DRUMMONDVILLE
À Drummondville, la situation de l’itinérance demeure préoccupante, et le problème semble loin d’être maîtrisé. Les campements qui se trouvaient sur le site de la Fortissimo ont disparu, déplacés par les autorités vers des secteurs plus isolés, notamment en bordure de la rivière Saint-François.
Les campements d’itinérance ont été déplacés en bordure de la rivière Saint-François @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
« Nous avons été chassés ou dissoné expulsé poliment du site de la Fortissimo à cause d’un projet domiciliaire qui, ironiquement, se veut un ensemble de logements à prix modique », raconte l’un des itinérants rencontrés sur place par le Vingt55. Plusieurs personnes qui vivaient dans ces campements ont reçu des constats d’infraction affirme l’un d’entre eux. « On nous a invités à quitter les lieux pour être redirigés vers un autre endroit plus reculé, derrière le CHSLD Saint-Georges, en attendant de trouver une solution », ajoute-t-il.
Comme l’a d’ailleurs constaté Le Vingt55 lors d’un passage sur le terrain, les tentes sont désormais visibles à proximité des berges, soulignant encore une fois l’urgence de mieux encadrer et soutenir les personnes en situation d’itinérance à Drummondville
Un des campements aurait été la proie des flammes récemment. « Un incendie a éclaté dans l’un des abris. C’est dangereux, surtout pour les gens qui dorment sous des tentes. À part nos vies, on n’a plus grand-chose à perdre », témoigne l’une des occupantes du campement de fortune, où une petite communauté de personnes en situation d’itinérance tente de vivre paisiblement.
« Au moins ici, on dérange moins les gens du centre-ville, et on est plus près comptoir alimentaire et de la Tablé populaire », ajoute un autre itinérant, installé dans le secteur pour une deuxième année. Il précise qu’à défaut d’avoir une solution durable, cet emplacement est moins exposé et plus toléré.
Toutefois, la situation demeure problématique, certaines personnes en situation d’itinérances, en colère d’avoir été expulsion de l’ancien site, auraient mal encaissé le coup. Selon les informations obtenues et confirmées par Le Vingt55, des personnes en situation d’itinérance s’en seraient pris à de la machinerie située sur le chantier de la Fortissimo. Des dommages,ont été signalés, ce qui a mené à l’ouverture d’une enquête par la Sûreté du Québec (SQ).
En effet, selon des informations confirmées au Vingt55, la Sûreté du Québec (SQ) a ouvert un dossier concernant un incident survenu sur le chantier de la Fortissimo.
Des dommages, évalués à un peu plus de 10 000 $, auraient été causés peu de temps après le déplacement des campements et l’expulsion des occupants du site. Une enquête est en cours afin d’identifier les responsables et de faire la lumière sur les événements, a confirmé la Sûreté du Québec au Vingt55.
«Les policiers ont clairement un nouveau mot d’ordre comparé aux années précédentes », affirme l’un des itinérants rencontrés sur le bord de la rivière, alors qu’il pêchait près de son campement. Ils ne se gênent plus pour nous remettre des constats d’infraction, simplement parce qu’on est là », déplore un résident du campement.
« Si je fais du squeggie ou que je quête ici, pas loin, avec un verre, je vais me ramasser un ticket. Mais si je me vire de bord avec le même squegger pour laver une vitre de commerce, avec le “go” de la Ville parce que c’est pour un commerce, là c’est correct, parce que je suis payé cash. C’est assez ironique. Je vole-tu vraiment la job à quelqu’un quand on me donne quelques pièces pour remplir mon verre pis mon estomac ? Non, mais je pourrais voler la job d’un “honnête travailleur” qui lave des vitres ? Ça, c’est correct, parce que la Ville dit que c’est OK. C’est-tu assez ironique, ça ? »
Selon ses dires, il aurait lui-même cumulé plusieurs centaines de dollars en constats d’infraction depuis le début de l’été. « Le policier, il fait sa job. La Ville impose des règles, on ne peut rien y faire. Fak j’vais aller travailler pour la Ville, payé cash, pour rembourser mes tickets… au lieu de m’acheter de la bouffe ou de payer un loyer », ajoute-t-il avec ironie et un ton visiblement sarcastique.
À Drummondville, un projet pilote offre un paiement en argent comptant aux itinérants pour des travaux journaliers
En effet, la Ville de Drummondville, en collaboration avec l’organisme La Piaule, a lancé un projet pilote visant à offrir aux personnes en situation d’itinérance une rémunération à la journée en échange de travaux communautaires. Ce programme, basé sur le modèle TAPAJ Québec (Travail Alternatif Payé À la Journée), permet aux bénéficiaires de travailler sur une base quotidienne et de recevoir un paiement immédiat en argent comptant.
Annoncé lors du souper des maires au Centre Promutuel, le projet a été salué par la mairesse de Drummondville. Déjà implanté dans d’autres villes québécoises, TAPAJ vise à offrir un soutien économique et une insertion socioprofessionnelle à des personnes en situation de précarité.
