Crise du logement : à Drummondville, 135 ménages ne sont pas parvenus à se trouver un logement il faut s’attaquer à la crise dénonce le FRAPRU

Crise du logement : à Drummondville, 135 ménages ne sont pas parvenus à se trouver un logement il faut s’attaquer à la crise dénonce le FRAPRU
© Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Les centaines de ménages locataires qui sont toujours sans logis et tous ceux qui s’ajouteront au cours des jours et des semaines à venir sont des révélateurs d’une crise beaucoup plus profonde, à laquelle il faudra rapidement s’attaquer pour éviter la répétition année après année de tels drames humains, à Drummondville, 135 ménages qui ne sont pas parvenus à se trouver un logement pour le 1 juillet. 

C’est ce qu’affirme Véronique Laflamme, porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), lors de son 22e bilan annuel, au lendemain de la journée traditionnelle des déménagements.

L’organisme réclame que tous les partis politiques en lice pour les élections du 3 octobre s’engagent à mettre sur pied des mesures structurantes de sortie de crise, incluant un grand chantier de 50 000 logements sociaux sous différentes formes en cinq ans, de même qu’un renforcement de la protection légale des locataires et du parc de logements locatifs encore abordables qui s’effrite rapidement.

Le FRAPRU, qui dresse un bilan du 1er juillet pour la 22ième année consécutive, considère que l’année 2022 est l’une des pires qu’ait connues le Québec depuis le début du millénaire. Véronique Laflamme s’en explique : « En s’en tenant aux seuls chiffres officiels fournis par les services d’aide d’urgence mis en place par les municipalités ou les offices d’habitation, on arrive à au moins 4000 ménages qui ont réclamé de l’aide pour se trouver un toit cette année. De ce nombre, au moins 600 ménages sont toujours suivis par un service d’aide, et sont hébergés soit par des villes, soit par des proches ».

Partout au Québec

Selon le FRAPRU, jamais par le passé la présence de ménages locataires se retrouvant sans bail suivis par un service d’aide n’a-t-elle aussi répandue autour du 1er juillet. Ainsi, à Drummondville, 135 ménages qui ne sont pas parvenus à se trouver un logement sont toujours suivis par l’office d’habitation. À Sherbrooke, c’est le cas de 50 ménages, à Granby de 20, à Cowansville de 23. À Trois-Rivières, de 24. À Rimouski, de 10 ménages. À Joliette, de 10. Des ménages accompagnés par un service d’aide sont dans cette situation de précarité au lendemain du 1er juillet également sur la Rive-Sud, comme à Longueuil (17), Saint-Hyacinthe (15) et dans la MRC du Roussillon incluant Châteauguay (10). À Saguenay, 13 ménages n’ayant pas réussi à signer un nouveau bail étaient toujours suivis le 1er juillet.

Les plus grandes villes ne sont pas épargnées. Ainsi, même si le taux de logements inoccupés est monté à 3,7 % sur l’Île de Montréal, 118 ménages suivis par le service d’aide sont toujours sans logement. L’an dernier ce nombre avait pratiquement doublé dans les 2 premières semaines de juillet. À Québec, il y en 55. À Laval, 19. À Gatineau, alors que ce n’est pas nécessairement durant la période du 1er juillet que les ménages se retrouvent en difficulté en grand nombre, 40 ménages locataires sont présentement sans bail et suivis par le service d’aide. Ce nombre ne comprend pas les ménages gatinois, dont de nombreuses familles, en situation d’hébergement temporaire depuis souvent plusieurs mois, voire plus d’un an, et qui sont suivis par les organismes communautaires.

Le FRAPRU est persuadé que le nombre de ménages en difficulté est encore plus élevé, puisque beaucoup de familles et de personnes ne se sont pas encore manifestées. Le regroupement pour le droit au logement considère que les insuffisances du programme d’aide annoncé par le gouvernement Legault sont notamment en cause, plusieurs municipalités n’y ayant de toute évidence pas vu un incitatif suffisant pour assumer cette responsabilité exigeante et craignant de se retrouver avec une trop grosse facture.

Le FRAPRU estime par ailleurs que le nombre de sans n’est qu’un pâle reflet des difficultés extrêmes ayant entouré le 1er juillet 2022, beaucoup de ménages ayant dû se résoudre, pour ne pas se retrouver sans toit, à louer un appartement trop cher, trop petit pour leur famille ou insalubre. D’autres ont été dépannés par leur famille ou leur réseau, sans contacter les services d’aide.

S’attaquer à la crise

Selon le FRAPRU, les annonces des derniers jours du gouvernement caquiste dans le « logement abordable » démontrent que la crise du logement n’a pas été prise au sérieux durant son mandat. Alors que celui-ci arrive à sa fin, non seulement il a échoué à respecter son engagement de livrer l’entièreté des 15 000 logements sociaux déjà promis dans le programme AccèsLogis, mais plusieurs projets ne sont même pas entièrement financés. Il n’y ajouté que 500 nouvelles unités en mars 2021. Sur le plan législatif, il n’a adopté que des demi-mesures.

L’organisme réclame que le prochain gouvernement fasse beaucoup mieux, en adoptant des mesures structurantes permettant de s’attaquer à la crise dans toutes ses dimensions : sévère pénurie de logements locatifs vécue presque partout au Québec; cherté des loyers, surtout dans les logements disponibles à la location; évictions, reprises de logements, rénovictions, changements d’affectation de résidences privées pour aînés; utilisation de logements locatifs à des fins de location temporaire pour touristes, du genre Airbnb.

Le FRAPRU demande à tous les partis de s’engager à livrer tous les logements manquants dans le programme AccèsLogis et à financer 50 000 logements sociaux en cinq ans sous la forme d’habitations à loyer modique, de coopératives d’habitation locatives et de logements gérés par des organismes sans but lucratif. Un tel chantier devrait aussi prévoir un programme d’acquisition d’immeubles locatifs pour les sortir de la spéculation.

Sur le plan législatif, le FRAPRU réclame que les partis s’engagent à imposer un contrôle obligatoire de tous les loyers privés, appuyé par un registre des loyers. Il revendique que les partis modifient le Code civil pour protéger plus efficacement les locataires contre les évictions sous toutes leurs formes et sauvegarder le parc de logements locatifs. L’organisme insiste enfin pour que toutes ces mesures s’inscrivent dans une politique globale en habitation basée sur la reconnaissance formelle du droit au logement.

Éric Beaupré
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