Nouvelle saisie, sous-effectif et sécurité à l’Établissement de Drummond : des enjeux qui soulèvent des inquiétudes à Drummondville

Nouvelle saisie, sous-effectif et sécurité à l’Établissement de Drummond : des enjeux qui soulèvent des inquiétudes à Drummondville
Nouvelle saisie, sous-effectif et sécurité à l’Établissement de Drummond @ Vingt55 Tous droits réservés.

VILLE / RÉGION

Une nouvelle saisie de drogue et d’objets interdits, d’une valeur institutionnelle estimée à 51 600 $, remet en lumière les enjeux de sécurité à l’Établissement de Drummond, au moment où les agents correctionnels dénoncent un manque important de personnel. Des employés rencontrés par le Vingt55 s’inquiètent notamment des conséquences des compressions annoncées par le gouvernement fédéral sur les effectifs et la sécurité de l’établissement, des préoccupations également soulevées par des résidents du secteur, alors que le pénitencier est situé à proximité d’un quartier résidentiel et d’un établissement scolaire.

Nouvelle saisie, sous-effectif et sécurité à l’Établissement de Drummond @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Deux agents pour six pavillons lors d’un épisode récent, des semaines de travail pouvant atteindre 70 heures, une cinquantaine d’agents supplémentaires jugés nécessaires par le syndicat et des réductions touchant certaines ressources de prévention : selon les informations obtenues par le Vingt55 auprès de différents employés de l’Établissement de Drummond et confirmées en partie par Mike Bolduc, président régional du Syndicat des agents correctionnels du Canada (SACC-CSN), ces éléments témoignent d’une pression importante sur les effectifs chargés d’assurer quotidiennement la sécurité derrière les murs.

Le 26 septembre, le personnel de l’établissement fédéral à sécurité moyenne de Drummondville a intercepté de la marijuana, du concentré de cannabis, du tabac, des papiers à rouler et différents accessoires. Leur valeur institutionnelle est estimée à 51 600 $.

Loin d’être un événement isolé, cette interception s’inscrit dans une série de saisies qui témoigne de la pression constante exercée sur les opérations de sécurité à l’Établissement de Drummond. Selon les informations et documents du Service correctionnel du Canada (SCC) compilés par le Vingt55, au moins sept saisies rendues publiques entre le 8 avril et le 26 septembre 2026 totalisent 735 600 $ en valeur institutionnelle, dont trois en seulement 11 jours en septembre pour 188 500 $.

En élargissant la compilation à environ onze mois, 10 saisies rendues publiques et retracées par le Vingt55 entre le 26 octobre 2025 et le 26 septembre 2026 portent ce bilan à 1 137 800 $, soit plus de 1,1 million de dollars en moins d’un an. Un bilan qui vient appuyer l’importance des opérations de surveillance et d’interception au moment même où les agents dénoncent un manque d’effectifs et où certaines ressources consacrées à la sécurité doivent être réduites.

Drogues, tabac, téléphones cellulaires et accessoires électroniques figurent régulièrement parmi les objets interceptés. Au-delà de la consommation à l’intérieur des murs, certains de ces objets, particulièrement les téléphones cellulaires, représentent également un enjeu de sécurité puisqu’ils permettent des communications non autorisées avec l’extérieur.

Des sources consultées par le Vingt55 rapportent également que certaines activités suspectes liées à l’introduction de contrebande peuvent nécessiter des interventions policières dans les secteurs et quartiers résidentiels et l’établissement scolaire avoisinants. Les agents rencontrés considèrent que les tentatives d’introduction de drogue, les colis clandestins et l’utilisation de moyens de communication illicites représentent des enjeux qui ne se limitent pas nécessairement à l’intérieur du périmètre carcéral.

Selon différentes sources du Vingt55, deux agents correctionnels se seraient retrouvés récemment à devoir composer avec six pavillons dans un contexte de manque de personnel.

Selon les informations recueillies par le Vingt55, les effectifs auraient alors été suffisamment limités pour que l’éventualité de demander l’assistance de la Sûreté du Québec (SQ) soit évoquée advenant une situation nécessitant davantage de ressources.

Questionné directement sur ces informations, Mike Bolduc confirme avoir été informé de la situation. « Deux agents qui étaient laissés seuls à gérer six unités, ça n’a pas d’allure », affirme-t-il en entrevue au Vingt55. Pour le représentant syndical, le simple fait que le recours aux policiers ait pu être envisagé témoigne de l’ampleur du problème : « Ça n’a pas de bon sens qu’on appelle la police pour venir faire notre job », dénonce-t-il.

Des agents et du personnel « brûlés et épuisés » une cinquantaine d’agents supplémentaires jugés nécessaires de façon urgente

Mike Bolduc estime qu’il manquerait actuellement environ 50 agents correctionnels pour répondre adéquatement aux besoins de l’Établissement de Drummond et assurer la sécurité physique et psychologique du personnel.

