DRUMMONDVILLE
Votre journaliste et chroniqueur littéraire du Vingt55, Jean-Sébastien Bourré, vous propose, en ce 12 août — Journée « J’achète un livre québécois » —, de mettre la main sur ses coups de cœur de l’année 2025 : la série Ma famille recomposée, déclinée en deux tomes écrits par Marie-Krystel Gendron, ainsi que Louise et les cowboys du Saint-Laurent, un roman jeunesse signé Victoria Lord.
Ma famille recomposée / Moi + Toi = 5 @ Crédit photo Jean Sébastien Bourré / Vingt55 Tous droits réservés.
Ma famille recomposée / Moi + Toi = 5
Les deux tomes de la série « Ma famille recomposée », écrite par Marie-Krystel Gendron, mettent de l’avant des thématiques familiales sous un jour peu exploité dans la littérature. En effet, le personnage de Laura Boulay, une écrivaine qui ressemble beaucoup à Marie-Krystel Gendron, fera la rencontre de l’homme de sa vie, qui est déjà père de deux enfants.
Grosses complications en vue pour cette nouvelle belle-maman qui ne sera pas appréciée de ses nouveaux beaux-enfants? Que nenni! Et c’est là que cela devient intéressant : la relation entre la belle-mère et les beaux-enfants est amenée de façon positive, où les enfants ont hâte de rencontrer la nouvelle blonde de leur père et que des liens précieux se tisseront rapidement entre eux.
Alors, donc, relation compliquée avec la maman des enfants pour la nouvelle belle-maman? Non plus, et c’est tout aussi intéressant!
Le récit commence par la rupture récente de Laura Boulay, puis son retour au « dating », à travers l’inévitable application Tinder, qui apporte son lot de crapauds… tandis que le prince charmant – Olivier –, quant à lui, se drape de calme et de mystère en faisant une simple demande d’amitié Facebook à Laura, qui n’y portera pas trop attention au départ… jusqu’au jour où les circonstances les amèneront à discuter et à se rencontrer.
Après une première date ponctuée de crampes intestinales pour Olivier, le nouvel amoureux de Laura, on les verra tranquillement amorcer leur vie à deux, puis se demander si, pour Laura, elle aura un premier enfant, tandis que pour Olivier, ce sera s’il souhaite en avoir un troisième.
Le récit est léger et définitivement près de la réalité que vivent tous les couples qui se demandent s’ils auront un jour des enfants. Les personnages nous paraissent authentiques et on s’y attache rapidement. La plume de l’écrivaine nous entraîne habilement entre deux lignes du temps différentes de la vie de Laura, puis de Laura et Olivier, puis de Laura, Olivier et ses enfants (Ma famille recomposée), puis, enfin, Laura + Olivier = 5 (Moi + Toi = 5). Dans les deux romans et le récit, caractérisé par un grand dynamisme et beaucoup d’humour, nous donne constamment envie d’en savoir davantage.
Nous avons eu le bonheur de discuter avec Marie-Krystel Gendron de sa série « Ma famille recomposée ». Voici ce qu’elle avait à nous dire!
Chère Marie-Krystel, bravo pour cette belle série! C’est très dynamique et drôle, cela fait beaucoup de bien à lire en raison de la façon dont les thèmes sont abordés. Tu m’as déjà dit que cette série était un cadeau pour ta fille, afin de lui raconter son histoire, est-ce exact?
Oui! J’ai écrit le premier tome alors que j’étais enceinte d’elle. J’avais beaucoup de temps, j’étais à la maison à cause de la pandémie. Je pense que c’est le roman que j’ai écrit le plus rapidement.
En combien de temps?
Oh! Mon Dieu! Je l’ai écrit en quelque chose comme quatre mois; d’habitude j’écris un roman en six ou sept mois, mais celui-là a vraiment coulé de source. En fait, mon but c’était, d’un, de parler à ma fille et de lui raconter mon histoire d’amour avec son père, d’où elle vient, mon histoire avec son frère et sa sœur, mais aussi, deuxièmement, de présenter un modèle de famille recomposée positif, parce que nous, on a vraiment une belle famille recomposée. Je m’entends super bien avec la mère de mes beaux-enfants. Je ne dis pas que c’est toujours facile, mais ça va vraiment bien et je trouve qu’on entend tellement souvent des histoires négatives. J’avais envie d’exposer ça, mais de donner un message d’espoir et de montrer les angoisses et les inquiétudes liées à la « belle-parentalité » aussi.
