Itinérance : campements de fortune et hébergement saturé, la réalité dépasse le seuil critique à Drummondville

Itinérance : campements de fortune et hébergement saturé, la réalité dépasse le seuil critique à Drummondville
Campements de fortune et hébergement saturé à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

À Drummondville, l’itinérance demeure un problème soutenu et les ressources sont déjà dépassées, laissant certaines personnes dehors faute de refuge. Comme l’a constaté le Vingt55, des campements de fortune sont encore utilisés même par temps très froid, faute de places pour répondre aux besoins. À cela s’ajoute l’annonce du gouvernement fédéral, qui coupe un programme essentiel au financement local, une décision qui risque d’affecter directement les services déjà fragilisés. Les hébergements débordent, les refus augmentent et l’absence d’infrastructures adaptées accentue la pression. 

Campements de fortune et hébergement saturé à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Un constat sans détour « La situation nous échappe »

Interrogé par le Vingt55 sur l’état de la situation à Drummondville, François Gosselin directeur de l’Ensoleilvent ne minimise ni l’ampleur ni l’urgence du problème. « La situation nous échappe, parce qu’année après année l’entrée est de plus en plus grosse et la sortie de plus en plus petite », observe-t-il. Malgré une mobilisation réelle des acteurs municipaux et communautaires, les ressources disponibles ne suffisent plus à répondre à la demande.

Le premier enjeu, selon lui, est infrastructurel. « Je ne peux pas continuer à augmenter les places et offrir de l’hébergement d’urgence dans les espaces qu’on a en ce moment. Le niveau de sécurité devient un enjeu majeur », insiste et précise François Gosselin en entrevue au Vingt55

Des campements demeurent toujours utilisés, même par grand froid, comme l’a constaté sur le terrain le Vingt55.

En effet, comme l’a constaté le Vingt55 sur le terrain, malgré leur mobilisation constante, des intervenants ne peuvent éviter que certaines personnes, ne trouvant pas refuge auprès de L’Ensoleilvent ou de la halte-chaleur, y retournent. Ces abris de fortune sont encore occupés occasionnellement, malgré leur précarité et leur fragilité, par quelques personnes qui y trouvent refuge durant la nuit.

Cette pression s’ajoute à un second problème, la disproportion entre l’aide de soir et l’accompagnement de jour. « On donne trop de services en urgence et pas assez en 24/7. Les gens doivent retourner dehors toute la journée. Ça crée de la chronicité dans l’itinérance. »

Alors que l’itinérance connaît une croissance soutenue à Drummondville, le directeur général de l’Ensoleillement, François Gosselin lance un appel clair, pour freiner la dynamique actuelle, il faut cesser de miser sur les solutions d’urgence et investir enfin dans des infrastructures permanentes capables d’accompagner adéquatement les personnes en situation d’itinérance.

Un modèle à inverser, plus de 24/7, moins d’urgence

À l’heure actuelle, l’Ensoleillement accueille 35 personnes chaque nuit, toutes situations confondues. Seulement 7 d’entre elles bénéficient d’un hébergement en continu. « Ça devrait être l’inverse, dit-il. Je devrais avoir 25 ou 26 personnes en 24/7, et seulement un nombre réduit en urgence. »

Pour y parvenir, il faut des espaces adaptés, sécuritaires, capables d’offrir un hébergement stable et des services continus. « On a visité ce qui se fait ailleurs. On sait que c’est la solution », ajoute-t-il.

Des résultats concrets malgré tout, 44 personnes logées depuis janvier

Malgré la pression, le travail d’accompagnement porte ses fruits, depuis janvier, 44 personnes ont pu être placées dans des logements grâce aux programmes de suppléments au loyer 31 hommes, 11 femmes « On les accompagne, on évalue leur situation, et on les amène vers quelque chose de permanent qui va se maintenir dans le temps », explique François Gosselin.

D’autres ont trouvé un logement sans passer par un programme financier, ce qui témoigne, selon lui, d’un accompagnement efficace.

L’organisme collabore aussi avec l’Office municipal d’habitation pour réaménager des blocs existants en hébergement transitoire. « Ce type d’infrastructure pourrait très bien répondre aux besoins ici », note François Gosselin,

Des refus en hausse, « On a eu 60 à 65 refus depuis novembre »

La saturation du service pousse parfois l’équipe à refuser des demandes, une situation qu’elle juge « dangereuse » en période hivernale.

