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Jeunes travailleurs et PME : les PME peinent à recruter malgré le chômage chez les jeunes

Jeunes travailleurs et PME : les PME peinent à recruter malgré le chômage chez les jeunes
les PME peinent à recruter malgré le chômage chez les jeunes @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Le chômage chez les jeunes continue de grimper au Canada et les petites entreprises du Centre-du-Québec commencent elles aussi à ressentir de plus en plus les impacts de ce décalage grandissant entre les attentes des jeunes travailleurs et la réalité du marché de l’emploi régional.

C’est du moins ce qui ressort du plus récent rapport de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), rendu public mercredi, qui met en lumière les difficultés croissantes vécues autant par les PME que par les jeunes en recherche d’emploi.

Selon la FCEI, un important fossé se creuse actuellement entre la manière dont les employeurs recrutent et la façon dont les jeunes cherchent un emploi. Alors que près des deux tiers des propriétaires de petites entreprises privilégient encore largement les contacts personnels et les références pour embaucher, près de trois jeunes sur quatre utilisent principalement les plateformes numériques de recherche d’emploi comme Indeed ou LinkedIn.

« Nous avons actuellement deux groupes, les employeurs et les jeunes en recherche d’emploi, qui sont de plus en plus en décalage », explique Bérengère Fouqueray, analyste de la recherche à la FCEI. « Les PME recrutent par l’intermédiaire de réseaux de confiance et recherchent des compétences générales, tandis que de nombreux jeunes privilégient les sites de recherche d’emploi. Ils risquent ainsi de passer à côté de postes à pourvoir, ce qui alimente le taux élevé de chômage chez les jeunes », ajoute-t-elle.

Une réalité qui rejoint directement plusieurs enjeux déjà observés à Drummondville et dans l’ensemble du Centre-du-Québec, où de nombreuses PME, commerces de proximité, entreprises manufacturières, restaurants et entreprises de services peinent actuellement à recruter de nouveaux travailleurs malgré des besoins encore importants sur le terrain.

Dans plusieurs secteurs régionaux, le recrutement fonctionne encore énormément par bouche-à-oreille, références locales ou réseaux de contacts directs. Une approche qui contraste avec les habitudes des jeunes générations davantage tournées vers les plateformes numériques. Plusieurs employeurs de la région mentionnent également que les jeunes candidats arrivent souvent avec des attentes salariales ou des disponibilités qui ne correspondent pas toujours à la réalité des opérations des PME locales.

Le rapport révèle également que les propriétaires de PME accordent beaucoup plus d’importance aux compétences générales qu’aux diplômes ou à l’expérience lorsqu’ils embauchent de jeunes travailleurs. Une attitude positive, la motivation et le professionnalisme figurent parmi les qualités les plus recherchées par les employeurs.

Or, plusieurs entreprises affirment éprouver des difficultés croissantes liées à la stabilité, à la motivation et à la rétention des jeunes employés, particulièrement dans certains secteurs plus exigeants physiquement ou comportant des horaires atypiques. La FCEI souligne notamment qu’environ la moitié des jeunes Canadiens refusent désormais d’envisager des emplois nécessitant des efforts physiques importants ou des quarts de nuit réguliers. Près de deux jeunes sur cinq disent aussi ne pas vouloir travailler principalement à l’extérieur.

« La réalité, c’est qu’il existe des emplois que les jeunes Canadiens ne veulent pas, ne peuvent pas ou ne sont pas prêts à occuper », souligne Bérengère Fouqueray.

Dans le Centre-du-Québec, cette réalité touche particulièrement certains secteurs névralgiques de l’économie régionale, notamment le manufacturier, l’agriculture, la transformation alimentaire, la restauration, l’hébergement, la construction et plusieurs métiers spécialisés. Plusieurs employeurs évoquent déjà depuis plusieurs années des difficultés importantes à recruter des travailleurs spécialisés ou à assurer une relève stable au sein de leurs équipes.

Le contexte économique actuel vient également compliquer davantage la situation. La FCEI rappelle que plusieurs PME évoluent maintenant dans un climat de ralentissement économique, marqué par une hausse des coûts d’exploitation, des charges salariales et de l’incertitude économique.

À Drummondville comme ailleurs dans le Centre-du-Québec, plusieurs entreprises doivent composer avec l’augmentation des coûts énergétiques, la hausse des assurances, les coûts de transport, les pressions réglementaires ainsi qu’une concurrence salariale plus forte pour attirer les travailleurs qualifiés. Dans ce contexte, plusieurs PME hésitent désormais à agrandir leurs équipes ou à investir davantage dans la formation de nouveaux travailleurs sans expérience.

« Le contexte d’embauche est actuellement beaucoup plus contraignant pour les PME. Compte tenu des pressions économiques actuelles, elles hésitent à agrandir leurs équipes et font preuve de beaucoup plus de prudence lorsqu’il s’agit d’embaucher de nouveaux employés », fait remarquer Bérengère Fouqueray.

Le rapport met également en lumière les coûts souvent sous-estimés liés à l’embauche de jeunes travailleurs débutants. Formation, supervision, intégration et encadrement demandent du temps et des ressources importantes pour de petites entreprises qui fonctionnent déjà avec des marges financières limitées.

« Les jeunes travailleurs ont souvent besoin d’une formation et d’un encadrement supplémentaires, ce qui réduit le temps consacré à la gestion de l’entreprise. Ce temps correspond à un coût réel qui devrait être pris en compte dans toute politique publique visant à lutter contre le chômage des jeunes », ajoute l’analyste de la FCEI.

Dans le Centre-du-Québec, les enjeux démographiques accentuent également les défis déjà présents. Le vieillissement de la population active, les nombreux départs à la retraite ainsi que la rareté persistante de main-d’œuvre qualifiée exercent une pression importante sur plusieurs secteurs économiques régionaux. La région continue néanmoins de conserver certains avantages économiques importants, dont un tissu manufacturier reconnu, un dynamisme industriel encore solide et une position géographique stratégique qui continue d’attirer entreprises et travailleurs.

Drummondville demeure également l’un des principaux pôles industriels et logistiques du Québec, avec une économie largement soutenue par les PME locales. Toutefois, plusieurs observateurs économiques craignent que sans nouvelles mesures de soutien à la relève entrepreneuriale, à l’embauche et à la formation des jeunes travailleurs, les prochaines années deviennent plus difficiles pour plusieurs entreprises régionales déjà fragilisées par le ralentissement économique.

La FCEI réclame notamment une réduction des taxes sur la masse salariale, des crédits d’impôt permanents pour l’embauche de jeunes, une simplification des programmes gouvernementaux ainsi qu’un meilleur soutien aux programmes d’alternance travail-études et de stages afin de réduire la pression administrative sur les PME.

« Les propriétaires de PME sont fiers d’offrir aux jeunes leur premier emploi, et il est important de préserver ce rôle essentiel. Combler l’écart des attentes permettrait aux jeunes d’acquérir une expérience professionnelle précieuse, tout en aidant les entreprises à trouver les travailleurs dont elles ont besoin », conclut Bérengère Fouqueray

Éric Beaupré
PHOTOREPORTER
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