DRUMMONDVILLE
L’affaire et dossier a été dévoilée par les journalistes Thomas Deshaies, Thomas Gerbet et Étienne Gosselin, dans une enquête publiée le 28 juillet 2025 par Radio-Canada Estrie, à la suite d’un travail de terrain. Le reportage met en lumière une volonté apparente de la Ville de ne pas divulguer des informations sensibles liées à la présence de substances perfluoroalkylées (PFAS) dans les rejets liquides traités du site d’enfouissement de Saint-Nicéphore.
Données sensibles révélées après deux ans de démarches citoyennes
C’est le Collectif d’action pour une rivière et un environnement sans site d’enfouissement (CA-PRESSE), dirigé par Pierre Isabelle, qui a mené les démarches pour accéder au rapport. Après deux ans de procédures juridiques, la Commission a statué en faveur du groupe, forçant la Ville à rendre publique la section contenant les données brutes sur la contamination.
« Ça nous choquait un peu. Pourquoi des analyses d’eau seraient confidentielles ? », a réagi Pierre Isabelle dans le reportage de Radio-Canada. « Ça confirme nos craintes : on fait face à des polluants dangereux. »
Rencontré brièvement par le Vingt55 il y a quelques semaines, Alain D’Auteuil s’est dit préoccupé par la gestion du dossier et le traitement des eaux à Drummondville.
« C’est un dossier important, et plusieurs informations semblent dissimulées. Pourtant, il en va de l’intérêt des citoyens et du public d’être informés, car les enjeux sont d’intérêt collectif », avait commenté l’ex-conseiller municipal en entrevue au Vingt55.
Le rapport avait été commandé par Alain D’Auteuil, alors conseiller municipal, qui souhaitait connaître la nature exacte des contaminants présents dans le lixiviat traité par la station municipale. Celui-ci est d’abord recueilli au site d’enfouissement, puis partiellement traité avant d’être envoyé dans le réseau d’égout de la Ville pour une seconde épuration.
Une concentration inquiétante de PFAS dans les eaux usées
Les résultats obtenus indiquent une concentration de 9900 nanogrammes par litre (ng/l) dans les eaux usées brutes provenant du dépotoir, près du double de la plus haute concentration mesurée par le ministère de l’Environnement entre 2019 et 2021 dans d’autres sites comparables révèlent également le dossier de Radio-Canada. Même après traitement à la station municipale, les effluents contenaient encore 257 ng/l de PFAS, alors que la norme fédérale proposée pour l’eau potable est de 30 ng/l.
Des experts unanimes sur les dangers
Trois spécialistes consultés par Radio-Canada, Sébastien Sauvé (Université de Montréal), Karl Jobst (Memorial University of Newfoundland) et Miriam Diamond (Université de Toronto) s’entendent pour dire que ces concentrations posent un risque sérieux pour l’environnement et la santé publique.
« Les niveaux sont très, très élevés. On est dans quelque chose d’exceptionnel », a affirmé le professeur Sauvé.
Le danger serait aussi indirect : les boues issues du traitement des eaux usées de la Ville, utilisées comme fertilisants dans les champs, pourraient contenir ces contaminants persistants, ce qui soulève des craintes de contamination des sols agricoles.
Recommandations toujours gardées secrètes
Si la Ville a accepté de dévoiler les résultats bruts, elle a maintenu confidentielle une partie du rapport, soit celle qui contient les recommandations de la firme environnementale. Une décision que regrette Alain D’Auteuil, commanditaire initial du rapport « On finit par avoir plus de questions qu’au départ, puis ça, ce n’est rien pour rassurer. La grande question, c’est pourquoi la Ville persiste à garder cela secret ? » de questionner M D’Auteuil et ex-conseiller municipal.
Appel à une réglementation sur les PFAS
Le Québec ne possède toujours aucune norme provinciale encadrant le rejet ou le traitement des PFAS, ce que dénoncent les chercheurs et les groupes citoyens. L’enquête de Radio-Canada souligne que le gouvernement prévoit publier un guide en 2026, qui imposera certaines exigences pour l’épandage de boues contaminées, mais aucune mesure immédiate n’est en place.
« C’est précisément à cause de cas comme celui de Drummondville que le gouvernement doit agir rapidement », a souligné la professeure Miriam Diamond.

Contacté par le Vingt55, Martin Duseault, représentant de Waste Management, a tenu à clarifier certains éléments soulevés dans l’enquête de Radio-Canada @ Crédit photo Eric Beaupré / archives / Vingt55. Tous droits réservés.
Contacté par le Vingt55, Martin Duseault, représentant de Waste Management, a tenu à clarifier certains éléments soulevés dans le dossier ainsi que les inquiétudes exprimées par des citoyens et ancien conseiller municipal.
M. Duseault soutient que les installations de Waste Management à Saint-Nicéphore disposent d’un système de traitement de pointe et que les eaux y sont soumises à un double traitement : une première étape sur le site même, suivie d’un second traitement à l’usine d’épuration municipale de Drummondville.
« Nos eaux sont traitées deux fois. Ce double traitement est bénéfique pour l’environnement », affirme-t-il, en précisant que l’usine municipale est située en aval de la prise d’eau potable, ce qui constitue selon lui un filet de sécurité supplémentaire pour les citoyens de Drummondville.
Il ajoute que la Ville de Drummondville, tout comme l’entreprise Waste Management, respecte les normes environnementales actuellement en vigueur. « Il n’y a pas d’impact sur le traitement des eaux usées municipales. Les normes sont respectées, et la qualité de l’eau est jugée satisfaisante par la Ville », assure M. Duseault.
Interrogé sur les résultats rapportés dans l’analyse, il s’interroge sur leur provenance :
« Ces 9900 ng/l ? On ne m’a jamais montré la source exacte de ces données. » Selon lui, les chiffres mentionnés proviendraient de fragments de rapport sortis de leur contexte, ce qui, selon lui, contribue à créer une image vraisemblablement erronée de la situation.
Concernant l’absence actuelle de norme provinciale sur les PFAS, il appelle à la prudence dans l’interprétation des résultats
« On parle d’un danger, mais par rapport à quelle norme ? Il n’y a pas encore de seuil établi au Québec. C’est difficile de dire si l’on contrevient à une règle, qui n’existe pas encore. » Martin Duseault précise également que tant Waste Management que la Ville de Drummondville réalisent des analyses régulières et ponctuelles. « Si une norme environnementale était mise en place ou que des inquiétudes devaient survenir, nous agirions rapidement. Nous sommes tout à fait en mesure de proposer des solutions concrètes ou des ajustements pour corriger ou améliorer la situation », conclut-il.
La Ville de Drummondville n’avait pas répondu à nos demandes d’information complémentaire au moment de publier. Les démarches ayant été effectuées ce matin, le Vingt55 s’engage à mettre à jour ses informations dès réception d’un retour des parties concernées.








