Crise du logement, insécurité alimentaire, itinérance, hausse du coût de la vie : tous les voyants sont au rouge

Crise du logement, insécurité alimentaire, itinérance, hausse du coût de la vie : tous les voyants sont au rouge
@ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Itinérance, crise du logement, insécurité alimentaire, hausse du coût de la vie, à Drummondville, au Centre-du-Québec, et dans plusieurs autres grandes villes de la province, tous les voyants sont au rouge, en particulier pour les personnes et familles à faible revenu ou qui s’appauvrissent à vitesse grand V une situation que rapporte et dénonce le Collectif pour un Québec sans pauvreté.

Le gouvernement du Québec a d’ailleurs confirmé que des annonces devraient être faites lors de la mise à jour économique du 7 novembre en matière de logement, de lutte à l’itinérance et de soutien aux personnes les plus affectées par la hausse du coût de la vie. Mais le Collectif pour un Québec sans pauvreté, le FRAPRU et le RAPSIM craignent qu’il ne s’agisse encore une fois que de mesures ponctuelles, mal ciblées, non adaptées aux besoins ou tout simplement insuffisantes pour inverser la tendance.

L’appauvrissement des familles, les pertes d’emplois et les emplois de plus en plus précaires font frappe durement à Drummondville, comme dans plusieurs grandes villes. En effet comme la rapportais le Vingt55 cette semaine, Les demandes d’aide alimentaire explosent au sein du réseau scolaire dans la MRC de Drummond et au Centre-du-Québec plus de 6000 enfants ne mangent pas à leur faim et vont à l’école le ventre vide. La directrice de l’Orée des Bois rappelait l’urgence de la situation, alors que les banques alimentaires et les services d’aide pour accompagner et nourrir les enfants ne suffisent plus à répondre à la demande et aux besoins dans la MRC de Drummond.»

La directrice de l’École des 2 Rivières sonne l’alarme dans la MRC de Drummond.

« Un enfant qui a faim n’est pas en mesure de se concentrer pleinement sur son apprentissage, donc il est plus à risque d’échecs et de décrochage scolaire. Offrir un déjeuner à un enfant, c’est lui donner l’envie d’apprendre et de se dépasser à long terme, » explique France Courtemanche, directrice de l’École des 2 Rivières, témoin du manque d’accès à l’alimentation scolaire au sein de son milieu. « La faim dans nos salles de classe n’est pas un problème nouveau, mais il devient de plus en plus critique dans le contexte économique actuel, » ajoute la directrice. « Les familles ont du mal à joindre les deux bouts, et bien souvent, les enfants en paient le prix. » de constater France Courtemanche

La précarité financière de nombreuses familles n’a pas connu de répit au cours dans la MRC de Drummond, comme le rappelle Véronique Sawyer, directrice générale du Comptoir alimentaire Drummond.

Les besoins sont encore en hausse, et de manière significative. L’inflation, le coût de la vie et le prix du panier d’épicerie sont autant de facteurs et de raisons pour lesquels de nouveaux visages, de nouvelles familles viennent demander de l’aide alimentaire, mentionne la directrice du Comptoir alimentaire. l’organisme a d’ailleurs annoncer  les activités de financement faisant partie de l’édition 2023 de la Guignolée, dont l’objectif monétaire est fixé à 400 000 $.

Réunies en conférence de presse, les porte-parole des trois organisations ont voulu rappeler au gouvernement qu’il ne peut plus laisser la situation se détériorer et qu’il faudra plus que des réparations de fortune pour mettre fin à la crise.

C’est de mesures structurantes que le Québec a besoin, ont-elles rappelé. Le Collectif pour un Québec sans pauvreté, le FRAPRU et le RAPSIM en ont plusieurs à proposer et, à quelques jours de la mise à jour économique, ils ont tenu à les rappeler au ministre des Finances, Eric Girard.

Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) : Annie Savage, directrice

« Les membres du RAPSIM notent une augmentation de l’itinérance chronique, mais également une augmentation de la détresse par des personnes qui ne sont pas connues du milieu et qui viennent dans leurs ressources (femmes ainé.es, familles, personnes migrantes à statut précaire). Pour 2023-2024, le gouvernement de la CAQ a annoncé 20 M $ pour répondre aux besoins immédiats en itinérance partout au Québec. Or, à Montréal seulement, c’est minimalement le double qu’on a besoin, juste pour maintenir l’offre de réponses qu’on sait insuffisantes.

