DRUMMONDVILLE
Le maire Jean-François Houle défend à nouveau le projet de rénovation du Centre-Marcel Dionne @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
À la suite des articles publiés notamment par le Vingt55 au cours des derniers jours, le maire tient à réaffirmer les fondements de la décision adoptée par le conseil municipal le 16 février. Selon lui, la modernisation proposée vise d’abord à assurer la sécurité, la conformité et la pérennité d’une infrastructure stratégique, tout en respectant la capacité financière des contribuables.
Dans un communiqué transmis aux médias, il insiste sur le fait que le projet s’inscrit dans une logique de responsabilité budgétaire. Or, plusieurs citoyens et entrepreneurs jugent toujours l’initiative trop coûteuse. Certains estiment qu’elle dépasserait la capacité de payer des contribuables et qu’elle favoriserait davantage le club de hockey junior que l’ensemble de la communauté.
L’homme d’affaires Alain Carrier a notamment évoqué la possibilité de réduire les coûts en misant sur l’expertise régionale. De son côté, l’ex-conseiller municipal Alexandre Desbiens soutient qu’une autre avenue devrait être envisagée et considère que la rénovation ne répondrait ni aux besoins à court terme ni aux exigences futures liées à la croissance démographique.
Un contexte économique différent
Le maire rappelle que le contexte économique a profondément changé depuis 2020. Les coûts de construction ont bondi, l’Union des municipalités du Québec évoquant des hausses variant entre 20 % et 40 % pour les infrastructures municipales, particulièrement les bâtiments spécialisés comme les arénas.
Dans cette optique, comparer un projet neuf en 2026 à des réalisations d’il y a plusieurs années ne reflète plus la réalité du marché. Selon lui, la construction d’un amphithéâtre moderne représenterait aujourd’hui une tout autre ampleur financière.
Le maire avance qu’un nouvel amphithéâtre coûterait entre 70 et 85 millions de dollars. L’ajout d’une seconde glace pourrait faire grimper la facture de 20 à 30 millions supplémentaires. À cela s’ajouteraient les coûts liés aux stationnements, aux accès routiers et aux infrastructures connexes, évalués entre 10 et 20 millions de dollars. Les contingences, les honoraires professionnels, les études préalables et l’acquisition d’un terrain viendraient encore augmenter la facture.
Selon cette projection, un projet neuf pourrait dépasser 120 millions de dollars dans les conditions actuelles. Or, aucune confirmation d’une subvention couvrant 60 % d’un tel montant n’existe à ce jour. Miser sur un financement hypothétique représenterait, selon le maire, un risque financier important pour la collectivité.
« Rêver grand ne veut pas dire ignorer les chiffres », affirme Jean-François Houle, soutenant que la vision municipale doit aussi tenir compte des limites financières et de la capacité d’investir ailleurs.
En parallèle, le député de Drummond–Bois-Francs, Sébastien Schneeberger, a défendu en entrevue au Vingt55 le cadre du programme provincial.
Il rappelle que l’aide gouvernementale repose sur une évaluation comparative, et non sur le principe du « premier arrivé, premier servi ». Le projet drummondvillois, initialement évalué à 36 millions, aurait franchi la barre des 50 millions.
Le député rappelle que l’élément ayant le plus pénalisé le dossier concerne les gradins. « La glace favorise la pratique sportive. Les gradins, non », résume-t-il, précisant que le programme priorise les infrastructures directement liées à l’activité sportive. Il souligne que d’autres composantes du projet, comme la réfection de la toiture, les bandes de hockey et certains aménagements techniques, correspondaient toutefois aux critères du programme.
Il rappelle également qu’il s’agit d’un programme normé, applicable à l’ensemble des municipalités qui y déposent un projet et dont les exigences étaient connues des élus municipaux. Malgré les démarches entreprises, le projet présenté et soumis par la Ville n’aurait pas obtenu suffisamment de points pour se qualifier face à d’autres initiatives jugées plus conformes aux priorités et aux critères du programme.
Il ajoute que, pour se qualifier, un dossier doit être déposé officiellement, rappelant que deux tentatives précédentes ont déjà été refusées. Ne pas déposer de demande, souligne-t-il, entraîne inévitablement l’exclusion du programme et la perte de toute possibilité de financement.
