Exploitation sexuelle :  »C’est pas grave, c’est juste du cul » …Oser en parler, la chronique du CALACS La Passerelle

Exploitation sexuelle :  »C’est pas grave, c’est juste du cul » …Oser en parler, la chronique du CALACS La Passerelle
Exploitation sexuelle © Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

LE PHÉNOMÈNE DE L’EXPLOITATION SEXUELLE est sur toutes les lèvres en ce moment et il est surprenant de réaliser que ça se passe dans notre cour arrière… En effet, Drummondville n’y échappe pas! Au contraire, les plus petites villes permettent de recruter de jeunes filles qu’il sera plus facile d’isoler lorsqu’on les amènera ailleurs, dans les « grandes villes », loin de leur réseau social, de leurs repères! Ceci permet de les « briser psychologiquement » plus facilement pour ensuite, les trafiquer.

 

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BRISER QUELQU’UN PSYCHOLOGIQUEMENT, c’est quoi exactement? C’est manipuler quelqu’un à l’aide de gestes et de paroles bien choisies, ciblant des vulnérabilités naturelles, et ayant comme impact d’amener la personne à croire ce que vous voulez. Un processus qui se fait tout doucement, insidieusement, amenant la personne à perdre confiance en elle, douter de ses valeurs morales, se sentir isolée, dépendante et paralysée par la peur, la honte et la culpabilité.  Et puis tout doucement, on désensibilise et on banalise la sexualité.  « Tu es vraiment spéciale, je t’aime et je vais tout faire pour toi », « Nous sommes une famille, on se comprend, on se tient, on prend soin les uns des autres », « Tu n’as pas d’amies, ta famille ne veut plus rien savoir de toi, tu n’as que moi », « Si tu m’aimes, tu feras ça pour moi », « c’est pas grave, c’est juste du cul! », « Tu es stupide et laide, personne ne te croira », « Si tu ne fais pas ce que je veux, je vais te tuer sale pute »…

DRUMMONDVILLE, UNE PLAQUE TOURNANTE? VRAIMENT? Eh oui! Bien située au centre du Québec, proche des grands centres, elle favorise le trafic humain vers toutes autres destinations. Aussi, sa situation géographique idéale (merci autoroute 20!), en fait un arrêt idéal une p’tite vite et je ne parle pas de la poutine ici !!

COMMENT EN ARRIVE-T-ON LÀ? Bien des façons en fait. Il y a bien-sûr la méthode dure, l’enlèvement et la drogue mais il y a plusieurs autres options. L’Amour est un chemin bien populaire. Oui, on peut tomber en amour avec notre proxénète parce qu’au début, ce n’est qu’une relation de couple merveilleusement agréable pour ces jeunes filles, remplie de cadeaux et d’affection.  Vous avez vu « Fugueuse » ? C’est pas mal ça! Une autre porte d’entrée, le « recrutement » par d’autres jeunes filles et les « gangs »! Faire partie d’un groupe, sentir qu’on a sa place, qu’on est comprise et appréciée peut être fort intéressant! Toutefois, il arrive que nos « ami.e.s » ne soient pas si bien intentionné.e.s… L’étau se referme tout doucement, il y a de plus en plus de pression d’offrir du « plaisir » à l’un et à l’autre, la banalisation du sexe fait son chemin. Une 3e porte serait le désir pour certaines jeunes filles d’essayer quelque chose de nouveau et ainsi sortir de leurs routines ennuyantes pour vivre une aventure! Les sites de rencontres de ce genre abondent sur le net et on y miroite l’idée d’y avoir de belles rencontres avec des hommes intéressants qui nous gâteront et nous offriront de l’argent, beaucoup d’argent. Tout ça, avec bien-sûr, la possibilité de décider si on souhaite avoir des relations sexuelles ou pas. C’est ce qu’on appelle les « sugar baby » ! Tentant n’est-ce pas? Tellement tentant en fait, que ça devient difficile d’y renoncer, même quand ça tourne mal.  La difficulté à reconnaître et s’avouer qu’on fait partie d’un Réseau de prostitution + l’attrait de l’argent « facile », la vie de luxe. Le DÉNI, bien alimenté par la peur, s’accroche solidement.

ON S’EN SORT COMMENT? Avec de l’aide habituellement.  Un événement de trop vient faire éclater le déni dans lequel elles vivent et la prise de conscience de la situation devient inévitable. L’état de crise dans laquelle elles se retrouvent plongée les amène à se poser la question : ARÊTER OU CONTINUER?

ETAPRÈS? Après il y a la lente reconstruction de ce qui a été brisé, démoli. Les conséquences physiques et psychologiques. Les traumas.

POURQUOI ELLES NE DÉNONCENT PAS LEURS AGRESSEURS? Une bien grosse question. Il y a beaucoup de raisons qui amènent à faire le choix de ne rien dire. La honte, la culpabilité, la peur d’être « retrouvée », de ne pas être crue… Vous connaissez le « slut shaming » ou encore la revictimisation sociale? Les stigmas entourant l’exploitation sexuelle sont encore bien ancrés dans notre société et il n’est pas facile pour une victime de ne pas se laisser atteindre par ces propos laissant croire qu’elle est responsable en partie ou en totalité de ce qui lui est arrivé.

LE DERNIER MOT de ce texte qui explique assez sommairement un problème de société tellement plus complexe serait de nous rappeler que nous avons tous et toutes un rôle à jouer pour aider à changer les choses. Porter attention autour de vous et MÊLEZ-VOUS-EN lorsque vous croyez que quelqu’un.e puisse être en danger ou une victime d’agressions sexuelles. FINI LA LOI DU SILENCE. Vous ne savez pas quoi faire? Essayez quand-même, ça peut faire toute la différence! On arrête de banaliser les paroles et les gestes reflétant un manque de respect envers l’humain et on dénonce haut et fort ceux et celles qui le font. Ensuite, on continue nos efforts de sensibilisations, en commençant par l’éducation du respect et de l’égalité chez nos enfants et nos adolescents; on ajuste les lois et peines afin qu’elles reflètent la gravité des gestes posés et les conséquences sur les victimes. On aide ces personnes « qui décident » à mieux comprendre les conséquences des agressions à caractères sexuel pour que les services offerts aux victimes répondent mieux à leurs besoins.

Ah oui, j’allais oublier. L’exploitation sexuelle, c’est une question d’offre et de demande. Si on commençait par arrêter de demander… Ce serait déjà un bon début.

Julie Ouellet, directrice générale

Avec la collaboration de Florence Vigneux, intervenante,

CALACS La Passerelle

 

Vous avez des questions sur ce sujet ou n’importe quel autre, écrivez-vous dans notre boite à questions : https://forms.gle/QDPmiPLswumYxv1M6

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© Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.

Julie Ouellet
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