La question qui tue : ton chum a-t-il eu un droit de regard sur tes romans et était-il en accord avec tout ce que tu racontes dans ces romans?
(rires) Mon chum aurait eu un droit de regard s’il me l’avait demandé; il n’était pas très inquiet. En fait, il ne lit pas nécessairement mes romans, mais pendant que j’écris, je lui lis des passages à voix haute. C’est sûr que quand j’ai parlé de ses malaises intestinaux lors de notre première « date », il m’a dit : « Vas-tu vraiment dire ça? », j’étais comme : « Oui! » Il est juste parti à rire et c’était correct. On en a vraiment ri. J’exagère parfois en disant aux gens qu’il n’était pas au courant et qu’il n’était pas ben, ben content (rires). Ce sont de petites anecdotes comiques et le fun qui ponctuent le roman. Si ça avait été quelque chose de trop intense dans notre vécu, je ne l’aurais pas écrit. Ça reste une comédie romantique où il y a de l’émotion, mais c’est plus comique et léger que dramatique.
Est-ce que malgré le fait que tu racontes votre histoire, tu t’es permis de romancer certains faits, d’ajouter des éléments fictifs?
Oui. Ce n’est pas une autobiographie, mais bien une autofiction. Par exemple, mon personnage n’est pas coiffeuse, elle écrit, seulement. Je voulais qu’il y ait de petites distinctions avec ma vie tout de même, parce que ça me permet un petit recul. Étrangement, même si c’est le roman qui m’a pris le moins de temps à écrire, c’est un de ceux que j’avais le plus peur de présenter, en ce sens où je me disais que si les gens ne l’aiment pas, ils ne m’aimeraient pas moi et ils n’aimeraient pas ma famille. C’était ce qui m’inquiétait le plus. Je me suis permis de romancer et je le dis haut et fort : c’est une autofiction. Oui, il y a une part de vérité et il y a une part de romance, mais il y a beaucoup plus de vérité que de romance! (rires)
Ce ne sont donc pas les problèmes intestinaux qui relèvent de la fiction! (rires) Accepterais-tu de me donner un exemple d’élément que tu as ajouté à l’histoire et qui relève de la fiction, quelque chose qui n’est pas arrivé dans ta vie, par exemple?
C’est beaucoup dans la chronologie des événements, que j’ai modifiée. Ce n’est pas tant une anecdote vraiment « extraordinaire » qui ne s’est pas passée, parce que quasiment tout, je te dirais, s’est passé, mais j’ai parfois embelli ou exagéré certains faits. Les moments d’émotions, les blessures de mon beau-fils, qui se pète la margoulette tout le temps, les enfants et moi qui nouons des liens, tout ça s’est vraiment passé de cette façon-là.
T’es-tu vraiment déchiré le menton à ton accouchement?
Oui! Complètement, j’ai fait un vol plané en sortant du lit. Mon accouchement, c’est tel quel, c’est exactement ça qui s’est passé. On a pensé que j’avais la gastro – il y a beaucoup d’histoires de caca dans mes romans! (rires) Je me suis vraiment ouvert le menton et j’ai une belle cicatrice pour le prouver.
Que pensent tes beaux-enfants de leur présence dans ces romans?
J’ai demandé, tout d’abord, à mes beaux-enfants, s’ils acceptaient que j’écrive une histoire sur notre famille. Ils étaient jeunes – ma belle-fille a actuellement 11 ans et mon beau-fils va avoir 13 ans. C’était il y a trois ou quatre ans. Lui était super emballé. J’ai demandé aussi à leur maman si ça la dérangeait et si je pouvais l’inclure parce que je voulais présenter une histoire d’amitié – sans parler de meilleure amie –, mais de quelque chose de beau entre la belle-maman et la maman. Ils m’ont donné leur accord à 100 %. On a convenu de certaines choses, pour savoir ce qui allait ou non être abordé, et la mère de mes beaux-enfants est la première qui a lu le premier roman. Ça a vraiment été fait dans le respect. Par exemple, je n’ai jamais eu l’intention de parler de sa rupture avec mon chum et je ne serais pas allée jusque-là. Elle s’est montrée très ouverte et intéressée à mon processus d’écriture.
