Négociation dans le secteur public – Un dépôt insultant, une fois de plus dénonce les porte-paroles du Front commun.

Négociation dans le secteur public – Un dépôt insultant, une fois de plus dénonce les porte-paroles du Front commun.
@ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

« Beaucoup de bruit pour rien : une bonification pitoyable de seulement 1,3 % sur une durée de cinq ans. » C’est avec une vive déception, mais peu d’étonnement, que les porte-paroles du Front commun ont pris connaissance du dépôt effectué ce matin par le Conseil du trésor, lequel est reçu comme un affront.

Encore une fois, le gouvernement démontre son incapacité à comprendre les difficultés vécues dans les services publics et à réaliser l’urgence de sauver le bateau qui est en train de couler. Il prouve de plus sa déconnexion complète face à la colère des travailleuses et des travailleurs qui, épuisés, portent sur leurs épaules des services publics plus que jamais fragilisés.

« Ce dépôt est une nouvelle claque au visage des 420 000 travailleuses et travailleurs du Front commun. C’est une insulte. C’est trop peu trop tard. Pour nos gens, tendre l’autre joue, c’est terminé », ont tonné d’une seule voix les porte-paroles du Front commun, François Enault, premier vice-président de la CSN, Éric Gingras, président de la CSQ, Magali Picard, présidente de la FTQ, et Robert Comeau, président de l’APTS.

Malgré le fait que 100 000 personnes sont venues appuyer le Front commun dans les rues le 23 septembre, malgré un mandat de grève générale illimitée adopté à 95 % et l’annonce d’une première journée de grève, l’éléphant a encore accouché d’une souris. Le gouvernement continue de vouloir tout décider seul, de tout imposer, habitué à manœuvrer ainsi depuis sa première élection, en 2018.

« Nous ne voyons rien dans ce dépôt qui permettrait de lever la grève. Nous devons nous rendre à l’évidence. La grève est la seule solution pour que le gouvernement comprenne. Puisqu’il le souhaite, on va l’exercer haut et fort le 6 novembre prochain », ont renchéri les porte-paroles. Ces derniers ont aussi précisé qu’ils prendront le temps d’analyser le dépôt en détail et en feront la présentation à leurs instances respectives, mais il ne fait déjà aucun doute qu’il n’est pas à la hauteur des attentes de leurs membres.

Offre salariale

L’offre salariale, qui est passée de 9 % sur cinq ans à 10,3 % pour la même période, ne réglera en rien l’immense retard que subissent les 420 000 travailleuses et travailleurs regroupés en Front commun par rapport aux autres Québécoises et Québécois.

« La nouvelle offre salariale ne réussira pas à nous sortir de l’appauvrissement proposé par le gouvernement. Nous jouons toujours dans le même mauvais film, un film catastrophe. »

Rappelons que le gouvernement a choisi de donner aux parlementaires 30 % d’enrichissement et de rattrapage auxquels viendront s’additionner d’autres augmentations annuelles et qu’il a offert 21 % aux policiers de la Sûreté du Québec. L’entente salariale à convenir avec le Front commun devra le considérer.

« Nous constatons que ces offres substantielles ont été offertes à des emplois à majorité masculine, alors que les services publics, composés à 78 % de femmes, ne se font offrir que des miettes. On est encore devant une discrimination inacceptable envers les femmes. »

Primes

En reconduisant certaines primes jusqu’au renouvellement de la convention collective, la ministre LeBel a posé le seul geste sensé dans le contexte, mais il ne s’agit pas d’un gain, c’était déjà acquis. S’attaquer aux conditions de travail et de pratique des travailleuses et des travailleurs œuvrant dans des secteurs en difficulté, de la part d’un gouvernement qui prétend vouloir être un employeur de choix, aurait été une grave erreur. Cependant, en mettant fin à des mesures administratives prévues dans le cadre de la COVID-19, le gouvernement met le feu aux poudres.

Retraite

Le recul du gouvernement sur une mesure de « détention » qu’il voulait imposer au Régime de retraite du personnel employé du gouvernement et des organismes publics (RREGOP) – soit le fait de faire passer la retraite sans pénalité de 55 à 57 ans pour les personnes ayant 35 ans de service – constitue une bonne nouvelle, certes, mais l’attaque majeure demeure alors que le régime est pourtant en excellente santé financière, dont la réduction des rentes exigées sous prétexte d’une bonification du régime de rentes du Québec (RRQ).

