Contaminants PFAS dans l’eau : la Ville de Drummondville donne sa position, doit-on surveiller les rejets en provenance de Sherbrooke?

Contaminants PFAS dans l’eau : la Ville de Drummondville donne sa position, doit-on surveiller les rejets en provenance de Sherbrooke?
Contaminants PFAS dans l'eau, la Ville de Drummondville donne sa position @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

La Ville de Drummondville a répondu au Vingt55 face à la situation. Elle a été forcée, à la suite d’un jugement de la Commission d’accès à l’information, de rendre publics des résultats d’analyse révélant une concentration « exceptionnelle » de contaminants PFAS dans ses eaux usées. Le rapport, commandé en 2021 et jusqu’alors gardé confidentiel, portait sur les rejets du site d’enfouissement de Saint-Nicéphore.

La conseillère en relations publiques Anne-Élisabeth Benjamin donne la position de la ville de Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Archives Vingt55 Tous droits réservés.

Ce dossier, qui refait aujourd’hui surface, laisse cependant plusieurs questions sans réponse, tant sur les normes en vigueur que sur le processus de contamination, qui continue de soulever des préoccupations à Drummondville.

Le rapport, commandé en 2021 et longtemps gardé confidentiel, portait sur les rejets du site d’enfouissement de Saint-Nicéphore. Ce dossier, aujourd’hui relancé, soulève encore de nombreuses questions sur les normes en vigueur et les sources possibles de contamination, préoccupant plusieurs citoyens de Drummondville.

Les démarches judiciaires du Collectif CA-PRESSE ont permis d’obtenir la divulgation des données brutes, révélant des concentrations de PFAS deux fois supérieures à celles observées ailleurs au Québec, même après traitement municipal. Trois experts consultés jugent la situation inquiétante, notamment en raison de l’épandage des boues sur des terres agricoles.

Toutefois, les recommandations du rapport restent confidentielles, alimentant les critiques de l’ex-conseiller municipal Alain D’Auteuil, qui dénonce un manque de transparence. Cette rétention partielle du rapport relance les appels à une réglementation claire des PFAS, toujours absente au Québec.

Le rapport indique une concentration de 9900 nanogrammes par litre dans les eaux traitées rejetées dans le réseau municipal. Bien que les données brutes aient été rendues publiques à la suite d’un jugement de la Commission d’accès à l’information, la Ville n’a diffusé qu’une partie du document.

« Pourquoi des analyses d’eau seraient-elles confidentielles ? », questionnent Pierre Isabelle, président du Collectif d’action pour une rivière sans site d’enfouissement, et Alain D’Auteuil, rencontré récemment alors que le dossier refaisait surface.

La conseillère en relations publiques Anne-Élisabeth Benjamin explique en entrevue au Vingt55 que la Ville n’est pas tenue de fournir le contenu d’une enquête ou d’une étude qu’elle n’a pas elle-même commandée.

En l’occurrence, cette étude a été commandée par l’ex-conseiller municipal Alain D’Auteuil qui, en entrevue au Vingt55, a affirmé avoir dû épuiser son budget de conseiller pour défrayer lui-même l’étude et les analyses liées au dossier.

Alors que les inquiétudes concernant la présence de PFAS ou « contaminants éternels » dans les eaux usées du lieu d’enfouissement de Saint-Nicéphore refont surface, la Ville de Drummondville réitère que ce dossier relève avant tout du ministère de l’Environnement.

« Ce n’est ni Waste Management, ni la Ville de Drummondville qui produit les PFAS. On en retrouve partout dans notre environnement, dans les aliments, les textiles… Ce sont des contaminants omniprésents », soutient la conseillère municipale Anne-Élisabeth Benjamin, porte-parole en entrevue au Vingt55.

Elle précise que les eaux usées issues du site bénéficient d’un double traitement, comme l’a également expliqué Martin Dusseault, porte-parole de Waste Management, en entrevue au Vingt55, sur le site et à l’usine municipale. Elles sont ensuite rejetées en aval de la prise d’eau potable, une décision jugée responsable, estime de son côté la représentante de la Ville.

La Ville affirme respecter les normes les plus strictes en matière d’eau potable, notamment grâce à sa nouvelle usine de traitement de 108 M$. Si les citoyens souhaitent voir ces normes évoluer, « la discussion doit se faire avec les autorités compétentes, à savoir le ministère », insiste Mme Benjamin.

La Ville s’estime en règle avec la Loi sur l’accès à l’information, qui ne l’oblige pas à divulguer l’intégralité de ces rapports.

« Il y a des centaines de rapports à la Ville, tous ne sont pas rendus publics. On suit la loi. » ajoute la conseillère aux communications de la ville en entrevue au Vingt55

La Ville rejette l’idée d’avoir voulu dissimuler de l’information, rappelant qu’elle refuse régulièrement de rendre publics certains rapports, notamment ceux commandés par des élus. Ce privilège de confidentialité découle du secret professionnel entre le mandataire et le professionnel, en l’occurrence l’ingénieur qui a produit le rapport et document. Pour le moment, la conseillère aux communications précise que la Ville maintient sa position et qu’elle entend exercer son droit de réserve et de retenir l’information.

