Itinérance : le retour des nuits froides ravive les enjeux de sécurité dans les campements à Drummondville

Itinérance : le retour des nuits froides ravive les enjeux de sécurité dans les campements à Drummondville
Les interventions dans les campements demeurent toujours aussi nombreuses pour les différents services d'urgence @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Drummondville

Avec le retour des nuits plus fraîches, une réalité bien connue refait surface dans les campements de personnes en situation d’itinérance à Drummondville. Pour se réchauffer, faire bouillir de l’eau ou simplement préparer un repas, certains occupants ont recours à de petits feux improvisés, Une pratique de bases qui entraîne régulièrement l’intervention des pompiers et qui soulève à nouveau la question de la sécurité dans les campements tolérés sur le territoire.

La situation demeure préoccupante dans les campements de personnes en situation d’itinérance à Drummondville. Photo : Éric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.

Comme a pu le constater le Vingt55 sur le terrain, la situation n’est pas nouvelle, mais elle prend une importance particulière à l’approche de l’automne. Les personnes vivant sous la tente ou dans des abris de fortune doivent maintenant composer avec des températures nocturnes de plus en plus froides, alors que les campements toléré par la Ville et autorités demeurent nombreux et sont désormais davantage dispersés sur le territoire urbains à Drummondville.

Derrière le CHSLD Georges-Frédéric, notamment, plusieurs personnes vivent toujours dans des installations de fortune. Des campements tolérés par la Ville de Drummondville, mais cette tolérance ne règle pas pour autant les besoins les plus élémentaires de leurs occupants : manger, se réchauffer et traverser les nuits froides.

Deux interventions en une seule avant-midi

La réalité était particulièrement visible vendredi. En l’espace d’une seule avant-midi, le Service de sécurité incendie de Drummondville a été appelé à intervenir à deux endroits où de la fumée et début d’incendie avait été signalée par des citoyens.

Derrière le CHSLD Georges-Frédéric, les pompiers ont procédé à l’extinction d’un petit foyer jugé non conforme.

Au moment du passage du Vingt55 sur les lieux, deux petits feux étaient effectivement allumés dans le secteur. Comme a pu le constater le Vingt55, ils servaient notamment à préparer de la nourriture, à faire bouillir de l’eau et à se réchauffer.

Des pompiers rencontrés directement sur place par le Vingt55 ont confirmé que ce genre d’intervention est relativement fréquent.

Un second appel a également nécessité le déplacement des pompiers au centre-ville, près de la voie ferrée, où des campements sont maintenant visibles.

Là encore, le Vingt55 a pu constater que les campements ne sont plus concentrés dans un seul secteur. Des installations de fortune sont maintenant visibles à différents endroits, une dispersion qui rend également la réalité de l’itinérance moins concentrée, mais certainement pas moins présente.

Des citoyens partagés entre vigilance et tolérance

Pour les citoyens qui aperçoivent une colonne de fumée provenant d’un campement, déterminer s’il s’agit simplement d’un petit feu contrôlé ou d’un début d’incendie n’est pas toujours évident.

« Ce n’est pas pour être malfaisant ou déplaisant que nous appelons. Il est déjà arrivé à quelques reprises que des tentes prennent feu. C’est pour la sécurité », explique un citoyen rencontré sur place.

Celui-ci affirme que la fumée observée vendredi lui paraissait plus importante qu’à l’habitude, ce qui l’a incité à signaler la situation.

D’autres citoyens rencontrés dans le secteur adoptent plutôt une approche différente.

« Il m’arrive de venir constater ce qui se passe. Quand je vois qu’ils sont simplement en train de se faire à manger, je n’appelle pas systématiquement les pompiers ou le 911 », explique un autre résident rencontré par le Vingt55.

Cette réalité, le Vingt55 a également pu l’observer sur place, de la fumée peut être visible à bonne distance alors que, quelques mètres plus loin, il s’agit simplement d’un petit feu utilisé pour faire chauffer de l’eau ou préparer de la nourriture.

Cette situation place ainsi les citoyens et les services d’urgence devant un équilibre parfois difficile entre vigilance, sécurité et tolérance.

Lorsqu’un appel est logé au 911 pour signaler de la fumée ou un possible incendie, les services d’urgence doivent évidemment s’assurer qu’aucune personne ou infrastructure n’est en danger.

La répétition de ces interventions entraîne toutefois nécessairement la mobilisation de ressources municipales pour des feux qui, dans plusieurs cas, servent simplement aux besoins quotidiens des occupants des campements.

Vendredi encore, le Vingt55 a constaté le déplacement des pompiers, leur vérification du secteur et l’extinction du foyer avant leur départ. Une intervention qui, prise isolément, peut sembler mineure, mais qui devient récurrente lorsque les appels se multiplient.

La situation soulève ainsi une question, serait-il possible de réduire les risques, mais également certaines interventions, en offrant des installations mieux adaptées dans les secteurs où les campements sont déjà tolérés?

Des installations sécuritaires pour réduire les risques?

Sur le terrain, le problème observé par le Vingt55 réside notamment dans l’utilisation de foyers improvisés et non conformes.

L’aménagement d’un ou de quelques foyers conforme a peu de frais dans certains secteurs pourrait-il constituer une avenue permettant à la fois de diminuer les risques d’incendie et d’éviter certaines interventions?

