DRUMMONDVILLE
Plusieurs personnes ont pris part à la traditionnelle marche du pardon et de la réconciliation dans les rues de Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
C’est en effet le nombre de participants estimé par les organisateurs rencontrés sur place par le Vingt55. Dès le départ de la procession, deux véhicules funéraires ouvraient le cortège, suivis d’environ une centaine de marcheurs. En tête, une imposante croix, portée à tour de rôle par près d’une dizaine de participants, guidait la marche à travers différents secteurs de la ville.
En marge de la procession, les participants étaient invités à marcher en silence, à se recentrer et à prendre un moment de réflexion. Certains y voyaient une occasion de prier ou de méditer, d’autres un temps pour ralentir et faire le point.
« Écouter le silence, prendre le temps de réfléchir, poser un regard sur soi et sur les autres », résumait un marcheur rencontré sur place.
Qu’elle soit vécue comme un geste de foi ou comme une pause dans le quotidien, la marche a rassemblé des citoyens de tous horizons, chacun y trouvant un sens personnel. À Drummondville, cette tradition continue de rassembler, année après année, des participants qui perpétuent ce rendez-vous pascal, entre mémoire, spiritualité et quête de sens.
Tout au long du parcours, des messages religieux axés sur la paix, le pardon et la réconciliation ont été transmis, tantôt dans le silence, tantôt par des prises de parole ponctuées de réflexions spirituelles. Certains participants portaient une croix, symbole fort de leur démarche personnelle, évoquant à la fois l’espoir, la foi, mais aussi des épreuves plus intimes comme la pauvreté, la trahison ou le deuil.
Cette procession, tenue chaque année à Drummondville le Vendredi saint, s’inscrit dans une tradition chrétienne ancienne qui trouve ses racines dans le Chemin de croix, ou Via Crucis. Cette pratique s’inspire du parcours que Jésus aurait emprunté à Jérusalem jusqu’à sa crucifixion. Au fil des siècles, des pèlerins européens ont commencé à reproduire symboliquement ce chemin dans leurs propres villes, donnant naissance à des processions publiques qui se sont progressivement implantées ailleurs, notamment au Québec, dont à Drummondville et dans plusieurs municipalités du Centre-du-Québec.
Avec le temps, la notion de pardon s’est intégrée à cette démarche, invitant les marcheurs à reconnaître leurs fautes, à demander pardon et à se réconcilier, tant avec Dieu qu’avec les autres. Une dimension qui, encore aujourd’hui, trouve écho auprès de plusieurs participants rencontrés sur place.
Une dernière marche du pardon et de la réconciliation?
Alors que plusieurs marcheurs disent s’inquiéter de voir cette tradition fragilisée par un nouveau cadre législatif, le contexte entourant les célébrations du Vendredi saint au Québec prend une dimension particulière cette année.
Un nouveau contexte légal attend en effet les chrétiens de la province, à la suite de l’adoption, jeudi, par l’Assemblée nationale, d’une loi qui pourrait encadrer plus strictement la tenue de certaines manifestations religieuses dans l’espace public, notamment les processions du chemin de croix.
Le Minitre Jean-François Roberge, a fait adopter ce projet de loi visant à renforcer la laïcité de l’État. La pièce législative prévoit notamment l’interdiction des « prières de rue », sauf autorisation municipale encadrée par certains critères. Le Parti québécois (PQ) a appuyé le texte, tandis que les élus libéraux et solidaires s’y sont opposés. Le ministre Roberge a par ailleurs soutenu que ces manifestations pouvaient, dans certains cas, être perçues comme des gestes de provocation.
Cette tradition bien ancrée du week-end de Pâques pourrait ainsi devenir plus complexe à organiser au cours des prochaines années. Le texte législatif étend également l’interdiction du port de symboles religieux à certains employés du secteur public, dont ceux des garderies, et proscrit l’aménagement de salles de prière dans les institutions publiques.
Sur le terrain, des citoyens et des marcheurs rencontrés expriment leur incompréhension face à cette décision gouvernementale. Certains dénoncent ce qu’ils perçoivent comme un traitement inégal, évoquant l’idée qu’il ne devrait pas y avoir « deux poids, deux mesures » lorsqu’il est question de pratiques culturelles ou religieuses dans l’espace public. D’autres estiment qu’un tel virage aurait dû faire l’objet d’une consultation plus large, jugeant qu’il s’agit d’un choix de société qui mérite un débat ouvert et un engagement collectif.
Dans ce contexte, plusieurs fidèles et organisateurs s’interrogent déjà sur les impacts concrets de ces nouvelles dispositions sur la tenue des rassemblements religieux traditionnels à travers le Québec.
La marche du pardon s’inscrit également dans la tradition plus large de la réconciliation pascale, un pilier du christianisme. Les participants étaient ainsi invités à se préparer spirituellement à Pâques, qui célèbre la résurrection du Christ, par une démarche de purification intérieure.
Cette pratique a été structurée au fil du temps, notamment avec le concile de Latran IV, qui a établi l’obligation pour les catholiques de se confesser au moins une fois par année, idéalement à l’approche de Pâques.
Ainsi, la marche du pardon et la réconciliation partagent une même intention, à Drummondville comme ailleurs : préparer les fidèles à la fête pascale par un cheminement spirituel. L’une se vit dans l’espace public, de manière collective et symbolique, tandis que l’autre relève d’une démarche plus intime et personnelle.

Plusieurs personnes ont pris part à la traditionnelle marche du pardon et de la réconciliation dans les rues de Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.


















