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Mises à pied chez Olymel : des TET sans revenu dans la foulée du transfert de production, dénonce le syndicat

Mises à pied chez Olymel : des TET sans revenu dans la foulée du transfert de production, dénonce le syndicat
Mises à pied chez Olymel, une situation dénoncée par le syndicat des travailleurs @ Crédit photo Éric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés

DRUMMONDVILLE

Selon le Syndicat des travailleuses et travailleurs de Bacon Inter-America–CSN, l’usine de bacon d’Olymel à Drummondville cède progressivement diverses gammes de produits à une usine ontarienne, une situation qui entraîne la mise à pied de travailleurs étrangers temporaires (TET), à qui l’on avait pourtant promis un minimum de 30 heures de travail par semaine à leur arrivée au pays.

La situation autour de certaines entreprises situées dans le parc industriel de Drummondville ne semble pas s’améliorer, dans la foulée des récentes annonces. Comme le rapportait le Vingt55, après les dossiers de Mckesson, de Venmar et maintenant d’Olymel, plusieurs travailleurs se retrouvent à nouveau confrontés à l’incertitude. Cette fois, ce sont notamment des travailleurs étrangers temporaires qui se retrouvent sans emploi, une situation que dénonce le syndicat.

En effet, selon les informations transmises au Vingt55 par le Syndicat des travailleuses et travailleurs de Bacon Inter-America–CSN, l’usine céderait progressivement certaines gammes de produits à une installation située en Ontario, une situation qui entraînerait des mises à pied.

« C’est inacceptable que nos collègues soient mis à pied, alors qu’ils et elles ont un permis fermé et ne peuvent pas se trouver un nouveau travail en attendant », lance Mélanie Cloutier, présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs de Bacon Inter-America–CSN.

Toujours selon l’organisation syndicale affiliée à la Confédération des syndicats nationaux (CSN), quelque 25 travailleurs étrangers temporaires (TET), originaires de l’Île Maurice et francophones, auraient été mis à pied. Plusieurs d’entre eux se retrouveraient dans une situation financière précaire, peinant à payer leur loyer et ayant recours aux banques alimentaires. Cinq travailleurs québécois seraient également temporairement sans emploi.

Le syndicat souligne par ailleurs ce qu’il qualifie de paradoxe, l’entreprise continuerait de faire des dons alimentaires, sans que ses propres employés mis à pied n’en bénéficient directement.

Du côté de la CSN, la secrétaire générale Nancy Mathieu appelle à une réforme du programme des travailleurs étrangers temporaires.

« Il faudrait des permis ouverts pour l’ensemble des TET, mais en particulier pour celles et ceux qui se retrouvent sans emploi. Si l’entreprise ne tient pas ses promesses, le Canada ne devrait pas les laisser tomber dans la pauvreté. Ces personnes sont venues au pays pour travailler », affirme-t-elle, rappelant que son syndicat d’origine est celui de Bacon Inter-America.

Un fleuron qui quitte progressivement le Québec affirme le syndicat

Le bacon canadien est reconnu en Amérique du Nord, et l’usine de Drummondville a largement contribué à cette réputation. Elle est notamment la seule à répondre aux critères de qualité élevés de la marque privée Kirkland de Costco. Or, une part importante de la production de bacon précuit et de bacon en vrac aurait été transférée vers l’usine ontarienne de Cornwall, où les salaires sont légèrement inférieurs, un déplacement qui expliquerait en bonne partie les mises à pied.

« Le bacon est un produit dont notre région peut être fière depuis longtemps. Ça génère des emplois en usine, tout en étant bénéfique pour l’ensemble de la chaîne de production du porc, qui joue un rôle crucial dans notre région et au Québec. Sollio, une coopérative québécoise, devrait regarder cet enjeu dans une perspective plus large qu’une petite économie à court terme. La délocalisation progressive de cette production a plusieurs impacts », ajoute Pascal Bastarache, président du Conseil central du Cœur du Québec–CSN.

Selon les informations obtenues par le Vingt55, une trentaine de travailleurs étrangers temporaires sont récemment arrivés à Drummondville avec des permis de travail fermés pour les besoins de l’entreprise Olymel.

Dans ce contexte, les travailleurs mis à pied ne peuvent se trouver un autre emploi à court terme, les règles en vigueur rattachant leur statut à un seul employeur. Originaires de l’ile Maurice, ces travailleurs parlent très bien français et étaient, selon plusieurs témoignages, bien intégrés à leur milieu de travail et à la communauté. Leur adaptation s’était faite de manière positive depuis leur arrivée.

La situation actuelle est toutefois jugée préoccupante par certains de leurs collègues. « Ce sont des gens travaillants et engagés. Malheureusement, la situation leur échappe en raison des règles établies pour les travailleurs étrangers. Ils se retrouvent aujourd’hui sans emploi et sans réelle possibilité de se replacer rapidement », confie un travailleur qui dit avoir côtoyé certains d’entre eux de façon occasionnelle.

Toujours selon ces témoignages, plusieurs se retrouvent dans une situation de grande précarité, incapables de réintégrer le marché du travail local en raison des restrictions liées à leur permis, une réalité qui soulève des inquiétudes quant à leur avenir à court terme.

Contactée par le Vingt55, Stéphanie Couturier, vice-présidente aux communications chez Olymel, apporte des précisions et nuance la situation.

Selon l’entreprise, ces mesures seraient attribuables à une fluctuation de la demande et non à un transfert ou à un déménagement de la production vers une autre province.

Elle indique en entrevue au Vingt55 que les mises à pied évoquées sont temporaires et qu’elles ont été effectuées conformément à la convention collective en vigueur, notamment en fonction des règles d’ancienneté.

Concernant l’engagement d’un minimum de 30 heures de travail par semaine pour les travailleurs étrangers temporaires, la porte-parole précise que le dossier fait actuellement l’objet d’un processus d’arbitrage. « Par respect pour le processus en cours, il ne nous est pas possible de commenter davantage à ce stade-ci », a-t-elle indiqué au Vingt55

Éric Beaupré
PHOTOREPORTER
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