DRUMMONDVILLE
Décès d’un jeune de 19 ans, la coroner Brouillette-Chouinard réclame davantage de sensibilisation comme le Projet Impact @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Dans son rapport obtenu par le Vingt55, la coroner, Dre Catherine Brouillette-Chouinard, précise que l’accident remonte au 30 mars 2023, à Cookshire-Eaton, une municipalité située à un peu moins de 100 kilomètres de Drummondville. Le jeune homme de 19 ans se trouvait avec des amis à bord d’une BMW 325xi 2006 et occupait le siège du passager avant. Vers 23 h 43, le conducteur a perdu la maîtrise du véhicule sur le chemin Bartlett. La voiture a alors quitté la route, percuté des arbres avant de s’immobiliser sur le toit.
À l’arrivée des services d’urgence, le jeune passager était toujours retenu par sa ceinture de sécurité, la tête vers le bas, sans pouls perceptible. Près de 25 minutes ont été nécessaires pour l’extirper du véhicule. Les manœuvres de réanimation ont finalement été interrompues et son décès a été constaté à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke.
Vitesse et alcool identifiés comme les causes de la collision
L’enquête a permis de préciser les circonstances ayant précédé la sortie de route. Selon le rapport de la Sûreté du Québec cité par la coroner, le groupe d’amis faisait la fête ce soir-là et le conducteur avait consommé de l’alcool. Comme il avait moins de 22 ans, il était pourtant assujetti à la règle du zéro alcool. Des passagers ont également rapporté des accélérations et décélérations ainsi qu’une vitesse qui leur semblait élevée peu avant la collision.
Le travail du reconstitutionniste a permis d’estimer que le véhicule circulait entre 97 et 130 km/h au début du dérapage, sur une route où la limite était fixée à 70 km/h. Le chemin était vallonneux, en terre et en gravier, sans éclairage ni marquage. Malgré la présence de nids-de-poule, le reconstitutionniste a jugé peu probable que ces éléments aient contribué à la trajectoire du véhicule compte tenu de sa vitesse.
L’inspection mécanique a par ailleurs révélé plusieurs défectuosités antérieures à l’accident, notamment un problème avec le système antidérapage et certaines composantes usées. La coroner précise que ces éléments ont pu jouer un rôle, mais retient la vitesse et la consommation d’alcool comme causes de la collision.
L’autopsie a révélé plusieurs blessures compatibles avec un polytraumatisme, notamment des hémorragies intracérébrales, une fracture cervicale et un hémothorax. La position inversée dans laquelle le jeune homme est demeuré coincé était également susceptible de provoquer une asphyxie positionnelle. Des hydrocarbures ont finalement été détectés dans son cerveau et ses poumons.
La Dre Brouillette-Chouinard conclut que le décès résulte des effets combinés d’un polytraumatisme, d’une asphyxie positionnelle et de l’inhalation d’hydrocarbures, tous consécutifs à la collision. Le décès est qualifié d’accidentel.
28 mois de détention pour le conducteur
Les conséquences se sont également poursuivies devant les tribunaux pour le jeune conducteur. Selon le rapport de la coroner, il a plaidé coupable en 2025 à une accusation de conduite avec les capacités affaiblies causant la mort et a été condamné à 28 mois de détention.
Une soirée entre amis aura donc entraîné des conséquences irréversibles, un jeune homme de 19 ans est décédé, tandis qu’un autre jeune conducteur s’est retrouvé devant la justice et condamné à une peine d’emprisonnement.
La coroner veut davantage de prévention chez les 18 à 21 ans
Au-delà de ce cas particulier, la Dre Brouillette-Chouinard soulève un enjeu plus large concernant la prévention de l’alcool au volant auprès des jeunes adultes.
Dans son rapport, elle cite les données disponibles de la SAAQ selon lesquelles l’alcool est responsable de 28 % des décès sur les routes chaque année. De 2019 à 2023, une moyenne d’environ 100 personnes par année seraient décédées dans des accidents liés à l’alcool.