Un programme d’aide, mais des inquiétudes persistent
Si le projet présente des avantages évidents, tant pour les bénéficiaires que pour les organismes impliqués, il suscite également des préoccupations. Plusieurs intervenants soulignent que la rémunération en argent comptant, bien qu’attrayante, pourrait poser des risques, notamment en matière de consommation de substances. L’absence de contrôle sur l’utilisation des sommes versées inquiète certaines autorités, qui redoutent une augmentation des cas de crise ou de dépendance nécessitant des interventions policières et médicales.
De son côté, la mairesse de Drummondville, interrogée sur les besoins criants et l’urgence d’agir, a renvoyé la balle vers le CIUSSS MCQ. En entrevue lors d’un point de presse sur la sécurité publique, elle a rappelé les engagements de la Ville, tout en insistant sur les limites financières du milieu municipal.
« Le projet TAPAJ, Travail Alternatif Payé À la Journée, est à l’étude. C’est un modèle qui s’inspire de ce qui se fait dans d’autres villes. Mais nos moyens sont limités pour soutenir de telles initiatives », a fait valoir la mairesse. « Il faut rappeler que l’aide doit aussi venir du CIUSSS MCQ, qui est en grande partie responsable du soutien aux personnes en situation d’itinérance », a-t-elle précisé au Vingt55.
La Ville de Drummondville confirme un soutien financier significatif pour des organismes communautaires œuvrant en itinérance à Drummondville.
Interrogée par le Vingt55 sur les efforts financiers déployés pour soutenir les organismes œuvrant auprès des personnes en situation d’itinérance, la Ville de Drummondville a précisé son engagement pour l’année 2025.
« La Ville de Drummondville accorde un soutien financier totalisant 213 300 $ aux organismes communautaires qui interviennent directement sur le terrain.
Soit 6 000 $ versés au Carrefour d’entraide Drummond,
50 000 $ au Comptoir alimentaire.
50 000 $ à la Tablée populaire,
35 000 $ à La Piaule pour sa mission, ainsi que 51 300 $ spécifiquement pour financer un poste de travailleur de milieu à la bibliothèque.
La Maison Habit-Action reçoit 6 000 $, et l’organisme Ensoleilvent bénéficie d’un soutien de 15 000 $ », a précisé Anne-Élisabeth Benjamin, conseillère en relations publiques au Service des communications de la Ville de Drummondville.
Cette contribution municipale s’ajoute aux ressources provinciales et fédérales afin d’assurer un accompagnement concerté et structuré des personnes en situation d’itinérance à Drummondville.
Itinérance à Drummondville, près de 3 M$ investis pour soutenir les organismes locaux par le CIUSSS/MCQ
À la suite des affirmations de la Ville et aux questions soulevées par le Vingt55 concernant le soutien financier offert aux organismes œuvrant en itinérance à Drummondville et dans la région du Centre-du-Québec, le CIUSSS MCQ a précisé l’ampleur des ressources mobilisées pour répondre à la situation sur le terrain.
« Pour l’année 2025-2026, les organismes de Drummondville ont reçu, au total, 2 961 753 $ pour la lutte à l’itinérance. Ces montants s’ajoutent au financement de base que reçoivent déjà les organismes pour mener à bien leur mission », a indiqué Laurence Chartrand, agente d’information au CIUSSS MCQ.
Ce financement provient à la fois du gouvernement fédéral et de Santé Québec. Il est coordonné par le CIUSSS MCQ, dont le rôle est d’assurer une répartition équitable et efficace selon les besoins croissants du territoire. Depuis 2021-2022, l’enveloppe a plus que doublé, passant de 1,2 million à près de 3 millions de dollars précise Laurence Chartrand en entrevue au Vingt55.
Les organismes ayant bénéficié de ce soutien sont le Carrefour d’entraide Drummond, le Comptoir alimentaire Drummond, Ensoleilvent (site de Drummondville), la Maison Habit-Action, La Piaule Centre-du-Québec, La Tablée populaire ainsi que le Réseau d’aide le Tremplin. Ces sommes permettent la réalisation de plusieurs projets structurants, dont l’ajout de lits d’hébergement d’urgence, l’achat d’un bâtiment pour logements de transition, le maintien d’un fonds d’urgence pour une maison de chambres jeunesse, ainsi que le financement de postes d’intervenants de terrain de préciser Mme Chartrand.
En plus du soutien direct aux organismes, le CIUSSS MCQ déploie dans la communauté plusieurs services complémentaires destinés aux personnes en situation d’itinérance ou de grande vulnérabilité.
Parmi ceux-ci, on retrouve une équipe de proximité composée de professionnels de la santé et des services sociaux, un programme d’accompagnement justice et santé mentale destiné aux personnes accusées présentant des troubles cognitifs ou psychiatriques, ainsi que la présence d’une travailleuse sociale en milieu policier. Cette dernière accompagne les policiers lors d’interventions liées à l’itinérance et contribue à maintenir un lien entre les services de santé et les organismes communautaires.
« Le CIUSSS MCQ est responsable de la coordination des services en itinérance à Drummondville. Nos équipes travaillent de près avec les organismes locaux et la Ville sur différents projets, notamment dans le cadre du Plan de cohabitation sociale, afin de bien répondre aux besoins de la population », conclut Mme Chartrand.

L’un des campements d’itinérance en bordure de la rivière Saint-François a été la proie des flammes @ Crédit photo : Éric Beaupré / Vingt55 – Tous droits réservés.














et ensuite sur