’hui plutôt que celles d’il y a 20 ans.

Le projet, dont le coût est estimé entre 8 et 10 millions de dollars, ne pourra toutefois être réalisé sans une mobilisation collective. Pour lui, gouvernements, Ville de Drummondville, entreprises, fondations, organismes communautaires et citoyens devront unir leurs efforts afin de doter la région d’un milieu de vie capable de répondre durablement aux besoins des personnes les plus vulnérables.

Selon François Gosselin, Drummondville aurait aujourd’hui besoin d’environ 55 à 60 places permanentes réparties entre un refuge accessible 24 heures sur 24, un hébergement transitoire supervisé et des logements favorisant un retour progressif vers l’autonomie.

Il cite en exemple le modèle de La Hutte, à Saint-Jérôme. Contrairement à la perception populaire, il ne s’agit pas d’un campement, mais d’un véritable milieu de vie regroupant plusieurs niveaux d’intervention sous un même toit.

L’objectif est d’offrir un continuum de services plutôt que de déplacer quotidiennement les personnes entre la rue et les refuges.

« Certaines personnes ne peuvent pas intégrer immédiatement un logement permanent. Elles ont besoin d’un milieu transitoire où elles peuvent retrouver une certaine stabilité avant de reprendre leur autonomie. »

Selon lui, un tel projet contribuerait non seulement à réduire les campements, mais également à prévenir l’itinérance chronique.

Cette transformation de la clientèle est également observée au Comptoir alimentaire Drummond.

Sa directrice générale, Véronique Sawyer, constate une hausse importante du nombre de personnes âgées ayant recours à l’aide alimentaire. « Il y a de plus en plus de personnes âgées qui viennent chercher de la nourriture. Leur pension ne suit plus le coût de la vie, particulièrement la hausse des loyers. » nos besoins sont aussi impsnte de notre coté et notre réalité face a nos problèmes  d’infrastructures demeurent préoccupante aussi de souligner Véronique Sawyer

Selon elle, plusieurs vivent désormais dans un équilibre extrêmement fragile. « Nous faisons ce que nous pouvons pour éviter qu’elles basculent vers l’itinérance, mais nous ne pouvons pas payer leur logement. Quand elles perdent leur logement, avec des problèmes de santé physique ou mentale, les risques deviennent encore plus grands. »

Elle rappelle qu’aucun citoyen ne devrait avoir à choisir entre payer son loyer, acheter ses médicaments ou se nourrir. Pour elle, le drame survenu à L’Ensoleilvent rappelle à quel point cette clientèle devient vulnérable.

La Ville poursuit sa réflexion, alors que les enjeux de salubrité, de sécurité et de santé publique liés au campement demeurent bien présents.

Du côté de l’administration municipale, le décès survenu cette semaine vient également alimenter la réflexion sur les solutions à mettre en place pour mieux répondre aux nouvelles réalités de l’itinérance et de la précarité.

Interpellé par le Vingt55, le maire de Drummondville, Jean-François Houle, a indiqué, par l’entremise de son directeur de cabinet, Mathieu Audet, que les événements récents démontrent l’importance de poursuivre les démarches déjà amorcées avec les partenaires du milieu.

« Dans un premier temps mes plus sincères condoléances vont à la famille, aux proches ainsi qu’à toutes les personnes touchées par ce décès. Mes pensées accompagnent également les équipes de L’Ensoleilvent et les intervenantes et intervenants qui consacrent chaque jour temps, énergie et humanité à accompagner les personnes les plus vulnérables d’affirmer le maire

« Ce drame nous rappelle que les enjeux liés à la vulnérabilité, à l’itinérance et au vieillissement exigent des solutions toujours mieux adaptées. Nous avons la chance, à Drummondville, de pouvoir compter sur des organismes d’une qualité exceptionnelle. Les compétences sont là, l’engagement est là. »

Le maire estime que la prochaine étape consiste à doter ces organismes d’infrastructures mieux adaptées afin qu’ils puissent pleinement exercer leur mission.

« Je crois que nous devons maintenant poursuivre notre réflexion sur le développement de milieux de vie supervisés, inspirés notamment de modèles comme La Hutte, à Saint-Jérôme, afin d’offrir à ces équipes un lieu où elles peuvent exercer pleinement leur expertise, de façon continue, au bénéfice des personnes qui en ont le plus besoin. »

Cette vision rejoint les constats formulés par plusieurs intervenants communautaires, qui estiment que les ressources actuelles ont atteint leurs limites et qu’il est désormais nécessaire de développer un modèle de type « Ensoleilvent 2.0 », regroupant sous un même toit un refuge accessible 24 heures sur 24, des places d’hébergement transitoire, des logements supervisés ainsi qu’une offre de services adaptée à une clientèle de plus en plus vieillissante et présentant des besoins complexes.

Une responsabilité qui dépasse les organismes

Pour François Gosselin, directeur général de L’Ensoleilvent, une telle transformation ne pourra toutefois pas reposer uniquement sur les épaules des organismes communautaires.

Selon lui, les gouvernements, la Ville, les institutions, le milieu des affaires et l’ensemble de la communauté devront participer à la mise en place d’une solution durable.

« Notre travail est d’aider les gens à mieux vivre et de favoriser la cohabitation sociale. Mais cette responsabilité appartient maintenant à toute la communauté. »

Le décès survenu cette semaine, l’inondation du campement quelques jours plus tôt, la hausse du recours à l’aide alimentaire chez les personnes âgées, l’arrivée d’une clientèle vieillissante dans les ressources communautaires ainsi que l’augmentation constante des demandes adressées à L’Ensoleilvent, à La Piaule, au Comptoir alimentaire Drummond et à la Tablée populaire dressent un même portrait. Celui d’une pauvreté qui change profondément de visage et qui oblige désormais Drummondville à repenser durablement son modèle d’accompagnement des personnes les plus vulnérables.

De son côté, le député de Drummond–Bois-Francs, Sébastien Schneeberger, affirme être profondément préoccupé par le décès de cet homme de 61 ans en situation d’itinérance. Selon lui, ce drame rappelle l’urgence d’agir afin d’offrir des conditions de vie plus sécuritaires et un meilleur accompagnement aux personnes les plus vulnérables.

Du côté du réseau de la santé, Santé Québec Mauricie–Centre-du-Québec indique suivre de près les enjeux liés au campement de Drummondville. Interrogée par le Vingt55 au sujet des préoccupations entourant la santé et la sécurité des personnes qui y résident, Julie Michaud, agente d’information, précise que le dossier fait l’objet d’un suivi concerté entre les différents partenaires.

« Après vérification, la situation et les enjeux liés au campement de Drummondville sont pris en charge par la Ville, en étroite collaboration avec différents partenaires, dont des organismes communautaires. Nous avons été informés des développements et nous sommes demeurés en suivi. Nous avons notamment pris part à une rencontre tenue ce matin avec la Ville et les partenaires, dans une perspective de collaboration et de soutien », indique-t-elle.

Éric Beaupré
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