Le manque d’effectifs contribuerait notamment au recours fréquent au temps supplémentaire. Des travailleurs rencontrés par le Vingt55 ont rapporté des semaines pouvant atteindre 70 heures ou davantage. « Le monde est brûlé, épuisé », résume Mike Bolduc.

Cette pression sur les effectifs survient au moment même où le SCC doit réduire progressivement ses dépenses.

Selon son Plan ministériel 2026-2027 et les informations obtenues par le Vingt55, les réductions doivent atteindre 75,6 millions de dollars en 2026-2027, 104,9 millions en 2027-2028 et 132,2 millions en 2028-2029. Une diminution de près de 850 équivalents temps plein est également prévue à l’échelle canadienne.

À Drummondville, les effets commencent déjà à se préciser selon le syndicat. Une des deux patrouilles normalement affectées au périmètre durant le quart de jour en semaine doit notamment être retranchée.

Des réductions toucheraient également certaines ressources de maîtres-chiens et des fonctions consacrées à l’interception des colis clandestins, notamment ceux acheminés par drone.

Ces mesures touchent directement des fonctions associées à la prévention, alors que le SCC rappelle lui-même régulièrement que les détecteurs ioniques, les chiens détecteurs et la collaboration avec les corps policiers font partie des moyens utilisés pour empêcher l’introduction d’objets interdits.

Mike Bolduc ne remet pas en question l’utilité des technologies. Il soutient cependant qu’elles ne remplacent pas les ressources humaines nécessaires lorsqu’une intervention doit être effectuée. Selon lui, le faible nombre d’événements majeurs ne signifie pas que les mesures préventives sont devenues moins nécessaires. Il y voit plutôt le résultat du travail de prévention effectué quotidiennement par les agents. « C’est parce qu’on fait quelque chose de bien », soutient-il.

La réduction des ressources prend une dimension concrète lorsqu’un agent affecté seul à une patrouille détecte une personne, un colis ou un drone à proximité du périmètre.

Selon plusieurs agents, et comme le précise Mike Bolduc, questionné par le Vingt55 sur les enjeux de sécurité, un agent isolé ne peut pas nécessairement intervenir sans s’exposer lui-même à un risque. Une telle intervention exige alors du renfort, au moment même où les effectifs disponibles sont dénoncés comme insuffisants.

« Un patrouilleur seul, une personne qui tente une fuite, quelqu’un qui tente de rentrer de la drogue… tout seul, il se met à risque », témoignait précédemment un agent au Vingt55. Cette pression opérationnelle s’inscrit également dans un contexte où, selon les informations obtenues par le Vingt55 auprès du SCC, la population carcérale fédérale a augmenté de 24 % au cours des trois derniers exercices, dans un environnement correctionnel devenu plus complexe.

Les données compilées par le Vingt55 permettent ainsi de mettre en parallèle deux réalités 1 137 800 $ de produits et d’objets interceptés dans 10 saisies rendues publiques par le Vingt55 en environ onze mois, pendant que les agents dénoncent un manque de personnel et que certaines ressources de prévention doivent être réduites.

Sous-effectif, sécurité et santé mentale, les agents correctionnels de de l’Établissement de Drummond sonnent l’alarme

Une cinquantaine d’agents supplémentaires seraient nécessaires, à cela s’ajoute, selon des travailleurs consultés par le Vingt55, la difficulté d’attirer de nouveaux agents correctionnels et de conserver ceux déjà en poste. Les compressions annoncées viennent donc s’ajouter à une situation que plusieurs employés décrivent déjà comme difficile.

Derrière les détecteurs, les caméras, les chiens détecteurs et les autres technologies, les interventions reposent toujours sur des agents.

« Détecter une menace ne suffit pas lorsque les ressources humaines nécessaires pour intervenir sont réduites », estiment des agents correctionnels rencontrés par le Vingt55, qui se disent inquiets des conséquences des nouvelles compressions annoncées et situation actuel à Drummondville .

Les compressions doivent atteindre 132,2 millions de dollars à l’échelle nationale en 2028-2029. À Drummondville, elles surviennent alors que les agents dénoncent déjà le sous-effectif, l’épuisement et une pression croissante sur les opérations de sécurité.

Pour le syndicat et les travailleurs rencontrés par le Vingt55, réduire davantage les ressources humaines dans ce contexte risque d’accentuer une pression et des risques évident et évitable et déjà bien présente sur ceux qui doivent assurer la sécurité de l’établissement.

La direction de l’Établissement de Drummond n’avait toujours pas répondu aux demandes d’entrevue et de précisions du Vingt55 au moment de publier concernant la situation des deux agents pour six pavillons, le manque d’effectifs dénoncé et les conséquences concrètes des compressions sur la sécurité de l’établissement.

Nouvelle saisie, sous-effectif et sécurité à l’Établissement de Drummond @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Éric Beaupré
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