« Depuis le mois de novembre, on a eu plus de 60 refus d’hébergement parce qu’on n’a pas de place », confirme François Gosselin devant une situation inquiétante et bien réel à Drummondville.

Il précise et explique avoir dû répondre lui-même à un homme cherchant un lit : « Je suis désolé, il n’y a pas de place. » L’homme a alors demandé : « Qu’est-ce que je fais d’abord? » « Je n’avais même pas de solution à lui offrir. L’hiver arrive. Les gens risquent leur vie. » de constater le directeur général de l’Ensoleilvent

De leur côté, les policiers de la SQ de la MRC de Drummond composent avec la situation en fonction des moyens dont elles disposent. « Nous devons gérer, en effet, bien souvent, des personnes qui se retrouvent à l’extérieur de la Halte-chaleur faute de places », confirme un policier rencontré par le Vingt55. Les ressources sont limitées, tout comme celles de l’organisme La Piaule et de l’Ensoleillement, qui ne peuvent offrir qu’un nombre restreint de lits et de services.

Comme l’a constaté le Vingt55 sur le terrain, plusieurs personnes demeurent sans solution d’hébergement, ce qui accroît la pression sur les services policiers et communautaires, déjà sollicités au-delà de leur capacité.

Un visage de l’itinérance qui change

Les visages rencontrés à Drummondville par le Vingt55 traduisent, une itinérance plus lourde, plus désorganisée, avec des personnes éprouvées par des années de rupture. « C’est sûr que ça a des conséquences. Ça devient un mode de vie. » pour certain de confirmer François Gosselin.

Les personnes en situation d’itinérance n’arrivent pas de l’extérieur, un mythe tenace à Drummondville. Il ne faut pas les marginaliser ni véhiculer l’idée qu’elles vivent l’itinérance par choix.

Contrairement à une perception tenace, la vaste majorité des personnes en situation d’itinérance proviennent de Drummondville, rappelle-t-il. « Ce sont nos citoyens. On ne se déplace pas de Montréal à 150 km quand on n’a pas d’argent pour manger. Les gens vivent dans leur quadrilatère, là où sont les ressources. »

Un financement en péril et précaire, un risque majeur dès avril 2026. L’un des messages les plus préoccupants concerne le financement. Le fédéral abandonne un programme majeur destiné à soutenir ce financement, comme l’Ensoleilvent.

Comme la appris le Vingt55, deux programmes essentiels arrivent à échéance le 1er avril 2026. « Pour un des programmes fédéraux, on nous a déjà confirmé qu’il ne reviendra pas. Ça représente 600 000 dollars », confirme le directeur général de l’organisme.

L’autre programme, lui, n’a encore reçu aucune confirmation. « Je ne peux pas attendre à la dernière minute. On est en plein pic d’itinérance. À l’époque où ces programmes ont été créés, l’itinérance était beaucoup moins importante. Aujourd’hui, elle a triplé au Québec. »

Il rappelle que l’organisme fonctionne encore trop souvent « en grattant des fonds de tiroirs ». « On fait des miracles avec des 10 $ », dit-il, une réalité dénoncée de longue date. Mais il y a des limites à ce que nous pouvons accomplir lorsque les tiroirs sont vides et que le soutien financier privé et public est coupé drastiquement. Il faut pouvoir compter sur du récurrent, et non sur du temporaire ou de l’occasionnel.

Mobilisation de tous les acteurs, municipal, provincial, fédéral… et privé

Si la Ville de Drummondville démontre une écoute plus directe depuis le changement d’administration, les avancées doivent désormais se traduire en actions. « On est dans la discussion. Il faut maintenant passer à l’action rapidement. » précise François Gosselin  en entrevue au Vingt55

La collaboration du privé, déjà en cours à Montréal, est évoquée comme une piste prometteuse « À Montréal, le privé travaille pour créer 2500 logements pour des personnes en situation d’itinérance. Il y a des solutions, mais il faut se donner les outils nécessaires. »

François Gosselin réitère qu’il ne s’agit ni d’un problème importé ni d’une réalité marginale. « C’est une responsabilité collective. Et il faut maintenant coordonner nos forces, nos expertises et nos ressources pour s’en sortir. »

Campements de fortune et hébergement saturé à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

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Éric Beaupré
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