Le 17 décembre 1931 : la Bolduc à Drummondville, un moment joyeux du temps des Fêtes, en pleine Grande Crise.. Raconte-moi l’histoire par André Pelchat

Le 17 décembre 1931 : la Bolduc  à Drummondville, un moment joyeux du temps des Fêtes, en pleine Grande Crise.. Raconte-moi l’histoire par André Pelchat
La Bolduc avec quelques-uns de ces musiciens en 1928 @ Crédit photo Domaine Domaine

DRUMMONDVILLE

Le 17 décembre 1931, le journal « La Parole » encouragea la population de Drummondville à se présenter au théâtre Rialto pour un événement : la Bolduc en spectacle. L’article, non signé, a l’air d’un document de promotion et c’était peut-être le cas : il était fréquent à l’époque que les promoteurs d’événement paient les journalistes pour obtenir une couverture favorable. On peut donc lire :

« Il nous fait plaisir d’apprendre la prochaine venue de Mme Edouard Bolduc dans notre ville. Tous connaissent Mme Ed. Bolduc pour l’avoir entendue chanter à la radio ou sur les disques « Starr ». Elle est accompagnée par une troupe de premier ordre et le programme sera des plus intéressants. Ce sera une soirée de folklore canadien avec des chansons du bon vieux temps, de la musique à bouche, de la bombarde, du violon, des danses de gigues, etc., etc. Nous apprenons que la Troupe Bolduc se prépare pour une grande tournée dans la Nouvelle-Angleterre (États-Unis) après le Carême. Donc, c’est une bonne fortune pour notre population d’avoir cette troupe pour un soir. Le programme de cette soirée est superbe : Mme Edouard Bolduc vous chantera ses dernières créations ; elle jouera de la musique à bouche, de la bombarde, du violon, etc., etc. M. Raoul Gagné, un artiste dramatique de talent des principaux théâtres de Montréal, chantera une chanson de genre « Vieillir c’est souffrir » et une chanson comique « Les menteurs ». M. Doiron, fameux danseur de la Gaspésie, dansera ses fameuses gigues anciennes. M. Paulo Nantel, un autre artiste de Montréal, vous fera rire avec ses sketches comiques et ses chansons. Mme Ed. Bolduc et M. R. Gagné chanteront le fameux duo : « Dans le bon vieux temps ». Venez en foule voir Mme Edouard Bolduc en personne. Les prix sont à la portée de toutes les bourses. Venez rire ! Venez vous amuser. Les billets se vendront à la porte du théâtre à partir de 6 heures. Venez de bonne heure si vous voulez trouver de la place. Les premiers rendus seront les mieux placés. Ne manquez pas l’occasion de voir Mme Ed. Bolduc et sa troupe. Le spectacle dure 2 heures 1/2. En foule donc au Rialto vendredi soir le 18 décembre pour passer une soirée vraiment canadienne du bon vieux temps. »

La Bolduc fut probablement la première vedette populaire de ce qui ne s’appelait pas encore le « showbizz » québécois. Née Mary Travers, à Newport, en Gaspésie, en 1894, elle ne se destinait absolument pas à une carrière dans le spectacle. Son seul professeur de musique fut son père qui lui apprit à jouer des instruments traditionnels tels que violon, harmonica et accordéon. Enfant, elle gagnait des sous pour la famille en jouant dans les veillées, les mariages, etc. Comme des milliers de Gaspésiens de l’époque, elle déménagea à Montréal, avec une de ses sœurs en 1907 et travailla d’abord comme domestique, avant de trouver un travail mieux payé dans une usine. En 1914, elle épousa Edouard Bolduc et devint donc madame Bolduc. Le couple peinait à joindre les deux bouts pour faire vivre leurs 4 enfants, émigrant même en Nouvelle-Angleterre pour un temps.

Ce fut dans les années 20 que Mary recommença à jouer de la musique, accompagnant d’autres musiciens dans des soirées pour rapporter un revenu d’autant plus nécessaire que son mari, à cause de problèmes de santé, avait de plus en plus de difficulté à trouver un emploi. En 1928, elle interpréta pour la première fois une de ses compositions « Il y a longtemps que je couche par terre ». Puis, le 25 novembre 1928, sa carrière démarra véritablement lors d’une soirée au Monument-National qui lui ouvrit les portes du poste de radio CKAC où elle participa à une émission de radio.

Le succès fut au rendez-vous après 1928 avec des ventes de disque records. Son 78 tours « La cuisinière » se vendit à 10 000 exemplaires, chiffre considérable pour l’époque. La musique de La Bolduc, un mélange de folklore et de modernité, apporta un vent de fraîcheur en plein cœur de la Grande Dépression. Ses chansons, à la fois optimistes et réalistes, captivaient le public, offrant un baume bienvenu dans des temps difficiles. Toutefois, l’effondrement du marché du disque lors de la Grande dépression l’obligea à délaisser les enregistrements pour partir en tournée. C’est dans ce contexte qu’elle se produisit à Drummondville en 1931. Ce spectacle marque l’apogée du Rialto, théâtre fondé en 1915 et qui sera éclipsé par des salles plus modernes durant les années qui suivent. Une fillette de 11 ans (à l’époque), Florence Reed, se souviendra d’y avoir été amenée par son père et d’avoir été fort impressionnée par le grand nombre d’instruments dont jouait « La Bolduc », en particulier par un gigantesque harmonica…

Le Rialto s’effondrera sous le poids de la neige en 1940 et ne sera pas reconstruit. Mary Travers, dite « La Bolduc », mourra l’année suivante, d’un cancer. Dans une thèse intitulée « Les chansons de « La Bolduc »: manifestation de la culture populaire à Montréal (1928-1940) », l’auteur Monique Leclerc écrit que ces chansons se caractérisent par une poésie « sobre », « naïve » et « spontanée », simple dans son langage et sa pensée, et dotée d’un « esprit poétique naturel » et d’un « pouvoir d’imagination » propres à l’art folklorique d’expression populaire.

… Et nous entendons encore parfois ses refrains durant le Temps des Fêtes.

André Pelchat
CHRONIQUEUR
PROFILE

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