Le député rappelle également que, cette année, la Ville de Drummondville et les élus ont choisi de ne pas déposer de demande au Programme d’aide financière aux infrastructures récréatives, sportives et de plein air (PAFIRSPA) pour le projet du Centre Marcel-Dionne. Le maire lui-même avait évalué comme minces les chances de qualification. Une décision qui appartient aux élus, a rappelé le député, mais qui fait en sorte qu’aucune demande n’a été présentée, ce qui exclut donc toute possibilité de se qualifier. Le maire de Drummondville avait d’ailleurs répondu que, devant les faibles chances de voir le projet retenu, le dépôt d’une demande aurait eu pour effet de repousser d’environ un an l’avancement du projet.
L’élu estime par ailleurs regrettable cette absence de dépôt, précisant que la Ville a déjà obtenu des sommes dans le passé dans le cadre de ce programme. Comme l’a rappelé le Vingt55, un montant avait notamment été accordé pour l’ajout de bandes flexibles au Centre Marcel-Dionne, une aide financière déjà annoncée et confirmée par le gouvernement du Québec
Sans trancher entre rénovation et nouvelle construction, il estime toutefois que le bâtiment devra être modernisé. Il insiste également sur l’importance de maintenir une équipe junior majeure à Drummondville. La décision finale, dit-il, appartient au conseil municipal.
Au-delà des chiffres, le Centre Marcel-Dionne demeure, selon le maire et plusieurs membres du conseil, un pilier de la vitalité du centre-ville.
Chaque saison, environ 90 % des heures de glace seraient consacrées au hockey mineur, aux programmes scolaires et aux ligues locales de l’avis du maire et de plusieurs élu(e)s. Les critiques rétorquent toutefois que l’ampleur des investissements profiterait principalement aux Voltigeurs et à la LHJMQ, notamment en raison des loges, des vestiaires, du gymnase, de la cafétéria et des espaces administratifs prévus. Le débat demeure donc ouvert sur la répartition réelle des bénéfices.
Le maire rappelle que le bâtiment nécessite environ 15 millions de dollars en maintien d’actifs. Reporter ces travaux comporterait des risques techniques et financiers.
Il soutient également qu’un nouvel amphithéâtre en bordure de l’autoroute 20 impliquerait des choix territoriaux majeurs. Les terrains situés près des grands axes autoroutiers constituent, selon lui, des espaces stratégiques à forte valeur économique, destinés prioritairement au développement industriel.
Les utiliser pour un équipement municipal signifierait renoncer à un potentiel de création d’emplois et à des revenus de taxation industrielle récurrents, soutient-il.
L’homme d’affaires Laurent Proulx a publiquement appuyé la décision municipale, estimant que la rénovation représentait « la seule option réaliste » dans le contexte actuel.
Il juge qu’un nouvel amphithéâtre n’est pas financièrement envisageable, ni du côté gouvernemental ni du côté privé. Selon lui, la priorité était de sécuriser la présence des Voltigeurs à Drummondville.
« Est-ce que le privé aurait pu nous en payer un? » questionne Laurent Proulx. Non, affirme-t-il. Girardin vient de vendre en partie aux États-Unis, Soucy coupe des emplois et Soprema a retiré beaucoup de commandites. Dans la période économique actuelle, tout le monde est sur les freins. De toute façon, ils en ont déjà fait beaucoup.
D’ailleurs, la plus importante campagne de fonds privés pour une bâtisse à Drummondville demeure celle de l’UQTR, et c’était autour de 12 millions de dollars. On est loin du compte des 100 millions qu’une construction neuve coûterait. Un point qui fait pratiquement l’unanimité.
Alors, dans le réel, il y avait deux choix : rénover ou risquer de perdre les Voltigeurs. La Ville a choisi de rénover, sachant que les Voltigeurs sont très bien gérés sous le leadership d’un homme comme Éric Verrier.
Pour sa part, l’homme d’affaires Laurent Proulx précise et réaffirme sa position. Selon lui, cette lecture de la situation rallie actuellement une large part du milieu des affaires ainsi que plusieurs citoyens, comme le Vingt55 a d’ailleurs pu le constater et l’entendre au cours des derniers mois, un argument qui, affirme-t-il, fait largement consensus dans la région et dans ce dossier.
« L’élection est derrière nous, la décision est prise. Maintenant, il faut se serrer les coudes », affirme-t-il.
La décision du conseil repose sur trois principes, protéger les heures de glace majoritairement utilisées par les jeunes et les ligues locales; respecter la capacité financière des contribuables; et agir dans une logique responsable de maintien d’actifs.
Pour le maire, moderniser le Centre Marcel-Dionne constitue à son avis, la décision la plus réaliste dans le contexte économique actuel. La Ville affirme toutefois demeurer ouverte à la réflexion à long terme sur l’évolution de ses infrastructures sportives.









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