DRUMMONDVILLE
Hébergement Alzheimer, la fermeture de la Maison Myosotis devenue inévitable @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
C’est la fin d’un chapitre important pour la Société Alzheimer Centre-du-Québec. Après près de trois décennies à accueillir des personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer ou d’autres troubles neurocognitifs, la Maison Myosotis cessera progressivement ses activités d’hébergement, a annoncé la direction lors d’une conférence de presse tenue ce matin dans les locaux de MAPÉ Stratégie et affaires publiques, situés au centre-ville de Drummondville.
L’annonce a été faite mercredi matin par Michèle Boulard, présidente du conseil d’administration, et Valérie Richer, directrice générale de la Société Alzheimer Centre-du-Québec.
La fermeture deviendra effective lorsque les 12 résidents actuels auront tous été relocalisés, ou au plus tard le 10 février 2027. Du côté du personnel, 19 employés, notamment dans les soins, la cuisine et l’animation, seront directement touchés.
La décision ne signifie toutefois pas la fermeture de la Société Alzheimer Centre-du-Québec, insiste l’organisation. Ses activités de soutien psychosocial, de répit-stimulation, d’accompagnement des proches, de formation et de sensibilisation se poursuivront à travers la région.
En entrevue au Vingt55 à la suite de l’annonce, Valérie Richer explique que la fermeture ne découle pas d’un seul problème, mais d’une accumulation d’enjeux organisationnels, financiers et opérationnels.
L’état de la Maison Myosotis figure parmi ceux-ci. En effet, une inspection exhaustive du bâtiment réalisée en 2023 avait fait ressortir plusieurs travaux à effectuer ainsi que certaines limites liées à l’âge de l’édifice et à l’espace disponible.
Questionnée par le Vingt55 sur l’ampleur des investissements qui auraient été nécessaires, la directrice générale précise que les estimations réalisées à l’époque étaient sommaires, mais qu’il était déjà question de plusieurs millions de dollars.
Elle souligne également qu’entreprendre des travaux majeurs dans un bâtiment de cet âge aurait entraîné l’obligation de répondre aux normes actuelles, une avenue que l’organisme jugeait difficilement réalisable dans les espaces existants tout en maintenant les résidents sur place.
« C’était des millions de dollars pour mettre aux normes », précise-t-elle en entrevue avec le Vingt55, ajoutant que les coûts de construction ont depuis considérablement augmenté.
Une décision étudiée pendant plusieurs années, le scénario de fermeture n’a pas été décidé précipitamment.
Après l’analyse du bâtiment en 2023, le conseil d’administration a créé en 2024 un comité chargé d’examiner différentes possibilités pour l’avenir de l’hébergement. Un consultant externe a ensuite été mandaté afin d’approfondir l’analyse.
Différents scénarios auraient été considérés, dont la relocalisation du service. Des ressources d’hébergement comparables ont également été visitées afin d’examiner leur fonctionnement.
Les enjeux de recrutement et de rétention du personnel ont aussi fait partie de l’équation.
Questionné par le Vingt55 sur l’enjeu de main-d’œuvre « Le contexte de main-d’œuvre actuel, le contexte économique actuel font partie des éléments qui ont été analysés et qui ont contribué à la décision », confirme Valérie Richer au Vingt55.
La directrice générale résume la situation en affirmant que l’organisme n’a plus la capacité structurelle et financière de soutenir une résidence fonctionnant 24 heures sur 24, sept jours sur sept, tout en maintenant le niveau d’expertise et l’approche souhaités.
Un besoin qui, lui, continue d’augmenter, la fermeture survient pourtant dans un contexte où les besoins liés aux troubles neurocognitifs sont loin de diminuer.
Selon les données présentées par l’organisme, plus de 6 000 personnes vivent avec la maladie d’Alzheimer ou un autre trouble neurocognitif au Centre-du-Québec. La Société rapporte également une augmentation de 37 % des interventions en soutien psychosocial au cours de la dernière année.
C’est précisément cette évolution de la demande qui amène l’organisation à vouloir concentrer davantage ses ressources sur les services offerts dans la communauté.
En entrevue avec le Vingt55, Valérie Richer indique notamment qu’environ 180 familles ont reçu des services de répit à domicile au cours de la dernière année, totalisant plus de 22 000 heures de services. Une trentaine d’accompagnateurs offrent ces services à domicile dans la région.
Les 12 résidents actuels ne seront pas retournés à domicile, assure la directrice générale en réponse aux questions du Vingt55.
Ils seront relocalisés dans une ressource correspondant à leurs besoins, soit notamment en résidence privée pour aînés (RPA) ou en CHSLD, selon leur profil et l’évolution de leur maladie. La démarche sera réalisée en collaboration avec Santé Québec Mauricie–Centre-du-Québec–Universitaire.
« Il n’y a personne qui est retourné dans le milieu parce que ce sont des gens qui ont des besoins importants », précise Valérie Richer, qui se dit confiante quant au processus de relocalisation. L’échéancier de plusieurs mois doit justement permettre d’effectuer cette transition progressivement plutôt que de déplacer précipitamment les résidents.