La conseillère confirme également que la Ville n’a pas donné suite à ces recommandations, estimant que ces responsabilités relèvent du provincial ou du fédéral. « C’est aux instances appropriées d’établir les normes que nous évaluerons et appliquerons une fois en vigueur. »

Des rejets autorisés par le ministère, des polluants et contaminants qui pourraient venir de sites et de rejets en provenance de Sherbrooke ?

Alors que la question des PFAS dans les eaux usées de Drummondville suscite de vives préoccupations depuis 2021, plusieurs voix citoyennes remettent en question la capacité réelle de traitement de l’usine municipale et appellent à une plus grande transparence.

Ces commentaires interviennent dans un contexte où, au Québec, les municipalités peuvent rejeter temporairement des eaux usées non traitées dans les cours d’eau en période de surcharge, avec l’autorisation du ministère de l’Environnement.

En effet, selon les informations obtenues par le Vingt55, dans plusieurs municipalités québécoises, dont Drummondville, il était jusqu’à tout récemment permis de rejeter des eaux usées partiellement traitées, voire non traitées, dans les rivières lors d’événements de surcharge des bassins, comme lors de fortes pluies ou de crues printanières.

Ces rejets dits « exceptionnels » sont encadrés par des certificats d’autorisation délivrés par le ministère de l’Environnement (MELCCFP). Ce cadre réglementaire vise à éviter les refoulements, mais soulève des inquiétudes environnementales, notamment en ce qui concerne les PFAS, qui ne sont pas éliminés par les procédés de traitement classiques.

Sur la question des données non publiées, Marc Masson, un citoyen, a contacté le Vingt55 pour mieux comprendre les obligations légales. « On m’a confirmé que la Ville n’était pas tenue de tout divulguer, seulement ce qui a servi à formuler la décision finale. Mais ça ne veut pas dire que ce n’est pas préoccupant. »

Il souligne également la mémoire collective locale face à certains épisodes de pollution qui inquiètent à Drummondville.

« On se souvient qu’il y a quelques années, il y avait eu des déchets et des saletés qui s’étaient retrouvés dans l’eau. C’était un problème d’usine, ça venait de Sherbrooke », estimait ce citoyen et pêcheur, qui affirme avoir retrouvé à plusieurs reprises des déchets, tampons et autres polluants domestiques en grande quantité dans le secteur entre Richmond, L’Avenir et Drummondville. « Il faut se demander si notre réseau, aujourd’hui, est mieux protégé », fait valoir M. Masson, un habitué de la rivière Saint-François, en entrevue au Vingt55.

Selon lui, ce type de surveillance devrait être proactif et transparent : « Il faut qu’on vérifie, qu’on fasse les bons tests. Pas pour accuser, mais pour qu’on puisse dire qu’on a tout fait correctement. Nous, à Drummondville, on paie pour traiter nos polluants… Il faudrait s’assurer que les villes comme Sherbrooke ne contribuent pas indirectement à polluer notre eau ou à la contaminer. Ce sont des questions et des analyses qui devraient être effectuées en amont de Drummondville, du site d’enfouissement de Saint-Nicéphore, et de la Ville elle-même. »

Respectivement, tant la Ville de Drummondville que Waste Management souhaitent l’adoption de normes officielles par les instances gouvernementales compétentes afin d’agir, disent-ils.

De son côté, Martin Dusseault rappelle en entrevue au Vingt55 que l’entreprise dispose des moyens et de la capacité d’agir. Toutefois, il est impératif, d’agir dans un cadre clair, avec un processus encadré par des normes connues.

Il ajoute que la Ville de Drummondville, tout comme l’entreprise Waste Management, respecte les normes environnementales actuellement en vigueur. « Il n’y a pas d’impact sur le traitement des eaux usées municipales. Les normes sont respectées, et la qualité de l’eau est jugée satisfaisante par la Ville », assure M. Duseault.

Interrogé sur les résultats rapportés dans l’analyse, il s’interroge sur leur provenance :

« Ces 9900 ng/l ? On ne m’a jamais montré la source exacte de ces données. » Selon lui, les chiffres mentionnés proviendraient de fragments de rapport sortis de leur contexte, ce qui, selon lui, contribue à créer une image vraisemblablement erronée de la situation.

« Nous ne nous opposons pas à agir », affirment respectivement les deux porte-parole en entrevue au Vingt55, « mais il est difficile de dépenser des montants importants sans connaître les seuils de concentration acceptables. »

« Si les normes gouvernementales sont claires, nous pourrons ainsi agir efficacement », assurent les deux responsables des communications en conclusion d’entrevue au Vingt55, réitérant qu’ils ont à cœur de garantir une eau propre, à la fois pour la consommation et pour l’environnement.

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Éric Beaupré
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