Je pense que les romans ont été bien écrits pour ne froisser personne de l’entourage réel de l’écrivaine! Ce n’est effectivement pas le genre de famille recomposée dont on entend parler habituellement. À quoi ressemble la réaction du public, voire les premiers commentaires reçus post-lancement du premier tome?
Les gens me disent que ça fait du bien, qu’ils sont contents de voir que c’est possible. Il y a parfois des beaux-parents qui m’écrivent pour me dire que ça s’est bien passé pour eux aussi, cette nouvelle vie avec des beaux-enfants. Je parle aussi beaucoup sur les réseaux sociaux de l’importance de prôner la bienveillance au sein des familles recomposées [NDLR : notamment dans les vidéos TikTok que produit l’écrivaine sur ce même réseau social] et ce n’est pas nécessairement parce que les gens ont lu mes romans qu’ils m’écrivent à ce sujet. Le message que je reçois le plus est, justement, que ça fait du bien de voir que c’est possible.
À propos du doute quant au fait d’avoir des enfants, c’est très présent dans le premier tome pour le personnage de Laura. J’ai l’impression que le rapport des hommes et des femmes à la parentalité n’est pas le même; car les hommes ne portent pas les enfants, tandis que c’est beaucoup plus « engageant » pour les femmes qui auront à les porter. As-tu douté autant dans la vraie vie que dans le roman?
Oui, vraiment. Ça aussi, je voulais le montrer, parce qu’on pense souvent que c’est naturel pour les femmes de savoir qu’elles veulent absolument avoir un enfant à tout prix. J’ai toujours pensé que j’en voulais et à un moment donné, je me suis mise à douter – je fais de l’anxiété généralisée, j’en parle dans mes romans et je ne suis pas gênée de ça – et l’anxiété faisait en sorte que je craignais TELLEMENT de choses. J’avais peur d’en avoir, mais j’avais peur de ne pas en avoir aussi. J’étais toujours un peu entre les deux. L’équilibre était vraiment précaire, dans le sens que je me disais que je ne pouvais pas passer à côté de ça, et en même temps que j’avais peur d’en avoir à cause de mon anxiété. J’avais peur de virer sur le top! (rires) J’avais peur de transmettre cette anxiété-là à mon enfant. Je me disais que je ne pourrais jamais aimer quelqu’un comme ça, parce que ça me ferait vraiment trop mal. Je pense que c’est LA chose qui me faisait le PLUS peur. Finalement la grossesse s’est super bien passée. Je pense que c’est le moment où j’ai été le moins anxieuse, mis à part de petites anxiétés ici et là comme n’importe quelle mère… Après l’accouchement, il y a eu un bon mois où je me couchais le soir et où je disais à mon chum : « Mais qu’est-ce qu’on a fait là? Pourquoi on a fait ça? Ça fait tellement mal aimer comme ça, s’il lui arrive quelque chose, je ne sais pas comment je vais survivre… »
Je comprends tout à fait ce que tu as vécu comme papa qui fait aussi de l’anxiété et qui s’inquiète constamment pour ses enfants. Crois-tu que les hommes ont le même genre de doutes dans le fait de devenir parent, ou si c’est davantage une réalité réservée aux femmes?
Non, je ne pense pas que ce soit lié aux femmes, mais à la personne. Je pense qu’on est tous différents et qu’on a tous des angoisses différentes. Je ne pense pas que ce soit typiquement féminin. Je pense sincèrement que n’importe qui peut ressentir ces émotions-là, ça dépend de ton caractère, de ton émotivité et de ta façon d’être. Moi je fais de l’anxiété et un homme peut en faire aussi. Je ne dis pas que d’avoir ces peurs-là fait en sorte que tu vis nécessairement de l’anxiété, mais pour moi, ça devient maladif. Je ne pourrai jamais dire que la façon qu’a une mère d’aimer son enfant est différente de celle du père. L’expérience a été différente, oui, je l’ai porté, mais une mère peut aussi abandonner son enfant. Enfin, je pense plutôt que c’est une question de personne, pas de sexe.
Merci beaucoup pour ton temps, Marie-Krystel!
