Pénurie de main-d’œuvre : une perte de près de 11 G$ assumée par les PME du Québec

Pénurie de main-d’œuvre : une perte de près de 11 G$ assumée par les PME du Québec
© Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

La pénurie de main-d’œuvre frappe de plein fouet les entreprises de Drummondville comme partout au Québec et leur a fait perdre près de 10,7 G$. C’est ce que dévoile la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) dans sa nouvelle note de recherche.

« Nous savions que la pénurie de main-d’œuvre avait des incidences très négatives sur les dirigeants de PME. Ces derniers doivent travailler plus d’heures, comme leurs employés, et sont contraints de refuser des contrats et des opportunités d’affaires. Aujourd’hui, on peut mettre un chiffre sur les pertes des PME : près de 11 G$ en un an! Elles auraient vraiment pu bénéficier de ces sommes pour se redresser, croître et dynamiser leurs régions. L’enjeu de la pénurie est une très mauvaise nouvelle pour les dirigeants de PME », déclare François Vincent, vice-président pour le Québec à la FCEI.

L’évaluation de la FCEI se base sur les données d’un sondage réalisé en mars dernier. Les résultats relatifs aux pertes subies par les PME ont été calculés à partir du revenu total moyen d’une PME québécoise publié par Statistique Canada pour l’année 2020, selon le secteur d’activité. Il est à noter que cette analyse considère seulement les PME dont les revenus se situent entre 30 k$ et 5 M$. Cela en fait une évaluation conservatrice.

« Bien que les pertes de ventes et de contrats soient considérables pour les propriétaires de PME, il est important de noter qu’elles ne correspondent pas nécessairement à des pertes nettes pour l’économie de la province. Ces montants non investis ont peut-être été injectés dans des projets différents ou ont constitué d’autres dépenses pour les PME, et les clients perdus ont pu dépenser leur argent d’une autre façon au Québec. Il n’en demeure pas moins que ce manque à gagner arrive à un bien mauvais moment après deux ans de pandémie qui ont affaibli et endetté trop de PME », ajoute Laure-Anna Bomal, analyste de la recherche pour la FCEI et auteure du rapport.

Tous les secteurs sont durement touchés

Dans un rapport publié en avril dernier, la FCEI révélait comment la pénurie de main-d’œuvre affectait toutes les industries et engendrait une explosion des postes vacants, ce phénomène mettant beaucoup de pression sur les PME. La note de recherche publiée aujourd’hui fait ressortir également les répercussions économiques par secteur d’activité. Notons que les secteurs de la construction et des services professionnels et administratifs affichent des pertes supérieures à 2 G$. Les PME des secteurs de l’hébergement/restauration et du commerce de détail enregistrent des pertes de près de 1 G$. Dans les secteurs du commerce de gros et des transports, ces pertes totalisent 1,2 G$. Par ailleurs, les très petites entreprises des secteurs des services et de la construction n’ont pas accès au taux d’impôt réduit des PME, ce qui les limite grandement pour tirer leur épingle du jeu dans cette crise.

Les mesures pour contrer la pénurie de main-d’œuvre doivent être au menu de la campagne électorale

Le manque d’employés est cité par 86 % des propriétaires de PME du Québec comme l’enjeu le plus difficile à surmonter en 2022, juste après la hausse des coûts (énergie, intrants, etc.) mentionnée par 87 % d’entre eux. L’enjeu est majeur et entraîne des coûts supplémentaires pour les petites entreprises, car un des premiers effets de la pénurie de main-d’œuvre est de faire grimper les salaires.

La FCEI a formulé une série de douze recommandations en décembre 2021 pour surmonter les défis démographiques, atténuer les impacts de la pandémie et corriger les inadéquations au sein du marché du travail. De plus, elle a soumis à de nombreuses reprises les demandes prioritaires des PME au gouvernement du Québec pour contrer la pénurie de main-d’œuvre :

Diminuer les taxes et les impôts (57 %).

Bonifier les crédits d’impôt pour entreprises afin de leur permettre d’offrir de meilleures conditions de travail (49 %).

Aider les PME à trouver des candidats dans leur région (faciliter l’arrimage entre chercheurs d’emploi et employeurs) (33 %).

Faciliter l’accès aux travailleurs immigrants et réduire les délais de traitement des demandes d’embauche visant ce type de main-d’œuvre (32 %).

« Le gouvernement du Québec a adopté beaucoup de mesures pour épauler les entreprises qui cherchent des employés et vient d’apporter des modifications pour que toutes les PME aient accès aux crédits d’impôt permettant d’attirer les travailleurs. La FCEI s’appliquera à faire connaître les programmes qui existent pour les PME. Cela dit, il faut constater que des actions supplémentaires sont possibles et nécessaires pour les aider, notamment en matière de fiscalité, car le Québec est le champion du pays sur le plan de la taxation. Les entrepreneurs perdent des milliards de dollars en contrats et ne peuvent pas faire fonctionner leur entreprise à plein régime. Au cours de la prochaine campagne électorale, ils seront attentifs aux propositions de tous les partis politiques et vont espérer que la pénurie de main-d’œuvre fera partie de leurs priorités. Assurons-nous que les PME seront au centre des actions, car ce sont elles qui font battre le cœur de notre économie », conclut François Vincent.

Éric Beaupré
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