Convention collective : le torchon brûle entre la Ville et ses pompiers, le syndicat dénonce une négociation malhonnête et les affirmations de la Ville de Drummondville

Convention collective : le torchon brûle entre la Ville et ses pompiers, le syndicat dénonce une négociation malhonnête et les affirmations de la Ville de Drummondville
Convention collectivem le torchon brûle entre la Ville et ses pompiers, le syndicat @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Le torchon brûle entre la Ville de Drummondville et le syndicat des pompiers. Alors que la municipalité défend une offre jugée « compétitive », le syndicat dénonce une négociation « malhonnête » et un portrait trompeur des discussions. L’arbitrage prévu en octobre s’annonce inévitable.

Convention collectivem le torchon brûle entre la Ville et ses pompiers, le syndicat @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Invité à commenter par le Vingt55, la sortie médiatique et la position de la Ville de Drummondville, le président de la section locale 16500 de l’Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC-Québec), Yohann Poirier, représentant les pompiers et pompières de la Ville de Drummondville, apporte plusieurs commentaires au communiqué relayé par la Ville le 30 juillet 2025. Diffusé alors que la majorité des employés étaient en période de vacances estivales, ce communiqué dresse, selon le syndicat, un portrait incomplet et trompeur de l’état des négociations.

« Une négociation malhonnête, basée sur la manipulation et le non-respect des pompiers », estime le représentant syndical de la section locale 16500 de l’AFPC-Québec.

La Ville prétend reconnaître les efforts des pompiers, allant jusqu’à affirmer : « …efforts déployés par l’administration municipale pour arriver à une entente négociée… » Pourtant, lorsqu’elle a déposé son offre, elle a modifié à son avantage plus de 15 articles de la convention collective qui étaient déjà réglés et entendus entre les parties, souligne Yohann Poirier, invité par le Vingt55 à commenter la sortie publique de la Ville de Drummondville. « Dans un tel contexte de tromperie, comment peut-elle affirmer désirer une entente négociée ? L’offre de la Ville est tout sauf négociée », affirme le représentant syndical.

Selon lui, le communiqué de la Ville contient également plusieurs éléments de désinformation. Il cite en exemple les affirmations suivantes : « …la Ville a démontré une ouverture significative, notamment en acceptant de réviser les conditions normatives, comme les horaires de travail… » ou encore « …il importe de rappeler que les deux parties s’entendent depuis plus d’un an sur les conditions normatives et les avantages sociaux… »

« Lors de son offre finale, la Ville a effectivement modifié plusieurs articles, dont celui concernant l’horaire de travail, pourtant négocié et entendu entre les parties », précise Yohann Poirier. « Alors pourquoi affirme-t-elle que tous les articles étaient déjà entendus ? Pourquoi les avoir modifiés ? », questionne-t-il. « C’est tout simplement irrespectueux et malhonnête », conclut M. Poirier.

Comparaisons municipales jugées fallacieuses

La Ville affirme que son offre salariale est concurrentielle avec celles de villes comme Châteauguay, Terrebonne et Saint-Jérôme. Or, les pompiers et préventionnistes drummondvillois estiment que leur rémunération globale est jusqu’à 20 % inférieure, voire davantage, par rapport à d’autres villes non nommées par la Ville. Selon eux, cela n’a rien de concurrentiel ni de compétitif.

Dans ces circonstances, ils remettent en question l’affirmation de la Ville selon laquelle elle souhaite « faire de Drummondville un leader de l’expérience employé ». « Pour être un leader dans l’expérience employé, il faudrait aussi respecter les normes minimales de sécurité incendie », rappelle le syndicat, qui souligne qu’un nombre important de pompiers quittent Drummondville dès qu’ils en ont l’occasion. « Alors non, nous ne sommes vraiment pas près d’avoir une expérience employé des plus agréable », ajoute-t-il.

Le service aux citoyens en question

La Ville soutient que le conflit n’a « aucun impact » sur les services aux citoyens. Le syndicat conteste cette affirmation. Il reconnaît que les pompiers font preuve de professionnalisme en maintenant les services, mais souligne qu’ils doivent composer avec des ressources limitées.

Il rappelle que les normes de référence en sécurité incendie exigent la présence minimale de 17 pompiers pour une intervention à risque faible. Or, cette norme est loin d’être respectée à Drummondville.

Par ailleurs, avant le début des négociations, la direction du service incendie et le conseil municipal avaient mis en place une planification visant à hausser le nombre de pompiers en caserne. « Selon ce qui avait été accepté, les citoyens devraient bénéficier de la présence de 10 pompiers en tout temps, mais la Ville maintient plutôt 8 pompiers depuis le début des négociations », affirme le syndicat. Celui-ci doute donc fortement que la stratégie de négociation actuelle n’ait « aucun impact » sur la sécurité des pompiers et des citoyens.

L’arbitrage : un écran de fumée ?

La Ville s’est réjouie du déclenchement du processus d’arbitrage, prévu pour octobre 2025. Le syndicat, pour sa part, y voit un aveu d’échec du dialogue.

« Après plus de quatre ans et sept mois sans convention collective, l’arbitrage ne remplace pas la volonté politique nécessaire à une entente équitable et sécuritaire », dénonce Yohann Poirier en entrevue au Vingt55. Il déplore également que la Ville ait refusé de poursuivre les négociations à la suite du rejet de son offre globale. « La Ville aurait dû donner suite à notre proposition de reprendre les discussions, mais elle a catégoriquement refusé », affirme-t-il.

Il ajoute que les pompiers avaient accepté de modifier certaines clauses contractuelles, ce qui aurait permis des économies de centaines de milliers de dollars en temps supplémentaire pour les contribuables.

« Notre syndicat demeure ouvert à une entente négociée, responsable et à long terme. Mais nous refuserons toujours de cautionner une offre qui retire des articles déjà négociés et qui ne respecte pas les attentes raisonnables des membres », conclut M. Poirier en entrevue au Vingt55. « La balle est dans le camp de l’employeur. La solution ne viendra pas de l’arbitrage, mais d’un véritable engagement envers la sécurité publique », affirme le président de la section locale 16500 de l’AFPC-Québec.

Convention collectivem le torchon brûle entre la Ville et ses pompiers, le syndicat @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Des pompiers toujours contraints au temps supplémentaire obligatoire, la Ville justifie sa décision

Comme l’a appris le Vingt55, plusieurs pompiers du Service de sécurité incendie de Drummondville sont actuellement contraints de demeurer en poste au-delà de leur quart régulier, en raison du recours au temps supplémentaire obligatoire (TSO). Une situation jugée préoccupante à l’interne, tant pour les effectifs que pour la sécurité des interventions.

Selon l’administration municipale, cette mesure constitue un « recours nécessaire » afin de maintenir les services essentiels à la population. La Ville attribue cette contrainte à un refus systématique de remplacement de la part de pompiers habilités, refus inscrit dans le cadre de moyens de pression syndicaux.

Dans une déclaration transmise au Vingt55, la Ville affirme avoir invité le syndicat à reprendre les discussions, sans avoir reçu de réponse à ce jour. L’administration municipale réitère son ouverture au dialogue et son souhait de parvenir à une entente pour le renouvellement de la convention collective, échue depuis plus de quatre ans.

Selon des informations confirmées au Ving55, un officier aurait, encore récemment, été menacé de se voir signifier une assignation par huissier s’il refusait de se présenter au travail lors d’une journée de congé. Une gradation des moyens utilisés par l’employeur qui inquiète plusieurs pompiers, lesquels déplorent une pression croissante exercée sur les membres du service incendie de Drummondville.

Éric Beaupré
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