La coroner note que des activités de sensibilisation existent déjà dans les écoles secondaires, Elle constate toutefois que peu ou pas d’activités de sensibilisation ciblent spécifiquement les jeunes de moins de 22 ans qui ont quitté le milieu scolaire secondaire, particulièrement les 18 à 21 ans.
En effet et notamment des initiatives comme le Projet Impact, auquel le Vingt55 participe régulièrement à Drummondville.
Elle recommande donc à la SAAQ de « renouveler et ajouter des activités de sensibilisation en lien avec les risques associés à la conduite avec les facultés affaiblies par l’alcool », au-delà de celles réalisées dans les écoles secondaires, afin de rejoindre spécifiquement les conducteurs de 18 à 21 ans.
À Drummondville, un autre décès avait mené à une recommandation plus large
Le constat fait écho à un autre dossier qui avait directement touché Drummondville. À la suite du décès de Stéphanie Houle, passagère d’un véhicule impliqué dans une embardée liée à l’alcool à l’automne 2021, le coroner Yvon Garneau avait recommandé d’étudier la faisabilité d’abaisser le seuil légal d’alcoolémie de 0,08 à 0,05.
Dans ce dossier, des analyses avaient révélé que le conducteur présentait une alcoolémie avoisinant deux fois la limite légale au moment de la perte de maîtrise. Il avait par la suite plaidé coupable à des accusations de conduite dangereuse causant la mort et de conduite avec une alcoolémie supérieure à la limite permise causant la mort.
Le coroner Garneau rappelait alors que le Québec se distinguait de la majorité des autres provinces canadiennes quant au seuil de 0,05 et souhaitait que la Table d’actions concertées en sécurité routière, le ministère des Transports et la SAAQ se penchent sur la question.
Les deux rapports ne proposent donc pas exactement la même réponse, la Dre Brouillette-Chouinard cible et insiste davantage la prévention auprès des 18 à 21 ans, alors que le coroner Garneau dans un tout autre dossier avait soulevé la possibilité d’un abaissement du seuil d’alcoolémie. Ils mettent cependant en évidence un même enjeu de sécurité routière, les conséquences potentiellement mortelles de l’alcool au volant et la nécessité de poursuivre les efforts de prévention.
Les tribunaux de la région, composent avec un nombre toujours préoccupant d’arrestations et de comparutions en matière de conduite avec les facultés affaiblies. Drummondville n’échappe pas à cette réalité.
De son côté, la juge Marie-Josée Ménard, qui siège notamment à Drummondville, n’hésite pas à questionner régulièrement comme la constaté le Vingt55, les conducteurs qui comparaissent devant elle en matière d’alcool au volant. Au-delà de la sanction judiciaire, la magistrate cherche souvent à comprendre les raisons et les circonstances qui ont amené une personne à prendre le volant après avoir consommé.
L’honorable juge Ménard rappelle d’ailleurs régulièrement que les nombreuses campagnes de prévention contre l’alcool au volant ne semblent toujours pas rejoindre l’ensemble des conducteurs. Lors d’une audience encore récente, elle questionnait une série de conducteurs qui, au cours d’une même journée, faisaient face aux conséquences parfois moins funestes, mais néanmoins importantes, d’une décision de conduire après avoir consommé.
« Que faut-il pour que le message passe? », questionne régulièrement la magistrate drummondvilloise devant la persistance des dossiers liés à l’alcool au volant.
Une interrogation qui demeure d’actualité alors que l’alcool au volant continue chaque année de faire des victimes et que de nombreux conducteurs se retrouvent également avec un casier judiciaire, une interdiction de conduire et d’importantes conséquences personnelles et financières à la suite d’une arrestation.

Décès d’un jeune de 19 ans, la coroner Brouillette-Chouinard réclame davantage d’initiatives comme le Projet Impact @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.




























