Saint-Cyrille-de-Wendover / Centre-du-Québec
Groupe Chanv veut faire reconnaître une industrie en pleine évolution @ Photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Pour Dany Lefebvre, fondateur et chef de la direction de Groupe Chanv, la rencontre avait quelque chose de symbolique. Autour de lui étaient réunis des entrepreneurs de l’industrie, des représentants des milieux socioéconomiques, des élus et des acteurs politiques venus entendre les réalités et les préoccupations d’un secteur qui cherche encore à mieux se faire connaître.
Dans les champs et les installations de l’entreprise, situés à Saint-Cyrille-de-Wendover, près de Drummondville, le chemin parcouru est aujourd’hui bien visible.
Groupe Chanv compte une centaine d’employés et cultive environ 40 000 plants, selon Dany Lefebvre. Derrière ces chiffres se trouvent des années de développement dans un secteur où les entrepreneurs ont dû apprendre à composer avec un cadre réglementaire particulièrement exigeant, mais également avec les perceptions qui continuent d’être associées au cannabis.
« Le vent d’en face, maintenant, c’est terminé. On veut que le vent change de bord », a-t-il résumé en entrevue au Vingt55. Treize ans à bâtir dans une industrie en transformation
L’histoire de Groupe Chanv s’est développée parallèlement à une transformation majeure de l’encadrement du cannabis au Canada a précisé Dany Lefebvre La légalisation du cannabis récréatif est entrée en vigueur en 2018, mais Dany Lefebvre rappelle que son entreprise évolue dans cet univers depuis bien avant cette étape. Il affirme prendre des risques « du matin au soir depuis 13 ans » afin de développer une entreprise capable de travailler avec différentes composantes de la plante et de transformer cette matière première en produits commercialisables de rappeler chef de la direction de Groupe Chanv.
Culture, transformation, produits de cannabis, produits de santé naturels et recherche font aujourd’hui partie d’un modèle d’affaires qui cherche à tirer davantage de valeur de la plante.
Groupe Chanv dispose notamment de différentes licences lui permettant de travailler autant avec la graine de chanvre qu’avec des produits de santé naturels et des produits de cannabis. Cette intégration, du champ jusqu’au produit fini, permet à l’entreprise de conserver un meilleur contrôle sur sa matière première, un élément que Dany Lefebvre considère essentiel afin d’obtenir des produits constants d’une production à l’autre.
Dany Lefebvre accueillait aujourd’hui la tournée régionale de l’Association québécoise de l’industrie du cannabis (AQIC), @ Photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
« Bien plus qu’un champ de cannabis » C’est l’un des messages que Dany Lefebvre voulait faire passer aux invités présents à Saint-Cyrille-de-Wendover.
Pour une partie du public, le cannabis demeure essentiellement associé à sa consommation récréative. Pour les entrepreneurs réunis lors de la tournée de l’AQIC, cette perception ne représente qu’une partie de la réalité industrielle qui s’est développée depuis la légalisation.
Dany Lefebvre parle plutôt d’une matière première complexe comportant des centaines de molécules et nécessitant un important travail de recherche, de contrôle et de standardisation. Groupe Chanv travaille notamment avec une quarantaine de variétés différentes. Chacune possède ses propres caractéristiques et exige, selon l’entrepreneur, une connaissance précise afin d’arriver à produire de façon constante.
L’objectif est notamment d’arriver à reproduire un produit avec suffisamment de constance pour qu’un consommateur qui le rachète puisse retrouver les mêmes caractéristiques. Cette recherche de standardisation représente, explique Dany Lefebvre, une partie importante de l’avenir de l’industrie.
« Cette industrie-là va évoluer. Dans 10 ans, dans 20 ans, dans 30 ans, on va être vraiment ailleurs », a-t-il fait valoir pendant le panel.
Lors du panel, Timothée Gauthier, dirigeant de Greentone, a expliqué que son entreprise travaille notamment avec l’Université du Québec à Trois-Rivières dans le domaine de la recherche génétique.
Il a également insisté sur le niveau de contrôle imposé aux entreprises de cannabis, notamment en matière de sécurité, de qualité et de conformité réglementaire. Selon lui, cette réalité demeure largement méconnue du public.
Pour les entrepreneurs présents, il s’agit justement d’un des paradoxes de leur industrie : alors que leurs installations et leurs méthodes de production sont fortement encadrées, ils estiment devoir encore convaincre une partie de la population et des décideurs du sérieux de leurs activités.
Les entrepreneurs ne réclament pas nécessairement la disparition de cet encadrement. Lors du panel, Timothée Gauthier a d’ailleurs insisté sur l’importance de maintenir un cadre réglementaire solide. Ils souhaitent toutefois que celui-ci puisse évoluer avec une industrie qui, elle-même, a considérablement changé depuis la légalisation.
Transformer ce qui est aujourd’hui perdu
Dany Lefebvre voit également un potentiel économique dans ce qui est actuellement perdu après certaines récoltes. À Saint-Cyrille-de-Wendover, une partie de la fibre et des résidus végétaux issus des plants est actuellement détruite à la fin des récoltes.