Tables sectorielles

Le règlement de cette négociation passe certes par une entente à la table centrale, mais également aux tables sectorielles. « Malgré tous les signaux envoyés à ces tables, dont l’élagage mené récemment, nos vis-à-vis patronaux répondent qu’ils n’ont aucun mandat pour parler même de leurs propres demandes. Nous sommes rendus à nous questionner sur la volonté et la capacité du gouvernement à convenir d’ententes satisfaisantes prochainement. »

Comme toujours, le Front commun sera disponible pour négocier afin de faire avancer cette négociation rapidement, à la satisfaction de ses membres.

Le gouvernement, qui semblait préparer une grande annonce en ce dimanche matin, offre finalement une mince bonification de 1,3 % de plus sur 5 ans. Rien pour combler le retard salarial dont sont victimes les ouvriers et les fonctionnaires de la fonction publique québécoise, déplore le SFPQ.

« En proposant des augmentations de salaire de 10,3 % sur 5 ans, le premier ministre Legault revient sur son intention d’offrir le coût de la vie à ses travailleuses et travailleurs. Le gouvernement semble ignorer que nous vivons toujours dans un contexte marqué par la rareté de la main-d’œuvre et l’importance de l’inflation. Le gouvernement du Québec sous-paie son personnel comparativement aux autres employeurs du secteur public. Nos membres en ont assez d’être les bons derniers au Québec lorsqu’il est question de salaire », souligne madame Karine Dextras-Paquette, vice-présidente responsable de la négociation de l’accréditation des fonctionnaires du SFPQ.

Rappelons que l’écart salarial qui sépare l’ensemble du personnel de l’État québécois des autres salariés québécois se situe toujours à 11,9 %, selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

« Nous sommes déçus de ce nouveau dépôt de l’employeur alors qu’il avait l’occasion d’améliorer de façon substantielle ses offres. Les seuls points positifs : le gouvernement retire les principaux reculs liés au régime de retraite, notamment le critère d’un âge minimal à 57 ans. Par ailleurs, il s’engage à maintenir l’ensemble des primes jusqu’à la signature des prochaines conventions collectives », indique Natalie Garvin vice-présente responsable de la négociation de l’accréditation des ouvriers.

« Nous lançons le message suivant à madame Sonia Lebel : nous sommes prêts à négocier, mais faites-nous des offres raisonnables et équitables. Quand le gouvernement force l’adoption d’une hausse de 30 % des salaires des députés, il ne peut refuser de reconnaître le rattrapage salarial pour les travailleuses et travailleurs de l’État. C’est injuste et insultant. Les nouvelles offres représentent un recul de la qualité de vie de milliers d’employés de la fonction publique, ces mêmes personnes qui permettent aux citoyens d’obtenir des services publics de qualité tous les jours. Avec les augmentations de salaire proposées, le personnel de la fonction publique commencera certainement à se chercher un emploi ailleurs », s’insurge Christian Daigle, président général du SFPQ.

La FAE déplore grandement, à ce stade-ci de la négociation, le manque de compréhension flagrant du gouvernement envers les besoins criants du personnel enseignant.

Le gouvernement dit vouloir faire avancer les choses avec ce dépôt, mais c’est un rendez-vous raté. Depuis des mois, la FAE négocie de bonne foi dans l’espoir de trouver un accord qui permettrait enfin de répondre aux préoccupations des enseignantes et enseignants. Après presque un an de négociation, la FAE s’attendait à quelque chose de moins insultant! Les élèves du Québec ainsi que leurs enseignantes et enseignants méritent beaucoup mieux.

Depuis plusieurs années, la FAE déplore que les salaires de ses membres traînent de la patte en regard avec la moyenne canadienne et demande un rattrapage pour rejoindre cette moyenne. Les demandes faites par la FAE au cours de la négociation actuelle incluent également un mécanisme de maintien du pouvoir d’achat, rattachant les hausses salariales à l’indice des prix à la consommation (IPC) afin d’éviter un appauvrissement du personnel enseignant. L’offre reçue ce matin ne prend aucunement en considération ces deux demandes, offrant une maigre bonification de moins d’un pourcent et demi.

La FAE rappelle que c’est le jeudi 2 novembre qu’elle présentera une analyse approfondie de cette offre, à la suite de laquelle les membres pourraient voter une date de grève générale illimitée. Ils devront décider si l’offre de ce matin est un effort suffisant ou l’insulte qui fera en sorte que Mme LeBel ne pourra pas éviter une grève générale illimitée de 66 500 professeurs dans les écoles des plus grandes villes du Québec.

« Mme LeBel ne peut pas espérer un règlement rapide avec ce qui est proposé ce matin. Il sera difficile d’expliquer aux membres les intentions du gouvernement et que le Conseil du trésor a tout fait pour éviter un affrontement avec la Fédération », déclare Mélanie Hubert, présidente de la FAE.

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Éric Beaupré
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