Un vide dans l’offre d’hébergement
Questionnée par le Vingt55 sur le paradoxe entre des besoins croissants et la disparition de 12 places spécialisées, la directrice générale reconnaît que la fermeture laissera un espace dans l’offre actuelle.
« C’est effectivement un trou qu’on crée », admet-elle. Elle rappelle toutefois que la Maison Myosotis n’est pas la seule ressource pouvant accueillir des personnes présentant des troubles neurocognitifs et souligne que davantage d’efforts sont aujourd’hui consacrés au maintien à domicile.
Elle constate également que les personnes arrivent désormais à la Maison Myosotis à des stades plus avancés de la maladie qu’auparavant, notamment parce qu’elles demeurent plus longtemps à domicile.
L’organisme continuera par ailleurs d’offrir de la formation professionnelle aux RPA afin d’outiller leur personnel dans ses interventions auprès des personnes vivant avec des troubles neurocognitifs.
Les proches dont un membre de la famille vit en résidence pourront également continuer d’utiliser les groupes de soutien et les services psychosociaux de la Société.
Santé Québec avait été informé des difficultés
Le Vingt55 a également demandé à la direction si Santé Québec avait été interpellé avant que la décision définitive soit prise. Valérie Richer confirme que l’organisation avait fait connaître ses enjeux et ses difficultés.
Selon elle, malgré l’écoute et l’« empathie » démontrées devant la situation, il n’était pas possible d’obtenir un soutien financier supplémentaire ni une augmentation du nombre de lits. Santé Québec participera toutefois activement à la prochaine étape, soit la relocalisation des 12 résidents. « Pour l’instant, la collaboration qu’on a, c’est vraiment dans tout le processus de relocalisation où ils sont très disponibles », précise la directrice générale.
19 employés directement touchés, la fermeture aura également des conséquences pour les employés de la Maison Myosotis.
Sur les quelque 75 employés que compte l’ensemble de la Société Alzheimer Centre-du-Québec, environ 19 travaillent au volet hébergement et sont directement concernés par la décision.
Des démarches ont été entreprises avec Services Québec afin de les accompagner dans leur réorientation et leur recherche d’emploi. Les autres équipes de l’organisation poursuivront leurs activités. La Société possède notamment des services à Drummondville et Victoriaville et offre du soutien à travers l’ensemble du Centre-du-Québec.
Interrogé par le Vingt55, le député de Drummond–Bois-Francs, Sébastien Schneeberger, affirme pour sa part avoir appris la décision de fermeture comme le public.
Le député indique ne pas avoir été interpellé récemment par l’organisme concernant les difficultés qui conduisent aujourd’hui à la fermeture du volet hébergement. Il rappelle toutefois être déjà intervenu dans le passé dans le dossier de la Société Alzheimer Centre-du-Québec et confirme qu’une aide gouvernementale d’environ 500 000 $ avait alors été accordée à l’organisme. M. Schneeberger estime que la situation représente surtout un stress supplémentaire pour les familles concernées, alors que celles-ci devront maintenant composer avec le changement de milieu de vie de leur proche.
Une fermeture, mais pas celle de la Société Alzheimer. C’est le message sur lequel la direction insiste particulièrement : la Société Alzheimer Centre-du-Québec ne ferme pas.
Pour Michèle Boulard, présidente du conseil d’administration, il s’agit de la fin d’un chapitre, mais pas d’un recul de la mission.
« Cette décision est la fin d’un chapitre très important et significatif pour la Société, mais ce n’est pas la fin de l’organisme et de tous les autres services, bien au contraire. C’est une décision qui vient avec la volonté de poursuivre notre mission et de demeurer présents pour les familles touchées par les troubles neurocognitifs au Centre-du-Québec. »
Valérie Richer tient finalement à souligner le travail accompli pendant près de 30 ans par les employés, bénévoles, donateurs et partenaires, mais surtout la confiance des familles qui ont confié un proche à la Maison Myosotis.
La direction a profité de l’occasion pour remercier chaleureusement les partenaires et les organismes qui, au fil des années, ont croisé le chemin de l’organisation, tout comme les nombreux bénévoles qui ont contribué à sa mission. Une bénévole, notamment, s’est particulièrement démarquée au cours des dernières années par son engagement soutenu, contribuant à bonifier la qualité des services offerts aux résidents de l’organisme.
Un choix déchirant et un véritable crève-cœur, mais l’organisation a aujourd’hui atteint ses limites en matière d’hébergement, ont confié Valérie Richer et Michèle Boulard.
Pour la direction, la priorité des prochains mois est maintenant clairement établie, accompagner les 12 résidents, leurs familles et les 19 employés touchés jusqu’à la fermeture définitive de la Maison Myosotis, au plus tard le 10 février 2027.

Hébergement Alzheimer, la fermeture de la Maison Myosotis devenue inévitable @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.













