DRUMMONDVILLE
À Drummondville, comme dans de nombreuses villes de la province, le constat est évident : la hausse du nombre d’étudiants qui consomment des produits de vapotage et leurs dérivés est bien visible. Autour des milieux scolaires ou dans les endroits fréquentés par les adolescents, l’usage des vapoteuses fait légion. Les statistiques démontrent d’ailleurs une augmentation inquiétante de ce phénomène.
Hausse du vapotage chez les adolescents @ Crédit photo archives Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Devant le silence de la nouvelle ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel, au sujet de la crise du vapotage chez les jeunes, des groupes de santé réitèrent l’urgence d’introduire de nouvelles mesures. Ils attirent notamment son attention sur le nombre alarmant d’élèves qui ont commencé à vapoter depuis son entrée en poste.
Une campagne d’affichage choc dans la circonscription de la ministre
C’est par une publicité installée dans des abris d’autobus de la circonscription de la ministre (Papineau) que les groupes espèrent la convaincre d’agir sans délai pour renforcer et finaliser le règlement fédéral, déposé il y a quatre ans, visant à limiter les saveurs dans les produits de vapotage.
La publicité présente un compteur mis à jour quotidiennement. Celui-ci indique que, depuis la nomination de Mme Michel le 13 mai dernier, 20 045 élèves du secondaire à travers le pays ont commencé à vapoter. Cette estimation repose sur les données 2022-2023 de l’Enquête canadienne sur l’alcool et les drogues chez les élèves (ECADE), auxquelles s’ajoute le rapport sommaire 2023-2024 confirmant l’absence de changement statistique.
La question posée est directe : « À quand l’interdiction fédérale des saveurs de vapotage? » Le message est endossé par l’Association pulmonaire du Québec, Action sur le tabagisme et la Santé (ASH Canada), la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac (CQCT), le Conseil québécois sur le tabac et la santé (CQTS) ainsi que les Médecins pour un Canada sans fumée.
Des taux de vapotage préoccupants
« Avec des taux de vapotage chez les jeunes qui demeurent obstinément élevés, comment le fédéral peut-il justifier une autre rentrée scolaire sans nouvelles mesures? », s’interroge Flory Doucas, codirectrice et porte-parole de la CQCT.
« Le gouvernement fédéral doit agir de manière concrète et urgente en interdisant immédiatement, à l’échelle nationale, les produits de vapotage aromatisés aux fruits et à la menthe. Quatre ans après avoir reconnu l’attrait de ces saveurs pour les jeunes, il est scandaleux que le projet de règlement reste lettre morte depuis 2021. »
Même son de cloche du côté de Dominique Massie, directrice générale de l’Association pulmonaire du Québec :
« Combien d’autres adolescents devront devenir dépendants à la nicotine avant que le gouvernement fédéral n’intervienne pour empêcher l’industrie de séduire les jeunes avec des saveurs ludiques et alléchantes? »
Les provinces limitées par les failles fédérales
Pour Jacques Gauthier, directeur général du CQTS, l’absence de réglementation ferme au niveau fédéral empêche les provinces de protéger efficacement leurs jeunes :
« Malgré certaines règles, notamment au Québec, l’industrie exploite les failles fédérales pour attirer les adolescents. Le gouvernement continue de permettre aux fabricants d’aromatiser leurs produits et de les vendre en ligne à travers le pays, sapant ainsi les interdictions provinciales. »
Plusieurs provinces et territoires, dont le Québec, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut, ont déjà adopté des interdictions. Or, une réglementation fédérale mettrait fin à la vente de produits aromatisés à partir de provinces plus permissives vers celles qui appliquent des restrictions.
De plus, la panoplie de fausses saveurs dites de « tabac » disparaîtrait également, car seuls les additifs autorisés par une liste prédéterminée pourraient être utilisés. L’interdiction fédérale des ventes en ligne contribuerait aussi à limiter les produits non conformes.
L’attrait persistant chez les jeunes
« Plusieurs de mes jeunes patients m’ont dit en octobre 2023 que l’interdiction des arômes au Québec serait le facteur décisif pour arrêter de vapoter. Or, près de deux ans plus tard, les produits aromatisés restent beaucoup trop accessibles », déplore le Dr Nicholas Chadi, pédiatre et clinicien-chercheur en médecine de l’adolescence et toxicomanie.
Il rappelle que les risques liés à la nicotine demeurent trop banalisés : dépendance, effets sur la santé et atteintes au développement des jeunes.
Mme Doucas insiste « Comme pour les cigarettes, il faudra agir sur plusieurs fronts. Mais il faut commencer par l’essentiel : interdire les saveurs de fruits et de menthe, ainsi que les ventes en ligne, à l’échelle nationale. L’expérience québécoise montre bien que l’industrie contourne les restrictions locales en livrant depuis des provinces plus laxistes. »
Nécessité d’une action fédérale rapide
« Nous exhortons la ministre Michel à rejeter l’approche du laisser-faire de ses prédécesseurs et à finaliser sans délai la réglementation sur les saveurs », affirme M. Gauthier.
En mai dernier, le gouvernement de l’Ontario lui-même a demandé à Ottawa de collaborer avec les provinces et territoires pour trouver des solutions au commerce en ligne des produits du tabac.
« Étant donné les risques bien établis de la nicotine, les ventes de cigarettes, qu’elles soient conventionnelles ou électroniques, devraient uniquement se faire en personne, comme au Québec. Il revient à la ministre fédérale d’étendre cette mesure à l’ensemble du pays. » de conclure Mme Doucas

Hausse du vapotage chez les adolescents @ Crédit photo archives Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.









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