Selon lui, cette matière pourrait éventuellement trouver une deuxième vie dans d’autres secteurs industriels a t-il résumé en entrevue au Vingt55
Matériaux de construction, pâtes et papiers ou autres produits transformés, Dany Lefebvre estime qu’une meilleure intégration entre les entreprises pourrait permettre de développer de nouvelles filières à partir de ce qui constitue aujourd’hui un résidu. Il affirme toutefois que certaines entreprises hésitent encore à travailler avec cette matière en raison notamment d’enjeux liés aux assurances, aux institutions financières et à la réglementation.
Pour Groupe Chanv, c’est précisément là que pourrait se trouver une partie du prochain chapitre, ne plus seulement cultiver et transformer, mais créer des ponts avec d’autres industries québécoises.
Une centaine d’emplois aujourd’hui, davantage demain? Cette vision de l’avenir passe également par l’emploi.
Groupe Chanv compte actuellement une centaine de travailleurs, selon Dany Lefebvre. L’entrepreneur ne cache pas ses ambitions. Si les conditions deviennent plus favorables au développement de l’industrie, il estime que cette centaine d’emplois pourrait éventuellement devenir 200.
Il ne présente toutefois pas cette croissance comme acquise. Elle dépendra notamment de l’évolution du marché, de la réglementation et de la capacité des entreprises québécoises à développer de nouveaux débouchés.
C’est précisément pourquoi Dany Lefebvre souhaite que les décideurs regardent désormais cette industrie non seulement sous l’angle du cannabis, mais également sous ceux de l’agriculture, de la transformation, de l’innovation et du développement économique. « Nous autres aussi, on est des agriculteurs, on est des commerçants, on crée de la valeur », a-t-il fait valoir.
Selon les chiffres avancés par Dany Lefebvre, l’industrie québécoise représenterait environ 8 000 emplois et 1,4 milliard de dollars de PIB. Il soutient qu’elle est devenue en quelques années une activité agricole importante et qu’elle devrait être considérée comme telle par les gouvernements.
L’entrepreneur rappelle également que les entreprises de son secteur doivent interagir avec plusieurs ministères et organismes, notamment dans les domaines de l’économie, de l’agriculture, de l’innovation et de la santé.
Son message aux décideurs est donc de prendre le temps d’analyser cette industrie comme une véritable filière économique.
Dany Lefebvre affirme par ailleurs que Groupe Chanv verse près d’un million de dollars en droits d’accise. Il a également cité l’exemple de Greentone pour illustrer l’importance des sommes générées par certaines entreprises du secteur.
La présence de l’AQIC à Saint-Cyrille-de-Wendover s’inscrit dans une tournée visant justement à provoquer ce genre de rencontres.
L’objectif annoncé est de réunir non seulement les entreprises et les marques de l’industrie, mais également les acteurs socioéconomiques et politiques des régions visitées.
L’association souhaite ainsi faire connaître l’industrie tout en allant à l’écoute des préoccupations propres aux différentes communautés.
Le panel tenu chez Groupe Chanv a notamment permis d’aborder la réglementation, la recherche, la perception du cannabis, le développement économique et la capacité de l’industrie à se faire reconnaître comme un secteur structuré.
Pour Dany Lefebvre, l’une des meilleures façons de faire évoluer les perceptions demeure encore de montrer concrètement ce qui se passe derrière les portes de son entreprise.
À quelques kilomètres de Drummondville, le modèle développé à Saint-Cyrille-de-Wendover couvre aujourd’hui plusieurs étapes de la chaîne. La plante est cultivée, étudiée et transformée avant d’être intégrée à différents produits.
Cette capacité à contrôler la matière première représente, selon lui, un avantage important pour obtenir une meilleure constance et développer plus efficacement les produits.
Treize ans après les débuts évoqués par Dany Lefebvre, Groupe Chanv n’est donc plus seulement dans une logique de démarrage, précise son chef de la direction.
L’entreprise possède aujourd’hui ses installations, ses cultures, ses employés, différentes licences, des produits commercialisés et plusieurs pistes de développement.
Mais son dirigeant estime que la prochaine étape ne dépend plus uniquement des entrepreneurs. Elle dépendra aussi des décisions réglementaires et politiques qui encadreront le secteur au cours des prochaines années.
« On est prêts à travailler », insiste-t-il, pour lui, les conditions naturelles du Québec, son agriculture et le savoir-faire développé par les producteurs pourraient permettre à la province d’occuper une place beaucoup plus importante dans cette industrie.
Il va même jusqu’à imaginer le Québec devenir un territoire reconnu internationalement pour son expertise. « On pourrait vraiment devenir au cannabis ce que Bordeaux est au vin », avance Dany Lefebvre. Une comparaison ambitieuse, mais qui traduit la vision d’avenir défendue par l’entrepreneur lors du passage de l’AQIC à Saint-Cyrille-de-Wendover.
Après avoir consacré une bonne partie des dernières années à expliquer ce qu’est son industrie, Dany Lefebvre veut désormais parler de ce qu’elle pourrait devenir, a-t-il confié en entrevue au Vingt55.
Groupe Chanv estime avoir franchi l’étape où il devait simplement démontrer qu’il pouvait exister. L’entreprise veut maintenant montrer jusqu’où elle peut aller, a fait valoir Dany Lefebvre devant des représentants de l’industrie, des élus et différents partenaires réunis pour l’occasion.

Groupe Chanv veut faire reconnaître une industrie en pleine évolution @ Photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.


