Outre cette série, Marie-Krystel Gendron publiait la semaine dernière un nouveau roman : « Il était une fois en octobre ». Il s’agit d’une romance d’automne qui se déroule dans l’auberge du roman « Un été à l’auberge ». On y retrouve donc les personnages de ce roman, mais une quinzaine d’années plus tard.
« À lire avec une couverture quand les feuilles vont commencer à changer de couleur », nous confie l’écrivaine. « C’est un roman d’ambiance dans lequel j’aborde aussi le cancer du sein, octobre rose. Je sensibilise à aimer malgré la maladie et le corps qui change.
Ce n’est pas nécessaire d’avoir lu « Un été à l’auberge » pour lire celui-ci… »
Le Vingt55 lui souhaite beaucoup de succès avec ce nouveau roman!
https://www.leslibraires.ca/livres/ma-famille-recomposee-marie-krystel-gendron-9782897838157.html

Louise et les cowboys du Saint-Laurent @ Crédit photo Jean Sébastien Bourré / Vingt55 Tous droits réservés.
« Louise et les cowboys du Saint-Laurent »
Ce roman jeunesse de Victoria Lord, publié en 2024 aux éditions Boréal junior, raconte l’histoire d’une jeune fille bien timide qui aime beaucoup la musique : Louise Leclerc. Tandis qu’elle compose des chansons loin de tout public, incluant ses propres parents, elle n’en demeure pas moins une passionnée.
Un jour, en visite chez son grand-père, elle fait la découverte d’un mystérieux gramophone, sur lequel, en l’absence de son grand-père, elle fait jouer le disque d’un célèbre duo country qui fait carrière depuis quelques décennies. Sans trop comprendre ce qui se passe, Louise est transportée par un tourbillon et catapultée en 1974, sur une ferme, en Gaspésie, où elle fera la rencontre de ce célèbre duo : Paul et Paule Chabotte.
Alors qu’elle cherche un moyen de rentrer chez elle, à la bonne époque, elle se lie d’amitié avec le duo et parcourt les routes du Québec, les accompagnant dans leur tournée de concerts. Les Chabotte amèneront même Louise Leclerc à chanter sur scène devant son public. Sauront-ils lui donner les ailes qui lui manquaient dans sa réalité à elle?
Ce roman est dynamique, drôle et bien écrit. Il est impossible de le poser avant d’en avoir fini la lecture. Axé sur la culture avec une touche de science-fiction, ce roman nous paraît plutôt rare dans la littérature. C’est pourquoi nous en recommandons la lecture à un public de 10 à 12 ans à l’occasion du 12 août, j’achète un livre québécois.
Fait intéressant : en fin de livre, un dossier pour les curieux retrace les origines de la musique country et nous permet d’en apprendre beaucoup sur ce style musical qui ne fait pas toujours l’unanimité.
« Louise et les cowboys du Saint-Laurent » est un livre parfait pour les écoles, lequel allie plaisir de la lecture et découverte d’une partie de notre histoire culturelle.
En début de livre, un code QR permet d’entendre les chansons de Louise, interprétées par Victoria Lord, réalisées par Éric Goulet. De belles chansons à écouter en famille et qui donnent envie de créer à notre tour!
Victoria Lord publiera par ailleurs une suite en novembre prochain, intitulée : « Louise et le concerto du mont Royal ». Le résumé est déjà fort prometteur :
« Entre deux séances d’improvisation musicale, Louise et son ami Charles découvrent l’existence de Vincent Ferland, un compositeur et chef d’orchestre disparu sans laisser de traces par une nuit de l’été 1949, la veille d’un concert historique sur le mont Royal. Louise a une idée: et si elle utilisait le gramophone magique de son grand-père, celui qui permet de remonter le temps, pour élucider le mystère de la disparition de Vincent Ferland? Avec Charles à ses côtés, elle ne risque rien, croit-elle. Mais quand elle se retrouve perchée au sommet de la croix du mont Royal en pleine nuit, Louise se dit qu’elle aurait peut-être dû rester chez elle… »
Nous avons déjà hâte de lire la suite ! Nous souhaitons un beau succès à Victoria Lord !
https://www.leslibraires.ca/livres/louise-et-les-cowboys-du-saint-victoria-lord-9782764628164.html