La question a été soulevée par le Vingt55 auprès d’un policier de la Sûreté du Québec (SQ) rencontré sur place lors dune intervention

« Vous soulevez une bonne question », a-t-il répondu, tout en rappelant que la décision entourant une telle mesure ne relève pas des policiers mais bien d’une volonté municipale

La SQ applique elle aussi une certaine tolérance dans les campements. Des policiers rencontrés par le Vingt55 expliquent que, lorsqu’il est question d’un foyer non conforme, l’intervention est principalement laissée au Service de sécurité incendie afin d’évaluer le risque et, lorsque nécessaire, de procéder à son extinction.

Une crise qui continue de prendre de l’ampleur ‘’l’étalement urbain’’ des campement à Drummondville

Comme le constate le Vingt55 sur le terrain depuis plusieurs mois, l’itinérance demeure bien présente à Drummondville et les campements se sont progressivement dispersés dans plusieurs secteurs de la ville. Avec l’arrivée du froid, les enjeux entourant la sécurité, l’hébergement, l’alimentation et l’accès à des endroits permettant simplement de se réchauffer reviendront inévitablement au premier plan.

La situation locale s’inscrit également dans un contexte où l’Union des municipalités du Québec réclame une réponse plus structurée de Québec face à l’itinérance et un financement stable pour les municipalités et les organismes appelés à intervenir.

Selon une récente étude dévoilée par l’UMQ, et publié par le Vingt55 les coûts associés à l’itinérance dépasseraient maintenant 1,1 milliard de dollars annuellement pour les services publics québécois.

Un campement plus structuré malgré la précarité

Le campement toléré par la Ville derrière le centre Georges-Frédéric apparaît d’ailleurs de plus en plus structuré. Comme l’a constaté le Vingt55 lors de ses différents passages sur le terrain, les simples tentes ont progressivement laissé place, à certains endroits, à des installations et des abris davantage aménagés.

Des abris de fortune de plus en plus élaborés sont aménagés sur les campements, une situation qui soulève d’importants enjeux de sécurité, notamment en matière de risques d’incendie, d’instabilité des structures et d’insalubrité.

Malgré la précarité et le caractère improvisé des lieux, certaines mesures de prévention ont également été mises en place par les personnes en situation d’itinérance elles-mêmes. Un contenant destiné à la récupération des seringues et du matériel souillé est notamment accessible sur le site afin de réduire les risques de blessures et de contamination.

La présence de seringues usagées demeure néanmoins un risque bien réel. Des seringues ont déjà été retrouvées à différents endroits de la ville, notamment du matériel pouvant être associé à la consommation de drogues, mais également à des traitements médicaux ou au tatouage. Sur le campement, cette réalité semble ainsi avoir amené certains occupants à mettre eux-mêmes en place des mesures visant à réduire les risques pour les personnes qui y vivent comme pour celles appelées à fréquenter les lieux.

À Drummondville, la facture de cette crise ne se mesure donc pas uniquement en nombre de personnes vivant sous une tente ou dans la rue.

Chaque intervention policière, chaque déplacement des pompiers, chaque intervention des services de santé et chaque ressource communautaire mobilisée illustrent les conséquences d’une problématique qui dépasse largement les limites des campements.

Sur le terrain, la réalité demeure pourtant beaucoup plus simple et humaine : lorsque la température baisse, ceux qui dorment dehors doivent trouver un moyen de manger et de se réchauffer, alors que les ressources alternatives débordent parfois ou ne correspondent pas nécessairement aux besoins de toutes les personnes en situation d’itinérance. Comme l’a constaté le Vingt55, faute d’autres options immédiatement accessibles, un petit feu de fortune devient parfois leur seule solution.

Et avec les nuits qui continueront de refroidir au cours des prochaines semaines, cette nécessité ne disparaîtra pas. Des organismes comme L’Ensoleilvent, La Piaule et les haltes-chaleur constitueront encore une fois des ressources essentielles, mais également des réponses temporaires à une problématique qui continue de prendre de l’ampleur à Drummondville.

À l’heure où les organismes et les municipalités réclament des engagements financiers durables et des mesures structurantes pour contrer la crise de l’itinérance, la situation observée sur le terrain rappelle que la tolérance exercée depuis plusieurs années ne peut, à elle seule, tenir lieu de solution.

Cette tolérance doit maintenant s’accompagner de mesures concrètes, sécuritaires et efficaces, particulièrement à l’approche de l’hiver. L’enjeu dépasse le simple déplacement des campements ou l’extinction de feux de fortune, il s’agit également de prévenir que des situations de grande vulnérabilité connaissent une issue tragique.

Une situation préoccupante, mais relativisée par le maire

Cependant, en entrevue à Radio-Canada, au micro de Cassandre Forcier-Martin à l’animation de Toujours le matin, à la suite d’une publication du Vingt55 faisant état des enjeux d’itinérance, de pauvreté et de cohabitation sociale au centre-ville, le maire de Drummondville, Jean-François Houle, a reconnu sur les ondes de Radio-Canada que ces problématiques sont devenues plus visibles au cours des dernières années, tout en relativisant l’ampleur de la situation par rapport à celle vécue dans d’autres villes.

« On vit des problématiques qui sont urbaines et c’est un peu nouveau pour nous », a affirmé le maire, ajoutant que, lorsqu’on compare Drummondville à d’autres municipalités, « c’est pas pire Drummondville », a réaffirmé le maire face à la situation qui prévaut actuellement au centre-ville.

À Drummondville, deux décès de personnes en situation d’itinérance ont d’ailleurs déjà fait l’objet de démarches auprès du Bureau du coroner, rappelant que derrière les campements, les interventions d’urgence et les statistiques se trouvent d’abord des personnes exposées aux conditions difficiles de la vie à la rue.

La situation demeure préoccupante dans les campements de personnes en situation d’itinérance à Drummondville. Photo : Éric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.

Rédaction Vingt 55
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