Raconte-moi l’histoire : Mon 11 septembre 2001 à New York par André Pelchat

Raconte-moi l’histoire : Mon 11 septembre 2001 à New York par André Pelchat
André Pelchat C’est rare qu’un historien vive un évènement historique sur place © Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Exceptionnellement, pour cette chronique, je vais parler de moi. Je crois que chacun se souvient d’où il ou elle était le 11 septembre 2001. Moi, en tout cas, c’est facile : j’étais à New York !

André Pelchat ”C’est rare qu’un historien vive un évènement historique sur place”’  Raconte-moi l’histoire : Mon 11 septembre 2001 à New York© Entrevue vidéo / Vingt55. Tous droits réservés.

Je travaillais à l’époque comme guide-accompagnateur de touristes, pour Misa Tours Int’l et je faisais un circuit commençant à Québec et se terminant à New York avec un groupe de 40 touristes français, à bord d’un autocar de la compagnie Bell Horizon de Cap-de-la-Madeleine. Le groupe devait, en principe, repartir pour la France le 12 septembre…

Le voyage s’est déroulé comme un charme jusqu’au mardi matin le 11.

Ce matin-là, notre autocar quitte notre hôtel à Newark pour traverser le tunnel Lincoln et nous amener dans Manhattan, où nous attend notre guide locale, Simone….

Comme nous devons manger le midi dans le Chinatown, qui est au sud de la ville, elle commence sa visite guidée par Central Park. Par la suite, nous devons descendre vers le sud et, si le temps le permet, arrêter au World Trade Center. C’est au moment où l’autobus tourne vers le sud sur la Cinquième Avenue que tout le monde à bord aperçoit l’immense panache de fumée qui s’élève au- dessus des édifices du centre-ville.

– « Tiens, un gros feu ! » dit Simone, pas plus énervée que ça.

À New York, on ne voit jamais bien loin à cause des gratte-ciels, alors il est impossible de déterminer quel édifice est en feu. Cependant, comme nous nous dirigeons dans cette direction, et voyant l’immensité du nuage, je me dis qu’un incendie aussi important risque d’obliger la police à fermer des rues et rendre le trajet vers Chinatown compliqué. Je décide de vérifier auprès du restaurateur. Je signale le numéro sur mon cellulaire. La ligne est occupée.

Pendant que Simone continue ses explications, je fais plusieurs autres tentatives et toujours sans résultat. Je remarque petit à petit le grand nombre de Newyorkais qui sortent dans la rue et regardent en direction du nuage de fumée. Plusieurs pianotent frénétiquement sur leur téléphone et ne semblent pas non plus pouvoir obtenir la communication, à en juger par leurs mines frustrées.

Finalement, le bus s’arrête pour un arrêt photo à la Trump Tower. Quelqu’un crie quelque chose à notre chauffeur. Celui-ci a recours à Simone pour traduire ce que lui dit le Newyorkais.

Simone explique aux passagers que, selon l’individu, un hélicoptère viendrait de heurter une des tours du World Trade Center (WTC) et qu’on ignore s’il s’agit d’un attentat ou d’un accident. En fait toutes sortes de rumeurs courent parmi les passants : un avion, un hélicoptère, deux avions, un grand et un petit appareil, un accident, un attentat, etc.  Je finis par trouver un téléphone public inoccupé. Incapable de rejoindre le restaurant donc de téléphoner au bureau de Misa Tours à Victoriaville pour savoir si on dispose d’un autre numéro pour le joindre.

C’est là qu’on m’explique ce qui se passe : c’est un attentat, deux avions ont percuté les tours jumelles. À Victoriaville, comme partout dans le monde, on savait ce qui s’était passé. Il fallait être à New York pour ne pas arriver à savoir!

Évidemment, impossible de se rendre au restaurant dans le Chinatown. Les policiers nous font rebrousser chemin. Nous nous arrêtons sur un coin de rue entouré de plusieurs restaurants pour manger. Simone nous quitte pour partir à la recherche de sa fille qui allait à l’école près du WTC (j’ai su plus tard qu’elle était indemne).

Ayant ouvert la radio, j’apprends que l’île de Manhattan va être évacuée, mais à pied. Seul le Tappan Zee Bridge, situé complètement au nord de la ville, reste ouvert aux véhicules.

Au milieu de la circulation chaotique et extrêmement lente à cause des détours (les principales artères menant à des hôpitaux étaient réservées aux véhicules d’urgence), et des piétons (huit millions de piétons!), il nous faudra huit heures pour rentrer à notre hôtel à Newark. Le trajet inverse, par le tunnel Lincoln, nous avait pris vingt minutes le matin.

Le lendemain, 12 septembre 2001, devait être la dernière journée du circuit, celle où mes passagers devaient prendre l’avion de l’aéroport John F. Kennedy pour la France. Bien sûr, c’est impossible.

En fait, nous allons passer la semaine à l’hôtel, à attendre qu’on trouve des places sur un avion pour permettre à mes clients de rentrer en France.

Finalement, le samedi matin 15 septembre, je reçois un appel téléphonique.

– « André, partez pour Montréal tout de suite, nous avons un vol pour ton groupe en partance de Dorval (qui ne s’appelait pas encore P.E.T.), cet après-midi ! »

Je n’ai jamais vu des touristes faire leurs valises aussi vite. Il nous faudra cinq heures pour nous rendre de Newark à la frontière canadienne, ce qui est probablement un record pour un autocar de touristes.

Aussitôt les passagers débarqués à Dorval, je libère l’autocar comme j’en ai eu la directive. Au kiosque de la compagnie aérienne, le préposé nous répond que personne n’a entendu parler de nous et que, non, il n’y a de place sur aucun vol ! L’erreur vient toutefois de la compagnie aérienne qui paie la chambre d’hôtel aux touristes pour la nuit.

Le lendemain matin, on leur trouve finalement des places sur un vol partant de… Boston ! On a aussi trouvé un autocar pour les amener là-bas.

C’est donc de Boston que repartiront mes touristes. Moi on me remplace pour ce dernier bout de trajet et je rentre (enfin) chez moi. C’est rare qu’un historien vive un évènement historique sur place !

L’important ce n’est pas de donner beaucoup de temps et d’argent, l’important c’est de donner, tout simplement.

André Pelchat
CHRONIQUEUR
PROFIL

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