« Pour prévenir et réduire l’itinérance, l’ensemble des ministères doivent s’engager dans des investissements à long terme. Nous nous attendons à ce que l’argent annoncé en matière d’itinérance soit investi dans des mesures pérennes et adaptées à la réalité du terrain, résultant d’une réelle concertation entre les ministères québécois. Nous réitérons également la nécessité d’investir dans le développement et la rénovation d’infrastructures pour permettre l’émergence de réponses adaptées aux besoins des communautés et sortir une fois pour toutes d’une logique d’urgence. Pour un réel soutien aux Montréalais.es en situation d’itinérance, le gouvernement du Québec doit agir dans une approche globale. »

Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) : Véronique Laflamme, porte-parole

« Les besoins de logements sociaux sont connus. 129 000 ménages locataires du Québec consacrent plus de la moitié de leur revenu pour se loger avec un revenu médian annuel de 16 800 $. Ces besoins ne sont pas nouveaux, mais ils s’accentuent avec la pénurie généralisée qui s’est installée, la hausse rapide du coût des loyers sur le marché privé et la spéculation qui contribue à la multiplication des évictions.

« Depuis l’arrivée au pouvoir de la Coalition Avenir Québec, on demande des investissements plus importants et récurrents dans le logement social. On les attend toujours. La lenteur du gouvernement à réagir à la crise du logement contribue à la précarisation d’un bon nombre de locataires, et à la hausse de l’itinérance.

« On espère que la mise à jour économique prévoira enfin un financement suffisant et un objectif de développement du logement social sur plusieurs années pour que le plan d’action en habitation promis par la ministre ait une colonne vertébrale. Il faut aussi un programme gouvernemental pérenne, qui se suffit à lui-même pour que la construction ne se fasse pas attendre et que les ménages les plus pauvres et ceux victimes de discrimination ne soient pas constamment exclus. C’est le gouvernement qui a choisi d’abandonner AccèsLogis au lieu de l’améliorer comme il l’avait promis. Maintenant il doit proposer une vraie solution de rechange. C’est inconcevable que le Québec n’ait pas un programme adéquat de logement social. »

Collectif pour un Québec sans pauvreté : Virginie Larivière, porte-parole

« Quand le dernier Bilan-Faim nous apprend qu’en 2023, une personne sur dix a eu recours aux services des banques alimentaires au Québec, c’est le gouvernement lui-même qui devrait tirer la sonnette d’alarme. Des gens n’arrivent pas à manger à leur faim au Québec. Cela devrait devenir une priorité nationale. Ce ne sont pas un financement accru des banques alimentaires ou des appels à la charité qui régleront le problème. Ce ne sont pas non plus de nouvelles aides ponctuelles, qui ne font que freiner momentanément l’appauvrissement des gens, sans leur permettre d’améliorer leurs conditions de vie.

« Il faut reconnaître que les nombreuses crises qui secouent le Québec – logement, itinérance, insécurité alimentaire – ont un dénominateur commun : l’insuffisance de revenu. Les personnes en situation de pauvreté doivent être mieux soutenues, dès maintenant. Pourquoi tolérer que la majorité des personnes assistées sociales, par exemple, reçoivent de l’État à peine de quoi couvrir la moitié de leurs besoins de base? Pourquoi une telle négation de leurs droits?

« L’augmentation du revenu des personnes en situation de pauvreté peut évidemment passer par la hausse du montant des prestations d’assistance sociale, mais aussi par celle du salaire minimum ou du crédit d’impôt pour solidarité, ou même par l’élargissement du crédit d’impôt pour soutien aux aîné.es à l’ensemble des aîné.es. Il est de la responsabilité du gouvernement d’assurer au minimum la couverture des besoins de base. C’est une simple question de respect de la dignité et des droits des personnes en situation de pauvreté. »

En terminant, le Collectif pour un Québec sans pauvreté, le FRAPRU et le RAPSIM ont tenu à rappeler que de simplement répondre à quelques urgences ne réglera pas les problèmes. Le gouvernement doit selon eux s’assurer que les mesures annoncées lors la mise à jour économique contribueront durablement à lutter contre la pauvreté et l’appauvrissement. Et il ne s’agit là que d’une première étape.

Au-delà de la mise à jour économique, le gouvernement doit déjà penser au prochain budget et au 4e plan de lutte contre la pauvreté, qui est attendu en 2024. Voilà une belle occasion de doter le Québec d’un plan d’action cohérent et ambitieux, qui visera la sortie de la pauvreté de l’ensemble de la population.

Pour sa part, le Plan d’action gouvernemental en habitation attendu incessamment devra absolument contenir des mesures structurantes comme le financement suffisant et pluriannuel du logement social, incluant celui d’un programme d’habitations à loyer modique pour répondre aux besoins des locataires les plus pauvres, soutiennent les trois organisations qui espèrent une cohérence avec les objectifs du plan de lutte contre la pauvreté et ceux de la Politique nationale de lutte à l’itinérance.

Éric Beaupré
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